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Une collecte de fonds pour des œuvres de David Olère, survivant d’Auschwitz

Le Mémorial de la Shoah, à Paris, veut acheter 45 dessins, cinq peintures et une sculpture de David Olère, qui a reproduit de mémoire les scènes auxquels il a assisté à Auschwitz

Un tableau de David Olere. (Crédit : YouTube)
Un tableau de David Olere. (Crédit : YouTube)

Le Mémorial de la Shoah a lancé une collecte de fonds en ligne afin d’acquérir des œuvres de David Olère – un achat que l’institution parisienne présente comme une façon de « recueillir de nouveaux documents contre les tentatives de déformation de l’histoire ».

David Olère (né Oler) est un artiste juif français d’origine polonaise né à Varsovie en 1902. Il a rejoint la France en 1923 pour y apprendre la peinture et la sculpture. Disciple de l’école de Paris, avec Pablo Picasso, Marc Chagall, Amadeo Modigliani et Henri Matisse, il a gagné sa vie en réalisant des affiches et des décors de cinéma pour de grands studios comme Paramount Pictures, Fox et Gaumont.

L’artiste a été déporté au camp d’Auschwitz-Birkenau de 1943 à 1945, où il a été contraint de rejoindre une équipe de Sonderkommandos chargée de traiter les cadavres des chambres à gaz et de les brûler.

Si, tous les trois mois, ces effectifs des Sonderkommandos étaient eux-mêmes tués pour laisser le moins de témoins directs de la Shoah en vie, les talents d’artiste d’Olère, forts appréciés par ses bourreaux nazis, lui ont permis d’échapper à la mort – faisant de lui le seul survivant membre de ces unités.

En janvier 1945, Olère figurait parmi les prisonniers d’Auschwitz évacués par les nazis vers le IIIe Reich où il a été libéré par les troupes américaines en mai de la même année.

Hanté par les scènes atroces auxquels il a assisté, il a ensuite consacré sa vie, après-guerre, en France, à les reproduire de mémoire, par le dessin et la peinture. Il a notamment dépeint Auschwitz avec des détails crus sans précédent.

Il est décédé à Noisy-le-Grand en 1985.

David Olère a notamment peint l’œuvre « Les Inaptes au travail » en 1945, une huile sur toile conservée au mémorial de l’héritage juif à New York qui montre une famille venant d’arriver à Auschwitz et qui vient de subir la sélection, entre ceux qui vont survivre et ceux qui vont être directement conduits à la mort. Au-dessus d’eux, le bras d un cadavre presque translucide entoure la famille. En arrière-plan, des déportés travaillent dans les Sonderkommando comme des morts vivants et poussent des chariots de cadavres en provenance des usines à gaz vers les fours crématoires.

Avec cette collecte publique, le Mémorial de la Shoah cherche ainsi à acheter 45 dessins, cinq peintures et une sculpture qui constituent un témoignage rare et fidèle de la Shoah, « le seul réalisé par un témoin oculaire du processus d’extermination de masse ».

« Le Mémorial se doit de les protéger, comme autant de preuves à opposer aux tentatives de déformation de l’histoire de la Shoah. C’est pourquoi nous comptons sur votre soutien pour acquérir ces œuvres poignantes, reflets de l’enfer quotidien des déportés à Auschwitz », écrit l’institution, qui espère récolter 190 000 euros d’ici la fin novembre (les dons permettent de bénéficier d’une déduction fiscale). « Demain, ce seront les seuls témoignages à opposer aux négationnistes. »

Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France, a rappelé l’histoire de David Olère sur les réseaux sociaux.

« Son œuvre est exceptionnelle parce que sans lui, on ne saurait pas ce qui se passait à l’intérieur d’un crématoire », avait déclaré l’avocat lors de l’inauguration d’une exposition de l’artiste en 2018. « On n’aurait même pas la vision de la chambre à gaz. »

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