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Une commission formée pour enquêter sur les allégations d’espionnage par la police

Bennett dit qu'il mesure la "gravité de l'affaire", le chef de la police israélienne a demandé une enquête externe et de nombreux élus exigent une enquête sur les allégations

Le Ministre de la Sécurité Publique Omer Barlev assiste à une cérémonie de la police israélienne pour le Nouvel An juif au Quartier Général de la police israélienne, à Jerusalem le 5 septembre 2021. (Crédit : Photo Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Ministre de la Sécurité Publique Omer Barlev assiste à une cérémonie de la police israélienne pour le Nouvel An juif au Quartier Général de la police israélienne, à Jerusalem le 5 septembre 2021. (Crédit : Photo Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a annoncé lundi qu’il allait mettre en place une commission chargée d’examiner les allégations explosives selon lesquelles la police israélienne a mené une vaste opération d’espionnage extrajudiciaire contre des dizaines de fonctionnaires, de militants et de citoyens.

« J’ai décidé de mettre en place une commission d’examen nommée par le gouvernement pour enquêter en profondeur sur la violation des droits civils et de la vie privée des citoyens au cours des années en question », a déclaré Barlev. Contrairement à une commission d’enquête de l’État, une commission gouvernementale, connue sous le nom de commission d’examen nommée par le gouvernement, n’a pas besoin de l’approbation de l’ensemble du cabinet pour être créée.

Barlev a déclaré qu’il ressortait des premiers éléments de preuve que « les manquements, s’il y en a eu, étaient le fait des précédents chefs [de police], des précédents ministres de la Sécurité intérieure et des précédents gouvernements ».

« Sous ma direction », a-t-il ajouté, « ces échecs ne se produiront pas. La police est sous ma responsabilité et mon autorité, et je m’assurerai que s’il y a eu violation de la démocratie les années précédentes, je la dénoncerai et ne la laisserai pas se répéter. »

Une succursale du groupe NSO près de la ville de Sapir, dans le sud du pays, le 24 août 2021. (AP Photo/Sebastian Scheiner)

Le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré lundi que « si ces informations sont vraies, elles sont très graves ».

Bennett a déclaré que si Pegasus et d’autres programmes d’espionnage similaires « sont des outils importants dans la lutte contre le terrorisme et les crimes graves, ils ne sont pas destinés à l’espionnage généralisé des citoyens israéliens ou des personnalités publiques de l’État d’Israël. Nous devons donc comprendre exactement ce qui s’est passé. »

Bennett a laissé entendre que, Gali Baharav-Miara, dont la nomination au poste de procureur général vient d’être confirmée, prendra en charge une enquête.

« Je dirais que c’est un avantage qu’elle ne soit pas de l’establishment », a déclaré Bennett à propos de Baharav-Miara. Après sa nomination, a-t-il dit, « nous allons nous asseoir et discuter, nous allons comprendre la situation et nous ne laisserons pas le public sans réponse. Nous mesurons la gravité de la question. »

(La nomination de Gali Baharav-Miara n’avait pas encore été approuvée au moment où Bennett s’exprimait.)

Le ministre des Finances Avigdor Liberman a dit vouloir vérifier si la technologie d’espionnage de NSO a été utilisée par la police contre lui dans le passé, lorsqu’il a fait l’objet d’une enquête il y a plus de dix ans.

Le ministre des Finances Avigdor Liberman s’exprime lors d’une conférence de presse, présentant une nouvelle réforme sur le logement, dans les bureaux du ministère des Finances à Jérusalem, le 31 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Liberman a été accusé d’abus de confiance et de fraude en 2012, mais a fini par échapper aux accusations.

« Quiconque connaît les faits sait que nous parlons de violations graves commises à l’époque, et le chef de police a agi comme le pire des criminels. Il n’y a aucune loi qu’il n’a pas violée », accuse-t-il.

Liberman affirme que si elles sont vraies, les allégations selon lesquelles les téléphones de responsables gouvernementaux, de conseillers, de membres de la famille de politiciens et d’autres personnes auraient été piratés, constitueraient « un tremblement de terre de l’ordre de 9 sur l’échelle de Richter ».

Liberman soutient la création d’une commission d’enquête de l’État sur cette affaire, rejoignant ainsi d’autres ministres qui ont soudainement haussé le ton et promis d’examiner le scandale.

Le chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, avait auparavant qualifié les allégations de tremblement de terre, sans toutefois en préciser la gravité sur l’échelle de Richter.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid prend la parole lors d’une réunion de la faction Yesh Atid à la Knesset, le 8 novembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a déclaré que ceux qui sont au sommet ne doivent pas se croire à l’abri.

Ceux qui étaient au sommet, du moins.

Selon Lapid, le premier à faire l’objet d’une enquête de la commission devrait être le député du Likud Amir Ohana, qui a été ministre de la Justice de juin 2019 à mai 2020, puis ministre de la Sécurité intérieure jusqu’en juin de l’année dernière.

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana lors des festivités de Lag B’Omer, à Meron, le 29 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Il est à noter que tous les autres ministres de la Justice, à l’exception d’Ohana, au cours des sept dernières années, étaient des personnalités de partis alignés sur le gouvernement de Lapid. Gilad Erdan, que Lapid a gardé comme ambassadeur auprès de l’ONU, était ministre de la Sécurité intérieure avant Ohana.

Il a précisé qu’il faudra une semaine au gouvernement pour décider s’il faut établir une enquête gouvernementale ou une commission d’État qui aurait des pouvoirs plus étendus.

Il a également défendu la police, affirmant que « seuls les criminels seront heureux s’ils sont démantelés », faisant ainsi écho à la rhétorique américaine contre les appels au démantèlement des forces de l’ordre.

« Mais parallèlement, les gardiens de la loi doivent être ceux qui respectent les règles mieux que quiconque. Nul n’est à l’abri d’une enquête », a averti Lapid.

Le scandale « assombrit la démocratie israélienne », a-t-il ajouté.

Ohana a plus tard répondu à Lapid en disant qu’il souhaitait être le premier à subir un interrogatoire dans le cadre d’une enquête, affirmant n’avoir « rien à cacher ».

« Allons tous les deux chercher un polygraphe : moi à propos de NSO, et vous à propos de vos conversations avec [l’éditeur du Yedioth Ahronoth Arnon Mozes], qui ont été occultées de votre agenda pour que personne ne le sache », a-t-il affirmé, cité par des médias en hébreu, avant de traiter Lapid d ‘« épouvantail creux ».

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