Une commission recommande une réforme des politiques sur le harcèlement sexuel
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Une commission recommande une réforme des politiques sur le harcèlement sexuel

Le projet prévoit la responsabilisation des personnes chargées de la prévention, le dépôt de plainte en ligne et la sensibilisation du public par une campagne médiatique

Image d'illustration d'une victime de harcèlement sexuel tenant une note avec le texte "Metoo" (Crédit : nito100/iStock by Getty Images)
Image d'illustration d'une victime de harcèlement sexuel tenant une note avec le texte "Metoo" (Crédit : nito100/iStock by Getty Images)

Un nouveau programme du gouvernement israélien destiné à empêcher le harcèlement sexuel portera sur une campagne d’information publique sur le harcèlement au travail, afin de donner des moyens de lutte contre le harcèlement, dans les secteurs privés et publics et encourager la recherche sur de meilleures politiques.

Le projet, constitué de 35 recommandations et qui dispose d’un budget de 10 millions de shekels, a été soumis à la ministre de l’Egalité sociale Gila Gamliel lundi.

Gamliel, du Likud, a déclaré qu’elle acceptait les recommandations : « nous devons réévaluer les limites de ce qui est permis et de ce qui ne l’est pas quand il est question du traitement des femmes, et des personnes en général. Le harcèlement sexuel est un crime violent qui n’admet aucune tolérance. C’est le seul moyen d’apporter du changement », a-t-elle dit.

S’il est mis en oeuvre, la majeure partie du budget du programme sera dépensé l’année prochaine, avec le lancement d’une campagne médiatique – évaluée à 3 millions de shekels – sur les dégâts du harcèlement sexuel au travail et sur la façon d’empêcher ces comportements, et 4 millions de shekels pour la création d’un dispositif numérique et d’un site unique avec un programme pilote permettant aux individus de porter plainte en ligne.

Le projet a été conçu par une commission de fonctionnaires supervisés par Eva Medzhibozh, de l’Autorité de l’Avancement du statut des femmes.

A titre d’illustration : Des femmes juives ultra-orthodoxes travaillent sur des ordinateurs à leur bureau dans les locaux de la société de logiciels Comax à Holon, près de Tel Aviv, le 17 avril 2016. (AFP Photo/Menahem Kahana)

Le gouvernement a été représenté par les directeurs des ministères des Finances, de la Justice, de l’Education et de l’Egalité sociale, respectivement, Shai Babad, Emi Palmor, Shmuel Abuav et Avi Cohen. Ils étaient accompagnés par le général de brigade Sharon Nir et son homologue dans la police israélienne, l’adjuvante Yifat Shklar.

Ce panel comptait également deux directeurs d’ONG, Orit Sulitzeanu de l’Association of Rape Crisis Centers in Israel et de Rafa Anabtawi, de Kayan, une ONG en faveur des femmes dans la communauté arabe.

Reste à savoir si le projet peut être mis en application même sur une courte durée, en pleine période électorale. On ignore encore si le prochain gouvernement reprendra le travail en cours de route, ou si certains éléments du plan nécessitent une nouvelle législation et devront attendre jusqu’à l’investiture de la nouvelle Knesset, à l’issue des élections du 9 avril, une fois la coalition formée.

Le montant du projet a été maintenu au plus bas grâce à la focalisation sur l’éducation au moyen de campagnes d’informations publiques, de changement de politiques existantes sans augmenter les effectives, et de meilleur usage des données pour combattre le harcèlement.

Mais le financement dérisoire a attiré la critique de l’une des plus ferventes défenderesses des droits des femmes à la Knesset.

Merav Michaeli, députée de l’Union sioniste, à la Knesset, le 27 février 2013. (Crédit : Flash90)

« Le Plan national pour le combat du harcèlement sexuel est juste dans le fond : renforcer le statut des responsables [dans la prévention], la formation, l’application par les employeurs etc… », a déclaré la députée travailliste Merav Michaeli lundi. « Mais le gouvernement n’a pas mis son argent là où il faut. Dix millions de shekels, ce n’est rien pour un phénomène tellement répandu. »

La pénurie de financement enverra le projet « sur la même voie que le Plan pour la Prévention de la Violence contre les femmes », qui avait été critiqué pour la lenteur de l’application et le manque d’argent, avait ajouté Michaeli.

L’un des éléments clefs de ce programme comprend la responsabilisation des personnes chargées de la prévention du harcèlement sexuel, que chaque société, organisation et instance publique, est déjà obligée de nommer.

La commission recommande que ce poste obligatoire soit davantage légiféré, que des formations obligatoires soient dispensées aux responsables, qu’une meilleure protection juridique contre le licenciement, pour permettre aux responsables de confronter leur collègues, y compris les supérieurs, qui sont accusés de harcèlement ou qui n’en auront pas fait assez pour suivre une plainte.

Elle a également demandé la mise en place d’une base de données publiques listant les responsables de chaque agence et de chaque société pour que les employés de grandes organisations puissent trouver facilement leur référent.

Illustration : des femmes en salle de réunion./ (Crédit Pixabay)

Elle préconise le renforcement des sanctions contre les sociétés qui ne se conforment pas à ces conditions, notamment par l’établissement d’une instance gouvernementale qui supervisera les politiques des corporations.

La commission prévoit également le lancement d’une campagne médiatique d’envergure pour éduquer le public sur ses droits et ses responsabilités en matière de harcèlement, et le lancement d’un programme d’ateliers pour aider les adolescents à gérer de futurs cas de harcèlement.

La commission a ciblé précisément les agences d’Etat, recommandant des changements structurels pour que les responsables soient plus indépendants, notamment en la plaçant sous l’Autorité de l’avancement du statut des femmes, une branche du bureau du Premier ministre, et non plus de la gestion interne de leurs ministres. La commission a demandé le lancement d’un programme pilote pour déterminer si les responsables auraient davantage d’autonomie s’ils étaient nommés en dehors de rangs de leurs ministères.

Le projet comprend, entre autres recommandations, la publication d’une « bonne liste » d’organisations et de de compagnies dont les politiques de harcèlement les rend éligibles à des bourses d’Etat ainsi que la création, en 2021, du prix du « meilleur employeur ».

Selon l’Autorité de l’avancement du statut des femmes, les membres de la commission ont obtenu des résultats satisfaisants aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, pour certaines de leurs propositions. Le travail de la commission a été réalisé sous l’égide du cabinet de consulting international Deloitte.

Dans un communiqué, Medzhibozh a salué le projet et affirmé que le changement peut se faire rapidement.

« En tant que femme et mère, je suis fière des recommandations de la commission, parce que je vois en elles un potentiel de changement dans un futur relativement proche. Nous sommes venus changer les règles du jeu. La responsabilité nous incombe à tous en tant que société, et chacun de nous devrait connaître notre rôle dans la prévention du harcèlement », a-t-elle dit.

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