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Une députée lance un nouveau caucus sur le bien-être animal à la Knesset

Promettant de mettre un terme au transport de veaux vivants, Yasmine Sacks-Friedman affirme : "Il est temps de cesser de dire que nous sommes des fous"

Des veaux dans un transport d'animaux vivants venant d'Australie à Eilat pour l'engraissement avant l'abattage, au mois de décembre 2019. (Israel Against Live Shipments)
Des veaux dans un transport d'animaux vivants venant d'Australie à Eilat pour l'engraissement avant l'abattage, au mois de décembre 2019. (Israel Against Live Shipments)

La législatrice de Yesh Atid Yasmine Sacks-Friedman a lancé lundi un caucus, à la Knesset, qui se consacrera au bien-être animal et qui se penchera sur de nombreuses problématiques – des chats errants en allant jusqu’au transport de veaux et d’agneaux vivants pour l’abattage en Israël.

Lors d’un événement marquant le lancement de ce caucus auquel ont assisté des représentants des organisations de défense des droits des animaux – ainsi que les députés de Yesh Atid Yorai Lahav-Hertzano et Alon Tal et Mossi Ratz, parlementaire élu sous l’étiquette du Meretz — Sacks-Friedman a aussi évoqué son projet de venir en aide aux poules en cage, aux truies bloquées dans des cages de parturition et aux locataires, souvent négligés, des parcs animaliers.

Sacks-Friedman, activiste des droits sociaux, de l’environnement et défenseuse de la cause animale originaire de la ville de Beer Sheva, dans le sud du pays, a estimé qu’il était temps que les amoureux des animaux cessent de s’excuser pour leurs activités et qu’il était temps également que les autres « cessent de dire que nous sommes des fous ».

La législatrice avait fait la Une des médias, le mois dernier, en obtenant un budget supplémentaire de 12 millions de shekels sur une période de deux ans pour soigner et stériliser les chats errants. Un million de chats, selon les estimations, vivraient dans les rues du pays.

Une initiative qui avait été dénoncée avec férocité par les députés ultra-orthodoxes qui avaient comparé cette allocation de fonds à destination des chats et la réduction des budgets distribués pour le financement des garderies pour les enfants haredim.

Malgré la mise à disposition de ces 12 millions de shekels supplémentaires – qui viennent s’ajouter à une somme annuelle de 4,5 millions de dollars consacrée à la cause animale, un montant d’ores et déjà inscrit dans le budget et qui devra aussi être accompagné par les autorités locales – les activistes estiment que ces fonds ne seront pas suffisants pour régler les problèmes de manière efficace.

Un homme donne les restes de son magasin à des chats errants dans le centre de Jérusalem, le 13 octobre 2010. (Crédit : Keren Freeman/FLASH90)

Yael Arkin, directrice de l’organisation de défense des droits des animaux Let Animals Live (Tnu Lehayot Lehiot) déclare que la somme ne pourra servir qu’à stériliser et castrer environ 95 000 petits félins.

Elle souligne les difficultés de cette mission, avec principalement la difficulté à trouver suffisamment de vétérinaires et d’assistants-vétérinaires pour effectuer ce travail – cette profession manque de main-d’œuvre de manière générale – et l’absence d’incitation financière à l’égard des vétérinaires susceptibles de prendre en charge les chats errants, ajoutant qu’il n’y a aucune formation offerte aux personnes chargées d’attraper les chats dans les rues.

Des députés et des organisations de défense des droits des animaux se rencontrent pour la toute première session d’un nouveau caucus sur le bien-être animal à la Knesset de Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : Ido Meridor)

Des recherches sont menées en Israël comme à l’étranger qui examinent la possibilité d’utiliser des médicaments pour mieux contrôler les naissances chez les chats, ce qui permettrait d’éviter l’intervention chirurgicale, a-t-il été dit lors de la conférence.

Sacks-Friedman a confié que depuis qu’elle est entrée à la Knesset, elle a, avec ses assistants, travaillé sur ce qui serait son projet de loi « phare » – un texte visant à mettre un terme aux transports de veaux et d’agneaux vivants pour l’abattage au sein de l’État juif.

Une législation qui doit toutefois franchir des obstacles substantiels, a-t-elle précisé.

La députée de Yesh Atid Yasmine Sacks-Friedman lors de la toute première session d’un nouveau caucus sur le bien-être animal à la Knesset de Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : Ido Meridor)

Au mois de novembre 2018, un mois avant la dissolution de la Knesset qui allait entraîner quatre élections non-concluantes, le Parlement israélien avait donné le feu vert en lecture préliminaire à un projet de loi qui prévoyait de réduire graduellement le nombre de têtes de bétail importées en Israël, avec pour objectif l’arrêt total de ces importations dans les trois ans – avec le recours exclusif à l’importation de viande congelée.

Ce texte, qui avait été proposé par le parlementaire du Likud Miki Zohar, avait été adopté sans opposition. Mais l’impasse politique qui ne s’est achevée que par la formation du gouvernement actuel, au mois de juin, l’avait empêché d’avancer davantage dans le processus législatif.

Il semblerait qu’aujourd’hui, les principales difficultés rencontrées émanent du ministère de la Santé qui est supposé prolonger la durée de conservation de la viande congelée importée en la faisant passer de 80 à 120 jours. Le ministère des Finances, pour sa part, s’inquiéterait de ce que le remplacement de ces importations d’animaux vivants par de la viande congelée venant de l’étranger n’entraîne une hausse des prix.

De leur côté, les organisations de défense des droits des animaux déclarent que la viande congelée est beaucoup moins chère, affirmant que l’importation et l’abattage des animaux vivants – et le prix conséquent de la viande – sont contrôlés par seulement deux firmes au sein de l’État juif, Dabah et Tnuva, tandis que faire venir de la viande de l’étranger ouvrirait la porte à une plus grande concurrence.

Cette année, le pays devrait importer approximativement 744 000 animaux au total, Yaron Lapidot, fondateur de l’organisation Israel Against Live Shipments. Un chiffre en augmentation par rapport à l’année dernière – 601 741 têtes de bétail avaient été transportées en Israël pour l’abattage – et par rapport à 2019 (avec 691 327 animaux).

De nombreux rapports ont évoqué les traitements cruels imposés aux animaux à bord des navires les amenant à Israël, dans des structures ressemblant à des aires de parking de plusieurs étages accueillant 1 000 à 20 000 veaux, ou 10 000 moutons, voire les deux.

Les députés Tal et Lahav-Herzano ont pour leur part attiré l’attention sur les changements environnementaux entraînés par l’industrie de la viande, et particulièrement par celle du bœuf, dans le monde, notant qu’en générant du méthane et du protoxyde d’azote, l’industrie était responsable de 14 % à 25 % de toutes les émissions à effet de serre sur tout le globe, tandis que l’ammoniaque issue de l’urine nourrissait les pluies acides.

L’élevage de bétail compte à 70 % ou à 80 % dans la destruction des forêts d’Amazonie et il faut plus de 4 500 litres d’eau pour générer un seul steak.

Tal a indiqué qu’il n’y avait pas de raison qu’une taxe-carbone – qui devrait être imposée aux énergies fossiles en Israël – ne soit pas non plus appliquée à l’industrie de la viande. « Aujourd’hui, il y a des alternatives à la viande et nous devons utiliser les nouveaux outils économiques à notre disposition pour réduire la consommation de viande », a-t-il commenté.

Le nouveau caucus prévoit également de s’attaquer à la question de l’élevage porcin en Israël.

Selon le ministère de l’Agriculture, environ 120 000 cochons sont élevés au sein de l’État juif.

Une truie allaite ses petits dans une cage de mise-bas au sein d’un bâtiment de l’Elite Pork Partnership à Carroll, dans l’Iowa, le 10 juillet 2019. (Crédit : AP Photo/Charlie Neibergall)

La docteure Liat Morgan, experte du bien-être porcin, a raconté comment elle examinait actuellement les moyens d’offrir aux animaux plus d’espace, leur permettant de laisser libre cours à leurs comportements naturels de manière à réduire leur stress et l’ennui qui les amènent à se battre – un comportement qui a décidé les éleveurs à leur retirer les dents.

Leur donner plus d’espace permettrait aussi d’abandonner la pratique de l’enfermement dans des cages de parturition – dans lesquelles les truies sont enfermées pour les empêcher de rouler sur leurs petits après la mise-bas, a-t-elle ajouté.

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