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Une étude reconstitue l’assaut assyrien de Lakish, il y a presque 3 000 ans

Des chercheurs israéliens et américains suggèrent que l'armée a transporté 3 millions de pierres pour construire une rampe d'accès à la ville, en l'an 701 avant l'ère commune

Photo non-datée de la rampe assyrienne de Lakish, construite à l'aide de trois millions de pierres./ (Autorisation :Yosef Garfinkel)
Photo non-datée de la rampe assyrienne de Lakish, construite à l'aide de trois millions de pierres./ (Autorisation :Yosef Garfinkel)

Des archéologues israéliens et américains déclarent être parvenus à reconstituer la manière dont l’armée assyrienne a pu construire une rampe massive qui avait permis d’entrer de force dans la ville de Lakish, en Judée, en l’an 701 avant l’ère commune – par le biais d’une étude qui, selon eux, leur a permis d’approfondir leurs connaissances sur les capacités militaires assyriennes datant de l’âge de Fer, des capacités avaient permis à cette armée de conquérir le royaume de Judée presque tout entier.

Utilisant une vaste variété de sources et de données, l’étude a conclu que les Assyriens, menés par le roi Sennacherib, avaient probablement collecté trois millions de pierres trouvées dans une carrière située à proximité de cette ville construite sur une colline surplombant les plaintes de Judée. Au cours d’un processus exceptionnel, l’armée était parvenue à construire une rampe énorme qui, lors du siège de Lakish, avait permis à un bélier de s’approcher des murs de la ville. Une fois les fortifications détruites, la ville avait été complètement ravagée.

Cette rampe d’accès aux remparts est la plus ancienne du Proche-Orient, et la seule de l’époque assyrienne.

L’étude, qui a été publiée par l’Oxford Journal of Archaeology, le mois dernier, a été dirigée par le professeur Yosef Garfinkel et par la docteure Madeleine Mumcuoglu de l’Institut d’archéologie à l’université hébraïque de Jérusalem, et par les professeurs Jon W. Carroll et Michael Pytlik de l’Oakland University.

L’étude présente un grand nombre de données : Textes bibliques, reliefs de pierres dépeignant les scènes des batailles assyriennes, inscriptions akkadiennes, fouilles archéologiques et analyse photogrammétrique de photographies aériennes prises par des drones qui permettent de créer une carte numérique détaillée du paysage de la zone.

L’analyse qui en résulte a été saluée mardi par l’université Hébraïque qui a évoqué « un modèle pratique qui explique toutes les informations disponibles sur cette bataille ».

Le professeur Yosef Garfinkel. (Université hébraïque/Autorisation)

Le siège des Assyriens est largement mentionné dans les textes bibliques et dans d’autres sources historiques. A l’époque, les Assyriens étaient une véritable superpuissance militaire au Moyen-Orient, contrôlant des territoires qui s’étendaient de l’Iran contemporaine à l’Égypte.

Le royaume de Judée, d’un autre côté, était un État vassal relativement peu important qui avait tenté de s’extraire de la sphère d’influence des Assyriens en s’alliant à l’Égypte.

Lakish, ville cananéenne prospère au cours du second millénaire avant l’ère commune, était la deuxième ville majeure du royaume de Judée après Jérusalem.

Mais ses fortifications n’avaient pas été à la hauteur pour l’ennemi assyrien, qui avait saccagé le royaume tout entier, exception faite de Jérusalem.

Les éléments archéologiques qui ont été découverts aujourd’hui sur le site de Lakish établissent clairement que la rampe d’accès aux remparts avait été fabriquée à l’aide de petits blocs de pierre qui pesaient environ 6,5 kilogrammes, note l’université Hébraïque.

Pour trouver trois millions de pierres de ce type en une période de temps courte, il est probable que l’armée a exploité une carrière qui se trouvait la plus proche possible de la rampe, estiment les chercheurs.

« Il y a en effet à Lakish une falaise nue située sur la roche – très exactement là où on pouvait s’attendre à la trouver », dit Garfinkel.

Les pierres avaient été très certainement transportées par une chaîne humaine, passant de main en main. Avec quatre chaînes humaines similaires travaillant en parallèle et 24 heures sur 24, les chercheurs déclarent qu’environ 160 000 blocs de pierre ont pu être déplacés chaque jour et que la construction de la rampe d’accès a ainsi pu être terminée en 25 jours.

Une illustration du processus de construction de la rampe d’accès aux remparts de Lakish, selon les estimations faites par les chercheurs. (Autorisation : Yosef Garfinkel)

« Ce modèle permet de supposer que les Assyriens étaient très efficaces – il aurait fallu des mois pour qu’ils terminent ce travail le cas échéant », dit Garfinkel.

« Le temps était ce qui préoccupait le plus l’armée assyrienne », continue-t-il. « Des centaines d’ouvriers travaillaient nuit et jour à transporter des pierres – peut-être avec des roulements de douze heures pour chaque équipe. La main-d’œuvre utilisée était probablement faite de prisonniers de guerre et de détenus locaux mis aux travaux forcés. Les ouvriers étaient protégés par des blindages massifs placés à l’extrémité nord de la rampe. Ces blindages avançaient vers la ville de quelques mètres chaque jour ».

Alors que les ouvriers terminaient de construire la rampe, s’approchant toujours davantage des murs de fortification de Lakish, les habitants auraient tenté de défendre leur ville avec des arcs et des flèches ou en jetant des pierres sur les travailleurs. Les chercheurs suggèrent que ces derniers utilisaient des boucliers en osier en forme de L, similaires à ceux qui protègent les soldats sur les reliefs assyriens.

Un relief du palais de Tiglath Pileser III à Nimrud, dépeignant un siège avec deux boucliers massifs en forme de L qui protègent les soldats assyriens. (Autorisation/British Museum)

Enfin, des poutres en bois avaient été installées sur les pierres et le bélier – il pesait jusqu’à une tonne – y avait été positionné. Le bélier, constitué de bois et d’une extrémité en métal, avait été projeté contre les murs par des mouvements de va-et-vient, comme une pendule.

Selon les chercheurs, le bélier était suspendu par des chaînes en métal – dans la mesure où de simples cordages auraient rapidement cédé. Soutenant cette hypothèse, une chaîne en fer aurait été retrouvée au sommet de la rampe.

Garfinkel explique que son équipe prévoit d’effectuer de nouvelles fouilles à l’extrémité de la rampe, dans la zone où se trouvait la carrière, pour confirmer ses recherches.

« Ce travail pourrait apporter des preuves supplémentaires des activités de l’armée assyrienne et de la manière dont la rampe a été construite », déclare-t-il.

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