Une étude révèle l’histoire génétique de la communauté juive de Tàrrega
L'analyse des victimes du pogrom de 1348 montre une continuité avec le Proche-Orient et une faible endogamie par rapport à d'autres communautés juives européennes
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Une étude pionnière impulsée par la Direction générale du patrimoine culturel de la Généralité de Catalogne et développée dans le laboratoire d’ADN ancien et moderne de l’Université autonome de Barcelone (UAB) a réussi à reconstituer l’histoire génétique d’une communauté juive médiévale dans la péninsule Ibérique.
Cette étude, publiée en mars dernier dans la revue scientifique Genes dans un numéro spécial consacré aux nouvelles tendances en matière de génétique des populations et d’anthropologie moléculaire, analyse les restes de seize personnes massacrées lors du pogrom de Tàrrega (Lérida) en 1348.
Comme le rapporte le média espagnol Enfoque Judío, ses résultats apportent une vision totalement nouvelle de la composition démographique et de l’organisation sociale du judaïsme catalan au Bas Moyen Âge.
Les restes analysés proviennent des fosses communes fouillées en 2007 dans la nécropole de Roquetes de Tàrrega, espace funéraire lié aux violences subies par l’aljama juive locale en plein épisode de peste noire au cours duquel les sources historiques estiment que près de 300 membres de la communauté ont été assassinés, ce qui en fait l’un des pogroms les plus meurtriers de la couronne d’Aragon au XIVe siècle.
L’analyse génétique révèle que les individus enterrés — hommes et femmes — possédaient une ascendance principalement liée aux populations de Méditerranée orientale, conservant une étroite relation génomique avec des individus de la terre de Canaan de l’âge du bronze.
En outre, l’étude détecte un apport génétique compatible avec les populations ibériques médiévales, résultat du contact et des siècles de coexistence entre juifs et chrétiens sur les territoires de la couronne d’Aragon.
Sur le plan mitochondrial (transmis par voie maternelle), les scientifiques ont identifié une dizaine de lignées documentées historiquement au sein des communautés juives, ainsi que trois branches paternelles fréquentes chez les populations de la diaspora avec des racines au Proche-Orient.
« Cette diversité indique que, malgré son intégration au sein de la société catalane médiévale, la communauté maintenait une identité biologique propre et une forte continuité avec les flux génétiques de la diaspora juive », souligne Cristina Santos, professeure au département de biologie animale, biologie végétale et écologie de l’UAB et coautrice de cette étude.
L’une des découvertes les plus importantes réside dans l’évaluation de l’endogamie.
Contrairement à ce qui a pu être observé dans le cadre d’autres études génétiques de communautés juives médiévales européennes — comme celles d’Erfurt (Allemagne) ou de Norwich (Angleterre), où des niveaux très élevés de consanguinité ont été enregistrés —, la communauté de Tàrrega se montre socialement cohésive, mais avec des taux d’endogamie limités.
De même, les analyses génomiques n’ont pas détecté de liens familiaux directs au premier degré entre les seize individus analysés dans les fosses. Cette absence de parenté directe, combinée aux preuves archéologiques et anthropologiques préalables, renforce la thèse selon laquelle il s’agissait d’un enterrement massif à la suite d’une tuerie indiscriminée contre la communauté juive.
L’étude place la Catalogne à l’avant-garde européenne en matière de paléogénomique appliquée au patrimoine juif médiéval, grâce à l’utilisation de protocoles de dernière génération capables de traiter des échantillons archéologiques très dégradés.
Au-delà de sa pertinence bio-archéologique, cette étude permet de préserver la mémoire historique des victimes du pogrom de 1348, en sauvant grâce aux preuves scientifiques l’identité et les origines d’une communauté décimée par les persécutions du Bas Moyen Âge.
la Communauté du Times of Israël !







