Des gadgets militaires et des choses dont on ne veut pas parler
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Des gadgets militaires et des choses dont on ne veut pas parler

A Tel-Aviv, une exposition internationale présente des mini-drones, des sachets d'eau géants, des pneus pare-balles et même des balles

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Meir Yakter, aux côtés du véhicule anti-émeute de Beit Alfa Technologies, le 2 juin 2015 (Mitch Ginsburg / Times of Israel)
Meir Yakter, aux côtés du véhicule anti-émeute de Beit Alfa Technologies, le 2 juin 2015 (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Des hommes en costumes, d’autres en uniformes repassés, le torse décoré de rubans et d’ailes d’argent, se mêlent à des commerciaux, surtout des israéliens, à l’exposition internationale de Tel-Aviv pour la Sécurité et la défense.

L’exposition de trois jours a attiré 4 000 visiteurs lors de sa première journée de mardi, dont le chef d’état major allemand, les commandants des armées de l’air néerlandaise, tchèque et philippinne, le chef des l’armée de terre sud-coréenne et le commandant des forces spéciales polonaises.

En tout, il y avait 250 exposants de 20 pays qui proposaient leurs marchandises. Des entreprises britanniques et françaises, qui devaient y participer, y ont renoncé, parce qu’elles n’auraient apparemment pas pu recevoir de licences d’exportation en Israël pour certaines armes offensives.

En revanche, pour Israël, un pays qui a affiché des exportations de défense d’un montant de 5,6 milliards de dollars (4,9 milliards d’euros) en 2014, l’exposition reste une occasion de présenter l’innovation locale, en particulier pour les marchés en développement. L’an dernier, par exemple, Israël a connu une croissance de 40 % des ventes liées à la défense aux pays africains, a rapporté Haaretz en mai. En général, les ventes liées à la défense ont chuté par rapport au pic de 7,5 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros) de 2012, ce qui signifie que de nombreuses petites entreprises locales se bousculent pour attirer l’attention internationale.

Au centre du hall, vers l’arrière, il y avait un bar noir matelassé, parsemé de strass offrant deux sortes de Jack Daniels. Autour de lui, des stands qui présentaient de tout – depuis des balles en laiton pointues promettant notamment des formes efficaces et variées de létalité, jusqu’à des drones tenant dans la paume de la main, des pneus pare-balles et des sacs jetables pouvant contenir 5 500 litres d’eau.

J’ai commencé par le commencement. Les industries militaires israéliennes occupaient le premier stand. Il y avait des plaques de céramique grises qui peuvent être insérées à l’avant et à l’arrière de la veste de combat d’un soldat. Chacune avait été frappée à plusieurs reprises par des balles de différentes tailles. On pouvait insérer un doigt et sentir la profondeur à laquelle les balles avaient pénétré sans casser l’armure, en notant la manière dont la rotation circulaire de la balle a déchiré la plaque. On pouvait aussi voir un modèle des abribus fortifiés construits pour résister à une frappe directe d’une roquette de 122mm, comme le Grad.

Mais on ne pouvait parler à personne sur le stand, parce que la porte-parole n’était pas présente, et que l’IMI, une entreprise publique, a ses règles.

Meir Yakter, aux côtés du véhicule anti-émeute de Beit Alfa Technologies, le 2 juin 2015 (Mitch Ginsburg / Times of Israel)
Meir Yakter, aux côtés du véhicule anti-émeute de Beit Alfa Technologies, le 2 juin 2015 (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Plus loin dans l’allée centrale, un camion Mercedes d’un bleu brillant. Un kibbutznik d’origine uruguayenne, de Beit Alfa Technologies, une société privée détenue par le kibboutz éponyme, m’a expliqué qu’il s’agissait d’un véhicule antiémeute. Meir Yakter a mis l’accent sur le canon à eau, qui peut émettre un jet à 70 mètres avec un jet continu ou par impulsions. On peut y ajouter du gaz lacrymogène ou un colorant. Il peut aussi tirer de l’eau nauséabonde. Le véhicule lui-même, dit-il, est lisse et on ne peut donc pas grimper dessus facilement. Le camion, conçu à partir de plusieurs années d’expérience, peut pulvériser de la mousse sous le châssis et sur le pont supérieur pour éteindre des cocktails Molotov. L’intérieur de la cabine est étanche à l’air et possède son propre système de filtration de l’air.

Il a été fabriqué pour la police et l’armée d’Israël, explique Yakter, mais est vendu dans le monde entier, y compris dans les prisons, où le système de canon à eau peut être monté sur une plate-forme fixe.

Plus loin, El Far Electronics Systems expose un morceau de clôture en métal noir. Il était équipé d’un capteur de vibrations, de caméras, et d’un capteur sismique qui détecte le creusement de tunnels. Sagi Laron, un responsable du marketing, a affirmé que la société a posé 1000 kilomètres de « clôture intelligente » à l’étranger ainsi que 500 kilomètres en Israël.
Un kit de la taille d’une boîte de déjeuner peut être attaché à une voiture et fournir une protection contre des bricolages liés au terrorisme, comme la fixation d’un engin explosif sur un véhicule, et contre le vol, en particulier dans le secteur agricole.

Le prototype d'un nouvel uniforme de Tsahal que la division de la technologie et de la logistique envisage d'introduire (Mitch Ginsburg / Times of Israel)
Le prototype d’un nouvel uniforme de Tsahal que la division de la technologie et de la logistique envisage d’introduire (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Shmulik Bakerman, d’Aqualife, présentait un réservoir souple de 5 500 litres d’eau. L’Autorité de l’eau d’Israël, a-t-il dit, a acheté le produit. Il est facile à stocker et à transporter. Contrairement aux récipients en plastique dur de jadis, il n’a pas besoin d’être nettoyé et se transporte facilement. Il est fixé sur une plate-forme liée à plusieurs robinets. Si la ligne d’eau principale de la ville est frappée par un missile ou que l’eau potable est contaminée par un tremblement de terre, le système sera distribué dans tout le pays, explique-t-il.

À proximité, une société tchèque du nom de Lanex exposait une corde de qualité militaire avec un noyau de polyamide et un revêtement de Kevlar. Dans une vidéo, Jiri Gazda, le chef de produit, a projeté une vidéo d’une corde tendue sur laquelle on tire à bout portant. Il a fallu 10 balles de 9 mm pour briser l’armure.

Vishweshwar Rao Japala, le directeur de l’entreprise de société Safesure, en chemise à pois noir et blanc sous une veste rayée, expose un pneu avec un remplissage de polymère. L’air va sortir du pneu à impact d’une balle ou d’un éclat d’obus, mais le remplissage en plastique dur ne se brisera pas, a-t-il dit. Son partenaire israélien a déclaré que les pneus ont été introduits dans différents types de véhicules de Tsahal.

Quoi d’autre, demandez-vous? Eh bien, des accessoires radio des qui ressemblent à des oreillettes de smartphone et peuvent être intégrés dans les nouveaux uniformes de Tsahal, faits d’un tissu ajusté autour du corps et un tissu anti-accroc plus solide pour les bras et les jambes ; des lunettes de protection en polycarbonate, qui ont déjà été introduites dans l’armée israélienne et devraient réduire les blessures aux yeux ; et un drone de 8 kg qui peut tenir dans le coffre d’une berline et porter une charge de 7 kilos pendant 50 minutes, capable de livrer des fournitures de secours à des courtes distances ou atteindre des cibles.

Plus loin, un bâtiment en aluminium résistant au feu et aux intempéries qui se met en place en 10 minutes et peut accueillir six personnes, des marteaux qui ne se brisent pas et ne font pas d’étincelles, un micro drone encore au stade de prototype, conçu pour rouler et voler à travers un tunnel, un drone de la taille de la paume de la main avec une caméra de jour et de nuit que les soldats peuvent lancer et contrôler depuis une tablette, et destiné à fonctionner en environnement urbain.

Mirom Kamay de SKK UAV avec dans sa main un  drone qui n'a pas encore de nom (Mitch Ginsburg / Times of Israel)
Mirom Kamay de SKK UAV avec dans sa main un drone qui n’a pas encore de nom (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Miron Kamay, directeur du développement des affaires chez SKK UAV, une entreprise basée à Rosh Haayin, a déclaré que le petit bourdon vert n’a pas encore de nom. « Il vient juste de naître. »

Enfin, vers la sortie, se trouvait un petit poster d’un cimetière civil israélien. J’ai demandé à Amir Ziv d’AGA Dan, à quel genre de projet il faisait référence. Il m’a montré une grande remorque, quelques mètres plus loin. Elle peut être climatisée, a-t-il dit. Elle est livrée avec des sacs mortuaires et des dalles. Il y a un espace sur le sac pour écrire ce que vous savez de l’accident. « Personne ne veut parler de ce genre de choses…mais dans le cas d’une catastrophe de masse … »

Puis il se mit à parler de la durabilité des marteaux Wilton et de l’ingéniosité d’un petit camion de pompiers élégant et brillant qui peut fonctionner hors des routes.

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