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Le Carnet du journaliste

Une initiative interreligieuse sur le climat lancée sur « le mont Sinaï », en Égypte

Disant que les responsables, à la COP27, doivent faire plus, le Sinai Climate Partnership cherchera à convaincre les leaders religieux du monde entier de peser dans le débat

Yosef Abramowitz brise des tablettes au sommet du Jebel Musa en Égypte pour symboliser le manque d'action dans le monde contre la crise du climat, le 13 novembre 2022. (Crédit :   Sue Surkes/Times of Israel)
Yosef Abramowitz brise des tablettes au sommet du Jebel Musa en Égypte pour symboliser le manque d'action dans le monde contre la crise du climat, le 13 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

JEBEL MUSA, Egypte — Dimanche, dans la matinée, un activiste israélien spécialisé dans la défense de l’environnement a brisé des tablettes en pierre au sommet d’une montagne, en Égypte – un Jebel qui, selon un grand nombre de personnes, serait le mont Sinaï.

Cette démarche symbolique de l’échec mondial à protéger la planète a été l’opportunité de lancer une initiative particulière, dont l’objectif vise à mobiliser les responsables religieux du monde entier sur la question du climat – pour les obliger à s’impliquer face au réchauffement climatique et à faire pression sur les gouvernements, de manière à convaincre les dirigeants du monde de faire davantage dans la lutte contre le dérèglement climatique qui menace l’humanité.

Ce sont Yosef Abramowitz, entrepreneur spécialisé dans l’approvisionnement en énergie solaire, et David Miron Wapner, qui préside de Centre interconfessionnel de développement durable, dont le siège est à Jérusalem, qui ont eu cette idée dans les semaines qui ont précédé la conférence sur le climat des Nations unies, la COP27, qui a lieu actuellement dans la station balnéaire égyptienne de Sharm el-Sheikh.

Le Sinai Climate Partnership, dont le lancement symbolique a eu lieu lors de cette cérémonie, réunit le Centre interconfessionnel pour le développement durable, l’institut interconfessionnel Elijah, les organisations Peace Department, the United Nations Faith for Earth Initiative, Gigawatt Global d’Abramowitz et Adam Teva VDin, l’ONG israélienne de défense de l’environnement.

Après le lever du soleil, Abramowitz et Wapner se sont retrouvés au sommet de la montagne en compagnie de Nigel Savage, fondateur et ancien directeur de Hazon, l’organisation juive américaine de défense de l’environnement, et de son successeur Jakir Manela. Les hommes ont lu des extraits de la Déclaration du changement climatique en Terre sainte qui avait été signée en 2011 par le Conseil multiconfessionnel des responsables religieux en Terre sainte. Deux adolescentes venues des États-Unis étaient présentes lors de cette cérémonie dans le cadre d’une délégation du groupe Christian Climate Observers.

C’est après la lecture, par le groupe, des « Dix principes du repentir climatique » – un projet de déclaration rédigé par des responsables religieux de toutes les confessions qui s’étaient regroupés à Londres, ces derniers jours – qu’Abramowitz a cassé deux tablettes, les laissant tomber sur le sol.

Un acte qui a été un écho symbolique du Moïse biblique qui avait brisé les Dix commandements en signe de protestation contre les Israélites après être descendu du mont Sinaï.

« Nous regardons Sharm el-Sheikh au-dessous de nous et nous ne sommes pas satisfaits », a dit Abramowitz en cassant la tablette.

De gauche à droite : Nigel Savage de Hazon, Anneka du groupe américain Christian Climate Observers, David Miron Wapner du Centre interconfessionnel pour le développement durable, Elsa de Christian Climate Observers et Jakir Manela de Hazon lancent le partenariat du Sinaï sur le climat sur le Jebel Musa, en Egypte, le 13 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/ Times of Israel)

L’une des tablettes avait été fabriquée par des jeunes de la branche israélienne de Strike 4 Future, avec les mots « promesses brisées » écrits à la peinture. L’autre était peinte en vert de manière à symboliser les « commandements verts », a expliqué Abramowitz.

« Les dirigeants politiques, dans le monde entier, n’ont pas progressé sur la question du climat jusqu’à maintenant », a-t-il dit. « C’est le 27e rassemblement des gouvernants du monde entier et les choses ne font qu’empirer. Nous appelons les responsables religieux à aider à faire prendre conscience de l’urgence et ils doivent peser avec force et dans le monde entier dans le débat pour réclamer la réduction d’au moins 50 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, et ce, sur tout le globe. Une baisse des émissions si graduelle est immorale au stade où nous en sommes ».

James Sternlicht, à la tête de l’organisation Peace Department, a appelé les responsables religieux à prendre un engagement sur la question du climat : « Moi, en tant que personne d’espérance, je promets de faire du monde un endroit meilleur pour les populations et pour la planète, chaque jour où je vivrai ».

« Aujourd’hui, alors que les religions mettent de côté leurs différences pour s’unir dans un appel commun en faveur de l’action climatique, nous travaillons sur un nouveau pacte pour toute l’Humanité au nom de la protection de la Terre, notre foyer commun, et au nom d’un avenir partagé de l’Humanité qui soit meilleur », a-t-il déclaré par visioconférence alors qu’il se trouvait au sommet de la COP27.

Celine Phillips, membre de la délégation française aux négociations sur le climat de la COP27 de l’ONU à Sharm el-Sheikh, en Égypte, regarde la Déclaration de la Terre sainte sur le Jebel Musa, en Égypte, le 13 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Flora Vano, membre de la délégation venue à la COP27 de la petite république du Vanuatu, un archipel formé de 83 îles dans le Pacifique sud, riche en coraux, a immédiatement signé cet engagement sur le climat.

Selon les Nations unies, le Vanuatu serait la nation la plus en danger s’agissant des catastrophes naturelles – les activités sismiques y sont fortes – et ces périls ne font que s’intensifier en résultat du changement climatique, a expliqué Vano. Ainsi, l’archipel est notamment menacé par la montée du niveau de la mer, par de fortes tempêtes, par les migrations et l’agriculture y est mise à mal par d’importantes inondations et par la sécheresse.

« Je suis une femme, je suis une mère et je fais partie de l’humanité », a-t-elle commenté. « J’ai le droit de pouvoir survivre ».

Par ailleurs, le pari du Vanuatu d’impliquer la Cour internationale de justice pour accélérer la lutte contre le réchauffement a créé une « lueur d’espoir » chez les militants, qui comptent sur le poids du « glaive de la justice » pour faire pression sur les gouvernements.

Un secouriste d’IsraAid parle avec un habitant de la nation de Vanuatu, une île dans le Pacifique, après le passage du cyclone Pam, au mois de mars 2015. (Crédit : IsraAID/File)

L’idée initiale d’Abramowitz et de Wapner était de faire venir des dizaines de responsables de religions différentes sur le mont Sinaï pour la cérémonie – mais les autorités égyptiennes s’y sont opposées, disant que le moment était mal choisi.

La ville de Saint Catherine, surplombée par la montagne, est actuellement un vaste chantier de construction. L’État y construit de nouveaux hôtels ainsi qu’un centre immense de prière interconfessionnel. La montagne est le site le plus populaire parmi ceux qui en Égypte, en Israël et ailleurs sont traditionnellement associés au mont Sinaï biblique – ce mont dont Moïse avait fait l’ascension pour recevoir les Dix commandements de Dieu dans l’Ancien testament.

Le monastère St-Catherine dans le sud du Sinaï. (Crédit : CC-BY-SA, Berthold Werner/Wikimedia)

Le nouveau Sinai Climate Partnership a finalement été officiellement annoncé, dimanche soir, lors d’une cérémonie organisée sur Parliament Hill — le site de Londres où l’altitude est la plus importante.

Des cérémonies sont également prévues dans des endroits en altitude à Jérusalem, à Salt Lake City, en Équateur, en Australie, sur le mont Abu au Rajasthan et à Calcutta, en Inde, et sur le mont Francis, un centre de retraite situé dans l’Indiana.

Savage a noté qu’Israël allait bientôt célébrer le 75e anniversaire de sa fondation, expliquant que cette occasion pouvait être un tournant pour la nation : « Ce 75e anniversaire, à ce moment particulier, au vu de tout ce qui se passe dans le monde, avec un nouveau gouvernement qui va arriver, est un moment déterminant, une opportunité véritable pour l’État d’Israël et pour le peuple juif de dire à voix forte que les 25 prochaines années seront consacrées à la réponse à apporter à la crise du climat. »

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