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Une jihadiste américaine, « impératrice de l’EI », condamnée à 20 ans de prison

Allison Fluke-Ekren, 42 ans, a mis des enfants en danger, dont les siens qui ont témoigné contre elle au procès

Cette photo non datée fournie par le bureau du shérif d'Alexandria (Virginie) en janvier 2022 montre Allison Fluke-Ekren. Allison Fluke-Ekren, 42 ans, qui a vécu au Kansas, a été arrêtée après que les procureurs fédéraux l'ont accusée d'avoir rejoint le groupe État islamique et d'avoir pris la tête d'un bataillon entièrement féminin de militants armés d'AK-47. Le procureur fédéral d'Alexandria a annoncé samedi 29 janvier 2022 qu'elle était accusée de fournir un soutien matériel à une organisation terroriste. (Crédit : Bureau du shérif d'Alexandrie via AP)
Cette photo non datée fournie par le bureau du shérif d'Alexandria (Virginie) en janvier 2022 montre Allison Fluke-Ekren. Allison Fluke-Ekren, 42 ans, qui a vécu au Kansas, a été arrêtée après que les procureurs fédéraux l'ont accusée d'avoir rejoint le groupe État islamique et d'avoir pris la tête d'un bataillon entièrement féminin de militants armés d'AK-47. Le procureur fédéral d'Alexandria a annoncé samedi 29 janvier 2022 qu'elle était accusée de fournir un soutien matériel à une organisation terroriste. (Crédit : Bureau du shérif d'Alexandrie via AP)

Une jihadiste américaine, qui a été l’une des rares cheffes d’un bataillon féminin du groupe Etat islamique (EI), a été condamnée mardi à 20 ans de réclusion criminelle par la justice des Etats-Unis.

Allison Fluke-Ekren, 42 ans, avait plaidé coupable en juin de « soutien matériel à une entreprise terroriste » et a écopé de la peine maximale pour ce crime lors d’une audience dans un tribunal fédéral à Alexandria, près de Washington.

« Je regrette profondément mes choix », a assuré cette mère de famille, en demandant « pardon à tous ceux ayant souffert de (ses) actes ». Mais « je n’ai jamais combattu moi-même », « je n’ai pas tiré une seule balle », a-t-elle insisté, les cheveux couverts d’un voile noir.

« Oum Mohammed al-Amiriki » était « devenue une impératrice de l’EI », a rétorqué le procureur Raj Parekh. Elle a « lavé le cerveau de jeunes filles qu’elle a entraînées à tuer », a-t-il ajouté.

Entre 2012 et 2019, Allison Fluke-Ekren a soutenu des organisations jihadistes en Libye, Irak et Syrie, où elle a fourni un entraînement militaire à plus de 100 femmes. En juin, elle a reconnu avoir appris à ses comparses, dont certaines n’avaient que 10 ou 11 ans, à manier des fusils d’assaut ou des ceintures d’explosifs.

Ses propres enfants ont beaucoup souffert de sa dérive radicale.

Allison Fluke-Ekren, accusée de combattre pour l’État islamique, avec sa famille en Égypte en 2008 sur une photo tirée de son blog. (Crédit : 4Kansaskids)

Une de ses filles, forcée à « épouser » un combattant de l’EI alors qu’elle n’avait que 13 ans, a expliqué lors de l’audience que sa mère était motivée par « un désir de contrôle et de pouvoir ».

« Je veux que les gens sachent quel type de personne elle est », a ajouté Leyla Ekren avec beaucoup d’émotion: « elle m’a abandonnée à Raqa avec mon violeur ».

Dans un témoignage écrit livré au préalable, son fils Gabriel a jugé que sa mère était « un monstre » « inexcusable ». « Elle a le sang et la douleur de tous ses enfants sur les mains », a ajouté le jeune homme qui a assisté à l’audience sans prendre la parole.

Projets d’attentats

Rien pourtant ne semblait la destiner à un tel parcours.

Née Allison Brooks, elle grandit dans une ferme, a une scolarité sans histoire et se marie dans une église méthodiste à la fin des années 1990. Devenue Mme Fluke, elle a deux enfants avant de divorcer.

Elle se remarie rapidement avec un homme nommé Volkan Ekren et se convertit à l’islam. En 2008, le couple – qui aura au total cinq enfants – part s’installer en Egypte, où elle entame sa dérive radicale.

En 2011, la famille déménage en Libye. Selon le ministère américain de la Justice, son époux dérobe des documents après l’attaque du consulat américain de Benghazi, et elle l’aide à les analyser et à les résumer pour le compte d’Ansar al-Charia, un groupe jihadiste lié à al-Qaïda.

Ils rejoignent la Syrie vers 2012, où son époux devient sniper pour l’EI. Forte d’une connaissance des armes acquise dans la ferme de ses parents, elle est chargée de former les autres femmes aux rudiments de l’usage des AK-47 et grenades.

Pour « venger » des enfants tués dans un bombardement, elle propose d’organiser un attentat dans une université américaine. Enceinte, elle renonce à ce projet. Un peu plus tard, elle fomente un nouveau plan: s’en prendre à un centre commercial aux Etats-Unis. Cette fois, son mari la dissuade de passer à l’acte.

En 2015, il meurt dans un bombardement. Dans les années suivantes, elle se remariera trois fois avec d’autres membres du groupe et aura quatre nouveaux enfants.

En parallèle, elle forme un bataillon féminin, « la Katiba Noussaïba », entré en action en février 2017 pour aider à défendre Raqa. Après la chute de la ville, elle demande à un témoin de dire à sa famille qu’elle est morte, afin d’éviter des poursuites judiciaires.

Ce stratagème n’aura pas fonctionné. En janvier 2022, elle est rapatriée aux Etats-Unis.

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