Une messe dans une chapelle sur le fleuve Jourdain – une première en 54 ans
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Reportage

Une messe dans une chapelle sur le fleuve Jourdain – une première en 54 ans

Les mines anti-personnel enfin enlevées, la chapelle franciscaine Saint-Jean le Baptiste a pu fêter, le 10 janvier, le baptême du Seigneur avec 50 prêtes, invités et soldats

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Le père Francesco Patton, Custode en terre sainte, fait la messe le jour du baptême du seigneur, à la chapelle saint Jean-le-Baptiste, sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : COGAT)
    Le père Francesco Patton, Custode en terre sainte, fait la messe le jour du baptême du seigneur, à la chapelle saint Jean-le-Baptiste, sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : COGAT)
  • Des soldats de l'armée, dont le directeur-adjoint de l'Administration civile, le Colonel Shai Karmona (3è à gauche) escortent le père Francesco Patton, le custode en Terre sainte (au centre) et l'ambassadeur du Vatican en Israël, l'archevêque Leopoldo Girelli (à sa droite) vers la chapelle Saint-Jean Baptiste sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Des soldats de l'armée, dont le directeur-adjoint de l'Administration civile, le Colonel Shai Karmona (3è à gauche) escortent le père Francesco Patton, le custode en Terre sainte (au centre) et l'ambassadeur du Vatican en Israël, l'archevêque Leopoldo Girelli (à sa droite) vers la chapelle Saint-Jean Baptiste sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • La chapelle franciscaine Saint Jean le baptiste, sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    La chapelle franciscaine Saint Jean le baptiste, sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • Les prêtres marchent depuis la chapelle Saint Jean-le-Baptiste vers les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Les prêtres marchent depuis la chapelle Saint Jean-le-Baptiste vers les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • Les fonts baptismaux à la chapelle Saint Jean-le-Baptiste vers les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Les fonts baptismaux à la chapelle Saint Jean-le-Baptiste vers les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

QASR Al-YAHUD — Alors qu’une mission internationale intensive de retrait de milliers de mines meurtrières s’est enfin achevée après plusieurs années, un groupe choisi de prêtres catholiques a pu célébrer la fête du Baptême du seigneur, le 10 janvier, au sein de la Chapelle franciscaine saint Jean le Baptiste – pour la première fois en 54 ans.

En raison des restrictions induites par le coronavirus, seulement 50 personnes – des prêtres, des invités, des soldats et des journalistes – ont été autorisés à assister à la messe du père Francesco Patton, le custode franciscain en terre sainte, en présence de l’ambassadeur du Vatican en Israël, l’archevêque Leopoldo Girelli, sur les rives du Jourdain, à dix kilomètres à l’est de Jéricho.

« Pour nous, aujourd’hui, c’est la fête du baptême de Jésus. Nous commémorons ce moment où Jean-le-Baptiste avait baptisé Jésus dans le fleuve Jourdain », a déclaré Patton au Times of Israel avant la cérémonie.

« Mais aujourd’hui est également une fête particulière parce qu’après 54 ans et trois jours, nous avons l’opportunité pour la première fois de célébrer notre liturgie, la sainte messe, à l’intérieur de cette chapelle et c’est pour nous une journée très importante », a-t-il ajouté.

La chapelle est adjacente au site baptismal du parc national de Qasr al-Yahud. Situé à proximité d’une ancienne route qui reliait la Jordanie, Jéricho et Jérusalem, ce lieu était devenu un site de pèlerinage au 19e siècle avec l’afflux du tourisme en Terre sainte. Finalement, huit monastères, des églises et des chapelles étaient venues s’ajouter sur ce territoire, appartenant tous aux confessions majeures issues du christianisme.

Des soldats de l’armée, dont le directeur-adjoint de l’Administration civile, le Colonel Shai Karmona (3è à gauche) escortent le père Francesco Patton, le custode en Terre sainte (au centre) et l’ambassadeur du Vatican en Israël, l’archevêque Leopoldo Girelli (à sa droite) vers la chapelle Saint-Jean Baptiste sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Tout s’était arrêté avec les offensives de la guerre des Six jours, en 1967, et avec la guerre de Yom Kippour, en 1973. Le site avait servi de champ de bataille et environ 6 500 mines anti-personnel avaient été installées autour de la chapelle. Elles ont été minutieusement enlevées du site depuis 2018.

Patton a expliqué au Times of Israel que les moines franciscains ont été présents au Levant depuis 1217, et qu’ils ont assumé la Custodie en terre sainte, en tant que gardiens des lieux de culte catholiques en Israël, en Jordanie, au Liban et en Syrie depuis 1333. Le pape Clément VI avait officiellement accordé la tutelle des lieux saints catholiques à l’ordre franciscain en 1342, ajoute Patton.

La mission de garde de la chapelle Jean-le-Baptiste avait été interrompue pendant la guerre des Six jours, en 1967 – date de la dernière inscription figurant dans le registre quotidien de l’église. L’ordre n’avait pu récupérer les clés du lieu de culte qu’au mois d’octobre 2020 et la messe du baptême du seigneur s’est achevée avec la signature cérémoniale du même registre.

La chapelle franciscaine Saint Jean le baptiste, sur les rives du Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Les prêtres défilent

Pour lancer les festivités, les hommes d’église se sont avancés en chantant vers la chapelle, escortés par des officiers et de jeunes soldats de l’armée israélienne. Ces jeunes militaires et leurs commandants ont été partenaires dans la réalisation d’un rêve longuement nourri pendant la messe en plein air qui a suivi.

La chapelle est située dans la partie de la vallée du Jourdain située en Cisjordanie, placée sous l’autorité du COGAT (Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires) et gardée par l’armée et la police israélienne. (J’ai moi-même été contrôlée à deux reprises à des barricades différentes avant d’obtenir l’autorisation de pénétrer sur le site).

Escortés par leurs compagnons armés, les moines sont arrivés jusqu’aux portes du complexe. C’est Patton qui les a ouvertes cérémonieusement après avoir été paré de sa soutane par un autre moine. Si le paysage est apparu poussiéreux et désolé en cette journée de janvier, il est néanmoins facile d’imaginer le jardin luxuriant qui s’épanouira bientôt à l’intérieur de ces portes en fer forgé.

Construite avec de la pierre de Jérusalem, la chapelle de deux étages, qui porte encore les cicatrices des impacts de balle, rappelle un bateau imaginé par le Bauhaus. Son « pont » supérieur ouvert a servi de scène principale pour le groupe de prêtres qui a prononcé la messe, tandis que les fidèles se sont assis au dessous – sous la forme de deux « capsules » se tenant à deux mètres de distance. A l’ombre, rare en cette journée, un chœur de moines franciscains dirigé par un organiste infatigable et septuagénaire qui a joué les cantiques préférés de l’assistance, notamment « O peuple fidèle ».

S’exprimant auprès du Times of Israel et, plus tard, lors de propos plus généraux, Patton a indiqué que c’était le président Reuven Rivlin qui avait poussé les autorités israéliennes à terminer les opérations de déminage et à mener des travaux de restauration sur le site pour permettre de le rendre au culte chrétien. L’armée israélienne a travaillé avec le groupe britannique HALO Trust, spécialisé dans le déminage, qui intervient actuellement dans 27 pays et territoires du monde entier.

« Nous remercions particulièrement le président Reuven Rivlin – c’est lui qui a donné l’impulsion nécessaire pour réaliser cette forme de restitution des lieux saints aux églises et pour développer le secteur en faveur des pèlerins », a dit Patton.

« Bien sûr, cette année, en raison du coronavirus, il est impossible de célébrer cette messe en présence des chrétiens et des pèlerins locaux, mais vous savez, ce site accueille des millions de visiteurs chaque année et c’est donc, pour nous, le début d’une nouvelle saison. Et nous remercions donc le président ainsi que tous ceux qui nous ont aidés à pouvoir tourner la page, et commencer cette nouvelle saison. Aujourd’hui, nous allons célébrer l’eucharistie en petit nombre à cause de la pandémie mais, à nos yeux, le plus important est encore à venir », a ajouté Patton.

L’histoire de la chapelle remonte à de nombreux siècles mais son aspect actuel a moins de cent ans.

Le père franciscain Ibrahim Faltas, chancelier de la Custodie en terre sainte, a déclaré que « les frères franciscains sont arrivés en ces lieux en 1641 en organisant un pèlerinage sur les rives du Jourdain, ce lieu saint du baptême de Jésus ».

« Au début des années 1920, ils ont commencé à acheter des terres et prévu de construire des églises. En 1933, ils ont construit une chapelle qui est maintenant pratiquement sur le fleuve tandis que cette église a été construite en 1935. C’était initialement leur église. Les frères ont rénové la chapelle en 1956, tandis que les travaux de restauration sur l’église ont commencé après le séisme qui a frappé la région en date du 18 décembre 1956, qui a détruit la grande église », a dit Faltas, qui était présent lors de la messe de dimanche et qui a traduit en arabe une partie des propos tenus par Patton.

Un groupe de prêtres dont le père Francesco Patton, Custode en terre sainte (à l’extrême gauche) et l’ambassadeur du Vatican Leopoldo Girelli (2è à gauche) se rendent à la chapelle Saint-Jean-le-Baptiste sur les rives du fleuve Jourdain, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Les plans pour une île de paix

A l’issue de la messe et d’une autre procession qui a relié la chapelle au parc national, au bord de l’eau, Patton a baigné ses pieds dans le fleuve. Si le niveau de l’eau est actuellement relativement élevé, elle est boueuse et peu attirante et en particulier, peut-être, pour des prêtres vêtus de blanc.

Après une autre photo de groupe, où les prêtres se tenaient épaule contre épaule avec les officiers de Tsahal, l’un d’entre eux a crié en italien : « Mangiamo! » (« Mangeons ! ») — un cri de ralliement salué avec chaleur et enthousiasme.

Après les festivités, le directeur-adjoint de l’Administration civile, le colonel Shai Karmona, a confié au Times of Israel que cette messe de dimanche était le résultat d’années entières de planification et de coopération. Il a souligné qu’en plus du retrait des mines par l’Etat juif, les églises avaient été encouragées à effectuer des travaux de rénovation et à rouvrir leurs portes. Et les franciscains, a-t-il ajouté, ont été les premiers à relever le défi.

« C’est très excitant pour nous d’appartenir à la génération qui a pu assister de ses propres yeux à cette cérémonie », a continué Karmona. « C’est vraiment émouvant ».

En 2021 et avec un peu de chance, a poursuivi Karmona, l’Etat juif terminera les travaux d’amélioration des routes et dans trois ans, « nous pourrons rénover le site tout entier tel que le président l’a appelé – l’île de la paix – et peut-être pourrons-nous relier le côté israélien avec le côté jordanien de manière à ce que tous les pèlerins, tous les chrétiens du monde entier qui souhaitent venir, puissent visiter les deux rives du fleuve ».

Tandis que les panneaux d’avertissement mettant en garde contre les mines sont restés accrochés aux fils barbelés, Karmona a déclaré qu’ils ne seraient pas enlevés pour empêcher les touristes de se rendre dans certains endroits et les encourager à marcher le long des chemins clairement identifiés. « Nous avons enlevé toutes les mines », a souligné Karmona et, au mois d’avril, une lettre officielle du groupe HALO Trust a officiellement confirmé que tout le secteur avait été nettoyé et ne présentait plus de danger.

La père Francesco Patton, Custode en terre sainte, trempe ses pieds dans le Jourdain, bientôt rejoint par l’ambassadeur du Vatican en Israë Leopoldo Girelli, le 10 janvier 2021. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Les mines avaient été posées sur une surface de plus de 25 000 mètres-carrés, a noté Karmona. Elles se sont ensuite éparpillées au gré des avaries qui s’abattent sur les rives imprévisibles du fleuve et dans le désert de la vallée du Jourdain, avec notamment des crues éclairs.

Mais le temps, dimanche, était beau – avec un ciel ensoleillé et une température de 26 degrés Celcius, l’idéal pour une journée de fête « hivernale ».

« Je pense que Dieu est ici, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et qu’il est ici aussi aujourd’hui », s’est esclaffé Karmona.

Avec la contribution de Melanie Lidman.

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