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Une militante septuagénaire rouée de coups par des résidents d’implantations

Hagar Gefen dit avoir été attaquée en Cisjordanie, le 18 octobre dernier, lorsqu’elle filmait l’attaque d’extrémistes contre des ouvriers palestiniens venus récolter les olives

Des résidents d'implantations en train d’agresser une femme près de Kisan, en Cisjordanie, le 18 octobre 2022. (Crédit : WAFA)
Des résidents d'implantations en train d’agresser une femme près de Kisan, en Cisjordanie, le 18 octobre 2022. (Crédit : WAFA)

Âgée de 70 ans, Hagar Gefen s’est rendue dans le sud de la Cisjordanie, la semaine passée, avec d’autres militants, pour accompagner des ouvriers agricoles palestiniens venus effectuer des récoltes.

Elle espérait bien passer inaperçue alors qu’elle filmait des résidents d’implantations masqués descendus au village de Kisan.

« J’ai tenté de descendre, me cacher et continuer à prendre des photos sans qu’ils me voient », se rappelle Gefen mardi, un jour après sa sortie de l’hôpital, où elle a été soignée pour une main et des côtes cassées, un poumon perforé et une contusion à la tête.

Les militants de gauche se joignent souvent aux agriculteurs palestiniens dans l’espoir que la présence d’Israéliens dissuade les résidents d’implantations extrémistes de s’en prendre aux villageois.

Les agressions de cette nature sont statistiquement plus nombreuses à l’automne.

Le scénario a été sensiblement différent cette fois, le 19 octobre, lorsque deux hommes masqués ont repéré Gefen dans les champs de Kisan et l’ont rouée de coups, à l’aide de pierres et de matraques, alors qu’elle gisait au sol, tentant de protéger son visage des coups.

Les résidents d’implantations assurent que les Palestiniens et militants israéliens les ont provoqués en empruntant des terres situées sur leur avant-poste illégal. Selon eux, ils n’auraient pas informé l’armée de leurs dates de récoltes et auraient déclenché les violences.

La police s’est gardée de prendre parti, décrivant l’incident comme « une escarmouche entre Israéliens et Palestiniens ».

Mercredi, la police n’avait procédé à aucune arrestation et les seules personnes à avoir été interrogées étaient des militants israéliens de gauche.

« Nous avons ouvert une enquête et sommes à la recherche de suspects des deux côtés », a déclaré la police dans un communiqué.

L’agression dont Gefen a été victime est la dernière violence en date d’une série d’événements qui affectent la Cisjordanie depuis plusieurs mois maintenant.

Bon nombre de ces affrontements ont fait suite à des opérations militaires israéliens de grande ampleur menées par Tsahal en réaction à des attentats terroristes palestiniens, qui ont coûté la vie à 19 personnes des deux côtés de la Ligne verte, depuis le début de l’année.

Gefen a été victime d’un autre type de violence, mais qui est lié aux précédentes et qui est le fait de résidents d’implantations extrémistes qui agressent des Palestiniens, des militants de gauche ou même des soldats israéliens.

Vendredi dernier, le journal Haaretz indiquait que les résidents d’implantations avaient mené pas moins de 100 attaques contre des Palestiniens de Cisjordanie ces 10 derniers jours, évoquant des sources anonymes proches des forces de l’ordre qui n’ont pas précisé la nature exacte de ces incidents.

Gefen explique qu’elle avait repéré ses agresseurs alors que les agriculteurs, accompagnés des militants israéliens, se dirigeaient vers leur champ pour commencer la récolte des olives.

« Nous voulions nous rendre à l’oliveraie le plus vite possible pour commencer la récolte. Nous étions très déterminés », précise-t-elle.

Une fois sur place, les militants ont entendu les cris du couple de propriétaires palestiniens, tous deux âgés, en découvrant que les résidents d’implantations avaient récolté les olives et aspergé les oliviers d’herbicide.

« Nous avons réagi rapidement », précise Gefen, arrachant les rares olives encore sur les branches, arrosant les arbres avec de l’eau avant que la toxine ne fasse effet.

Une semaine après les faits, il semble que leurs efforts pour sauver les oliviers aient échoué.

« Les arbres sont sans doute morts », confie-t-ele avec regret.

C’est alors qu’un grand nombre de résidents d’implantations, armés de bâtons, de couteaux ou de machettes, est descendu de la colline, raconte Gefen, reconnaissant que la scène était trop confuse pour qu’elle ait pu dénombrer les agresseurs.

Les résidents israéliens, descendus de l’implantation voisine de Maale Amos, ont jeté des pierres sur les Palestiniens et les militants israéliens de gauche, explique Gefen.

Gefen, qui est une militante aguerrie, a pris la fuite en direction du pied de la colline et s’y est cachée, avec l’appareil photo de son téléphone allumé pour enregistrer la confrontation. Elle a été découverte par des résidents d’implantations peu de temps après. Voyant qu’elle les filmait, ils se sont rués sur elle.

« Ils ont commencé à me frapper, ont arraché mon sac à dos. Je pensais qu’ils partaient, alors j’ai caché mon téléphone sous mes vêtements. Ils m’ont fouillée pour trouver le téléphone, hurlant que les gens comme moi ‘n’avaient rien à faire ici’ et ‘méritaient de mourir’. »

Un groupe de résidents d’implantations se faisant appeler “L’organisation de lutte pour chaque mètre carré de terre” a publié une déclaration, suite à l’incident, affirmant que les Palestiniens n’étaient pas venus cueillir les olives mais affronter les habitants de l’un des quartiers éloignés de Maale Amos.

L’organisation de droite assure que les résidents d’implantations n’ont eu d’autre choix que de se défendre, face à des Palestiniens menaçants, armés de bâtons.

Michael Milstein, directeur du Forum d’études palestiniennes à l’Université de Tel Aviv, rappelle qu’au moment des récoltes, il y a « beaucoup plus d’affrontements entre résidents d’implantations juives et Arabes » que le reste de l’année.

« A cette époque, de nombreux Arabes, notamment ceux qui vivent dans les villages, se rendent sur leurs terres [pour travailler] », explique-t-il, ajoutant que « ces terres, souvent très proches des implantations, sont sujettes à de nombreux griefs, lorsque ce ne sont pas des affaires judiciaires relatives à [leur propriété] ».

Abbas Milhem, directeur exécutif de l’Union des agriculteurs palestiniens, explique au Times of Israel que la proximité des oliveraies palestiniennes des implantations israéliennes est
« un problème majeur pour les familles palestiniennes ».

« Les résidents d’implantations s’en prennent souvent et violemment aux Palestiniens. Ils n’hésitent pas à arracher les oliviers ou à les bombarder avec de l’artillerie pour les détruire », ajoute-t-il.

Les oliviers ont une signification culturelle et économique forte pour les Palestiniens, de sorte que ces agressions ont un écho puissant au sein de la communauté.

« L’olivier est un élément de l’identité nationale et un symbole religieux particulièrement important, mentionné dans [le chapitre 95 du] Coran », précise Milhem. « L’olivier, ce sont les racines, que l’on trouve au plus profond du cœur de chaque Palestinien vivant sur cette terre. »

Sur le plan économique, la production d’olives représente 4,8 % du PIB de la Cisjordanie et fournit un moyen de subsistance, toujours plus menacé, à environ 80 000 à 100 000 familles palestiniennes.

Consciente du rôle central de la récolte des olives dans la vie palestinienne, Gefen s’est dite heureuse d’avoir fait ce qu’elle avait fait, la semaine passée, malgré ses blessures.

Tournée vers l’avenir, elle se dit « prête » à poursuivre son engagement militant en Cisjordanie.

« La cruauté [envers les Palestiniens] dans ces collines ne s’exerce pas seulement au moment de la cueillette des olives », conclut-elle, « mais toute l’année ».

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