Une ONG écolo libanaise aide la branche armée du Hezbollah – Think tank US
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Une ONG écolo libanaise aide la branche armée du Hezbollah – Think tank US

Le Washington Institute soutient comme Israël que "Green Without Borders" est une façade qui a permis au Hezbollah d'utiliser ses sites pour une attaque en septembre contre Tsahal

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une installation de l'ONG libanaise 'Green Without Borders', qui servirait, selon l'armée israélienne, d'avant-poste pour le Hezbollah sur la frontière israélo-libanaise. Photographie publiée le 22 juin 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)
Une installation de l'ONG libanaise 'Green Without Borders', qui servirait, selon l'armée israélienne, d'avant-poste pour le Hezbollah sur la frontière israélo-libanaise. Photographie publiée le 22 juin 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)

Les missiles antichars Kornet tirés par le groupe terroriste libanais du Hezbollah sur un véhicule et une position militaires israéliens près de la frontière libanaise en septembre ont été lancés depuis un terrain du Sud-Liban contrôlé par une ONG environnementale, selon un rapport publié jeudi qui affirme que le groupe est en fait une couverture pour le Hezbollah.

L’ONG, Green Without Borders (GWB), a été accusé à plusieurs reprises dans le passé d’être une façade pour l’organisation terroriste soutenue par l’Iran, tant par l’armée israélienne que par la délégation israélienne aux Nations unies.

Le document, publié par Matthew Levitt et Samantha Stern du Washington Institute, basé aux Etats-Unis, approfondit ces allégations, en identifiant huit nouveaux endroits le long de la frontière qui appartiennent au groupe et en démontrant davantage les liens de l’organisation non gouvernementale avec le Hezbollah.

Green Without Borders se dit principalement dédiée à la plantation d’arbres, à la lutte contre les incendies de forêts et à l’environnement en général. En même temps, elle reconnaît librement ses liens avec la « résistance » – le Hezbollah. Les arbres qu’elle plante au Sud-Liban sont expressément destinés à bloquer les caméras de surveillance israéliennes, à agir comme « un voile sur les yeux de l’ennemi en plus d’un mur derrière lequel les résistants se protègent », a déclaré le chef de l’organisation, Hajj Zuhair Nahle, au Daily Star, le quotidien d’information libanais, en 2017.

Ce fut le cas le mois dernier lorsque l’ONG a planté un certain nombre d’arbres du côté israélien de la ligne bleue internationalement reconnue – mais du côté libanais de la clôture frontalière – ce qui a incité Tsahal à prendre la mesure inhabituelle de passer dans la zone tampon pour les enlever. Cela a conduit à de vives tensions près de la ville israélienne de Metulla entre l’armée israélienne et les forces armées libanaises le 14 avril, avec la médiation des soldats de la paix des Nations unies qui ont finalement coupé eux-mêmes les arbres.

Des soldats israéliens et libanais s’affrontent près de la frontière, tandis que des soldats de la paix de l’ONU tentent d’arbitrer une résolution, le 14 avril 2020. (Médias du Hezbollah)

Le rapport de Levitt et Stern ne contient aucune preuve inébranlable nouvelle, sous la forme d’aveux ou de documents, que Green Without Borders sert de front au Hezbollah, mais présente plutôt l’affaire sur la base d’informations existantes de l’organisation, de rapports de l’ONU et de conversations avec des responsables militaires israéliens.

« Cela ne fait aucun doute », a commenté M. Levitt auprès du Times of Israël avant la publication du rapport.

« En construisant des postes de surveillance, en refusant à la FINUL un accès sans restriction au Sud-Liban et en accordant au Hezbollah des plateformes logistiques et opérationnelles à partir desquelles il peut tirer des roquettes sur Israël, GWB est effectivement devenu une partie de l’infrastructure militaire du Hezbollah », a-t-il écrit avec M. Stern.

Dans le document, les deux hommes détaillent l’emplacement de huit avant-postes de Green Without Borders, non identifiés auparavant, dont certains contiennent des tours de guet et d’autres infrastructures de surveillance, le long de la frontière libano-israélienne. Un de ces sites nouvellement identifiés, à l’est de la ville de Yaroun, a apparemment été utilisé lors de l’attaque du 1er septembre. Les sept autres sont situés à l’est d’Aalma el-Chaeb, au sud de Dhayra, au sud de Rmeish, à l’ouest de Yaroun, à l’est de Houla, au sud de Kafr Kila et à l’est de Metulla.

Une carte du Washington Institute for Near East Policy identifiant les 16 sites de « Green Without Borders » le long de la frontière israélo-libanaise et figurant dans un rapport publié le 14 mai 2020.

Ces nouveaux sites s’ajoutent aux huit autres de GWB identifiés par Israël et les Nations unies au fil des ans.

Dans leur rapport, Levitt, l’une des principales autorités mondiales sur le Hezbollah, et Stern font également pression pour que des sanctions soient prises contre Green Without Borders par les États-Unis, qui ne considèrent pas encore l’organisation comme groupe terroriste.

Les chercheurs du Washington Institute demandent également que les Nations unies, et plus particulièrement ses soldats de la paix, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), jouent un rôle plus important dans la surveillance de la situation au Sud-Liban ou, du moins, qu’elles fassent mieux état des violations de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a mis fin à la Seconde Guerre du Liban en 2006.

Cette résolution demande à tous les groupes armés – à l’exception des forces armées libanaises et de la FINUL – de rester au nord du fleuve Litani, une exigence qui, selon Israël, n’est absolument pas appliquée, les membres du Hezbollah opérant régulièrement au Sud-Liban – parfois ouvertement – et les armes du groupe étant cachées en masse dans des villages chiites près de la frontière.

Un Libanais tient un drone israélien qu’il aurait abattu près de la frontière, le 23 octobre 2019. (Twitter)

Pendant ce temps, le Liban accuse régulièrement Israël de violer la résolution en faisant voler des avions et des drones dans l’espace aérien libanais, ce que les responsables israéliens ne nient pas mais soutiennent être nécessaire pour recueillir des renseignements sur les opérations illégales du Hezbollah au Liban, car les services de sécurité du pays ne sont pas prêts à le faire eux-mêmes.

En mars, les Nations unies ont publié un rapport sur l’état de la résolution 1701, dans lequel l’ONU évoque les récents développements de l’enquête sur l’attaque de missiles du Hezbollah du 1er septembre.

Dans ce rapport, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a écrit que la FINUL « a estimé que les missiles avaient été lancés de l’autre côté de la Ligne bleue » depuis deux sites de Green Without Borders près d’Aitaroun au Sud-Liban, mais que les soldats de la paix n’y avaient « pas eu accès ».

Lors de l’attaque, trois missiles ont été lancés sur Israël depuis le Liban. Deux d’entre eux ont ciblé un véhicule blindé qui servait d’ambulance, avec cinq soldats à l’intérieur. Ils ont manqué le véhicule, de justesse, atterrissant sur la route juste à côté. L’autre a fini près d’un poste de l’armée.

Levitt a déclaré que les informations qui lui ont été fournies par les responsables israéliens confirment l’affirmation selon laquelle la zone à partir de laquelle les missiles antichars Kornet ont été tirés appartenait à Green Without Borders.

De la fumée s’échappe d’un incendie causé par une roquette tirée depuis le Liban près du Moshav Avivim, à la frontière avec le Liban, au nord d’Israël, le 1er septembre 2019. (David Cohen/Flash90)

Le rapport a également noté que plusieurs des postes du groupe se trouvaient dans la même zone que les tunnels d’attaque creusés par le Hezbollah dans le nord d’Israël, qui ont été localisés et détruits par Tsahal fin 2018 et début 2019.

« On ne sait pas si un lien peut être établi » entre les sites de Green Without Borders et les tunnels, ont précisé Levitt et Stern.

Dans ce document, ils accusent la FINUL et l’ONU d’avoir été trop timides dans leurs rapports sur GWB, en particulier en 2017, lorsqu’Israël a prétendu que le groupe était un front du Hezbollah, avant l’utilisation des sites de l’ONG comme rampe de lancement pour l’attaque du 1er septembre.

Photo prise depuis le village de Meiss al-Jabal au sud du Liban, le 13 décembre 2018. La FINUL observe les opérations d’excavation par l’armée israélienne du côté israélien de la frontière. (Crédit : AP/Hussein Malla)

En 2017, la FINUL a déclaré qu’elle n’avait « observé aucune personne armée non autorisée sur les lieux ou trouvé des raisons de signaler une violation de la résolution », mais n’a pas mentionné que des membres non armés du Hezbollah semblaient opérer dans ces zones et que d’autres sites ne pouvaient pas être inspectés parce que les troupes de la FINUL n’avaient pas le droit de s’y rendre à cause des agents du Hezbollah et de Green Without Borders.

« Cette omission par la FINUL de faire des remarques sur les militants non armés engagés dans la surveillance transfrontalière a finalement encouragé GWB à utiliser deux de ses postes comme plateformes pour mener une attaque de missiles transfrontalière », affirment Levitt et Stern.

« La seule raison pour laquelle la FINUL n’a pas directement observé une telle activité est que GWB et d’autres membres du Hezbollah leur ont refusé l’accès à la zone. »

Les deux hommes ont demandé à l’ONU de fournir des informations plus détaillées sur les activités de Green Without Borders, compte tenu de ses liens évidents avec le Hezbollah.

« Au minimum, les rapports de la FINUL devraient inclure les données géographiques, statistiques et chronologiques spécifiques liées aux violations et aux itinéraires des patrouilles, que la FINUL collecte déjà mais ne rend pas publiques », ont-ils écrit.

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