Une plainte réclamant la vaccination des Palestiniens déposée à la Haute cour
Rechercher

Une plainte réclamant la vaccination des Palestiniens déposée à la Haute cour

Des groupes israéliens et palestiniens estiment que l'incapacité à donner le surplus de doses contrevient aux droits fondamentaux des populations de Gaza et de Cisjordanie

Des Palestiniens se font vacciner contre la  COVID-19 dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 25 mars 2021. (Crédit :  Wisam Hashlamoun/Flash90)
Des Palestiniens se font vacciner contre la COVID-19 dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 25 mars 2021. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Six groupes israéliens et palestiniens des droits de l’Homme ont déposé plainte devant la Haute cour de justice, jeudi, réclamant que l’État juif fasse en sorte d’assurer la vaccination des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, notamment en donnant les vaccins en excès issus des propres stocks du pays.

« La politique et l’échec actuel » du gouvernement « à garantir que la population entière soit vaccinée contrevient aux droits fondamentaux à la vie et à l’intégrité physique des habitants palestiniens, et ils constituent une injustice clairement identifiée », ont écrit les plaignants, selon un communiqué de l’organisation Physicians for Human Rights Israel.

La plainte a affirmé que l’Autorité palestinienne « ne disposait pas d’un nombre suffisant de vaccins tandis que, sur ce qui est pratiquement le même territoire, les citoyens et des résidents israéliens étaient presque totalement vaccinés, à l’exception de ceux qui ont refusé les injections ».

La plainte a été soumise par plusieurs groupes : Physicians for Human Rights Israel ; HaMoked: Centre pour la Défense de l’individu ; le centre Al Mezan pour les droits de l’Homme ; Gisha – Centre légal pour la liberté de déplacement ; Adalah : Centre légal pour les droits de la minorité arabe en Israël ; ainsi que l’association Rabbis for Human Rights.

Elle a été déposée dans un contexte d’inquiétudes face à la hausse du nombre d’infections au coronavirus dans les territoires palestiniens, a fait savoir le communiqué.

Le texte a ajouté que les recherches révélaient qu’il y avait 27 décès par jour des suites de la COVID-19 en Cisjordanie et à Gaza, où le taux de positivité est actuellement d’environ 20 %.

« Les hôpitaux palestiniens de Cisjordanie sont complètement remplis et certains dans la bande de Gaza ont cessé d’accepter des malades du cancer qui ont pourtant besoin de traitements urgents et vitaux », a poursuivi le communiqué.

Cette plainte est rendue publique alors même que le ministère israélien de la Santé a publié des chiffres montrant que la moitié de la population israélienne avait bénéficié des deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech et que le taux de positivité avait chuté à 1,3 %, taux le plus bas depuis le mois de juin de l’année dernière.

Un prêtre chrétien palestinien se fait vacciner contre la COVID-19 pendant une campagne de vaccination des travailleurs essentiels au ministère de la Santé de Ramallah, en Cisjordanie, le 21 mars 2021. (Crédit : Nasser Nasser/AP)

Israël a déjà été appelé par des groupes de défense de droits de l’Homme et certaines personnalités de la communauté internationale à aider à la vaccination des Palestiniens. Les organisations et l’Autorité palestinienne ont dénoncé le fait que les habitants d’implantations, en Cisjordanie, avaient été immunisés face à la maladie, mais que les Palestiniens ne l’avaient pas été.

Les responsables israéliens ont indiqué que les Palestiniens étaient responsables de la vaccination de leur population, conformément aux Accords d’Oslo conclus en 1993 entre les deux parties, même si certains ont déclaré que l’État juif envisagerait de fournir des doses une fois que tous les Israéliens seraient vaccinés.

L’Autorité palestinienne a, de son côté, passé des contrats avec plusieurs fournisseurs de vaccin – notamment avec AstraZeneca, la Russie et la Chine – pour acheter des doses, mais très peu sont arrivées jusqu’à présent.

L’AP a commencé à recevoir des doses par le biais du programme mondial de vaccination COVAX, une initiative prise par l’Organisation mondiale de la Santé en direction des pays pauvres ou à revenu moyen. Le programme vise à fournir un nombre suffisant de doses gratuites pour immuniser jusqu’à 20 % de la population des pays participants et environ 90 pays s’y sont inscrits.

Environ 61 440 doses de vaccin destinées à l’AP ont été livrées à Ramallah, la semaine dernière, après avoir atterri à l’aéroport Ben Gurion dans la même journée. L’AP a ainsi reçu 37 440 doses de Pfizer et 24 000 d’AstraZeneca.

Le programme COVAX devrait, à terme, fournir environ 400 000 vaccins AstraZeneca aux Palestiniens, selon l’UNICEF. Le vaccin est devenu controversé, ces derniers jours, après des informations portant sur d’éventuels effets secondaires de thrombose dans de rares cas. Certains pays européens avaient arrêté de l’utiliser la semaine dernière mais ont depuis recommencé à l’administrer, après que des experts de la Santé ont estimé qu’il était sûr.

Les responsables de la Santé, à Gaza, ont aussi reçu environ 60 000 vaccins russes Sputnik V financés par les Émirats arabes unis et environ 2 000 doses de Sputnik V de la part de l’Autorité palestinienne.

L’État juif, pour sa part, a vacciné plus de 100 000 Palestiniens qui travaillent en Israël ou dans les implantations, envoyant des équipes médicales aux postes de contrôle et dans les zones industrielles de la Cisjordanie et des secteurs frontaliers.

Les agents de police du Hamas montent la garde lors du déchargement d’un camion transportant 40 000 doses de vaccin russe anti-COVID-19 Sputnik V à son arrivée dans la bande de Gaza, au poste-frontière de Rafah avec l’Égypte, le 11 mars 2021. (Crédit : Adel Hana/AP)

Environ cinq millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie et à Gaza.

Au mois de janvier, l’Organisation de libération de la Palestine avait vivement recommandé à la communauté internationale de « faire assumer ses responsabilités à Israël » en garantissant que le pays fournirait des vaccins à tous les Palestiniens vivant dans les zones placées sous contrôle de l’État juif. Jérusalem, de son côté, a fait savoir qu’aucune demande officielle dans ce sens n’avait été faite.

Le mois dernier, le Secrétaire d’État américain Antony Blinken se serait entretenu au téléphone avec le ministre des Affaires étrangères israélien Gabi Ashkenazi et lui aurait demandé de fournir davantage de vaccins aux Palestiniens.

Évoquant les résidents palestiniens de Jérusalem-Est qui sont éligibles à la vaccination par le biais du système de santé israélien, Ashkenazi aurait dit à Blinken qu’Israël avait vacciné un plus grand nombre de Palestiniens que n’importe quel autre acteur.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...