Une start-up israélienne convertit la matière fécale en combustible de cuisson
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Une start-up israélienne convertit la matière fécale en combustible de cuisson

HomeBiogas explique que ses toilettes biologiques peuvent être installés n'importe où, et peuvent résoudre la crise mondiale de l’assainissement et produire une énergie alternative

Des toilettes bio conçues par la start-up israélienne HomeBiogas. (Autorisation)
Des toilettes bio conçues par la start-up israélienne HomeBiogas. (Autorisation)

La start-up israélienne HomeBiogas, qui a mis au point un processus de transformation des fèces humaines en combustible de cuisine, a fait évoluer sa technologie pour permettre à ses systèmes de transformer les fèces humaines en combustible, sans avoir besoin d’être relié à des égouts ou à des réseaux d’adduction d’eau.

« Nous avons travaillé sur ce projet pendant quasiment deux ans », a expliqué Oshik Efrati, PDG et fondateur de HomeBiogas dans une interview accordée au Times of Israël à l’occasion de la Journée mondiale des Toilettes. Ce système permet aux utilisateurs d’avoir des toilettes similaires aux modèles classiques, avec une chasse d’eau sur le côté, sans qu’il soit pour autant relié à un système de traitement des eaux usées, a-t-il expliqué.

« Pour fonctionner, le système n’a besoin que d’un seau d’un litre et demi d’eau recyclée par chasse », a-t-il dit. A titre de comparaison, nos toilettes utilisent entre 5 et 10 litres d’eau par chasse tirée, a-t-il dit. Ce système permettrait d’économiser 40 000 litres d’eau par foyer et par an, estime-t-il.

La pompe manuelle envoie les fèces directement vers le dispositif HomeBiogas, une structure en forme de tente placée à côté des toilettes, dans laquelle l’eau est traitée par une bactérie et transformée en combustible de cuisson.

La Journée mondiale des toilettes vise à sensibiliser le public sur le rôle crucial qu’elles jouent pour les populations et à encourager des actions ciblées pour relever le défi de la crise mondiale de l’assainissement.

Près de 4,5 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale n’ont pas de toilettes chez eux, ou sont équipés de dispositifs qui ne traitent pas correctement les eaux usées. Près de 892 millions de personnes pratiquent la défécation à l’air libre, selon les Nations unies.

Les mauvaises conditions d’hygiène inhérentes à la défécation à l’air libre sont étroitement liées à la propagation de maladies telles que le choléra, et la diarrhée, et sont à l’origine de milliers de décès chaque année.

« L’impact d’une telle exposition aux matières fécales humaines a des effets dévastateurs sur la santé publique, les conditions de vie et de travail, la nutrition, l’éducation et la productivité économique dans le monde », a déclaré l’ONU sur son site.

La Bill and Melinda Gates Foundation a également mis l’accent sur l’assainissement et a lancé le Reinvent the Toilet Challenge pour gérer ce problème et prendre en compte les besoins de personnes qui travaillent et vivent dans des lieux non reliés à des égouts.

Des toilettes bio conçues par la start-up israélienne HomeBiogas transportées sur un cyclomoteur au Rwanda. (Autorisation)

« Nous avons pris notre solution, HomeBiogas 2.0, qui convertit les déchets alimentaires en combustible de cuisson, et nous avons réfléchi à une façon d’utiliser une technologie existante pour permettre à tous les humains sur terre d’avoir droit à des toilettes décents, sécurisés et propres », a indiqué Efrati. « Nous avons étudié toutes les solutions disponibles aujourd’hui et nous nous sommes rendus auprès des populations concernées en Afrique et en Inde. »

Pour mieux comprendre le problème, Efrati a accompagné une femme qui parcourt deux kilomètres quotidiennement, à pied, dans une région déserte, pour se soulager.

« Durant cette longue marche, elle m’a expliqué à quel point la défécation à l’air libre n’est pas hygiénique, et qu’elle et les autres femmes craignent pour leur sécurité, parce qu’elles sont vulnérables aux passants, une fois la nuit tombée », a-t-il dit.

Les solutions existantes nécessitent beaucoup d’entretien, comme c’est le cas des toilettes à compostage, ou requièrent un raccordement au réseau d’électricité et « nous voulions créer des toilettes qui soient faciles à installer et qui donnent la sensation de toilettes classiques », a expliqué Efrati.

Le Bio-Toilet est empaqueté dans une seule boîte, ce qui facilite le transport, même sur un cyclomoteur dans un village reculé, a indiqué la société dans un communiqué lundi.

C’est un assemblage « do it yourself » qui permet « une installation rapide et facile ».

« C’est comme acheter un placard à Ikea », a comparé Efrati dans le communiqué. Le produit est « complet, fourni avec un plan de montage et un manuel d’utilisation » et l’intervention d’un technicien n’est pas nécessaire.

Les fondateurs de HomeBiogas, de gauche à droite : Erez Lanzer, directeur financier, Oshik Efrati, PDG et Yair Teller (Autorisation)

En plus des pays émergents, deux autres populations peuvent être concernées par la solution Bio-Toilet de HomeBiogas : les personnes situées dans les zones sinistrées et les communautés reculées qui ne sont pas reliées aux infrastructures de l’Etat.

Dans le cadre d’un projet pilote, la société a déjà envoyé 100 toilettes à des utilisateurs en Israël, en Afrique et en Inde, a indiqué Efrati. Il se prépare désormais à distribuer son produit à plus grande échelle.

La société, qui emploie 28 personnes, a été créée en 2012 et est basée dans le village de jeunesse Hadassah Neurim, dans le centre d’Israël.

La société a déjà mis sur le marché des produits Homebiogas pour les déchets organiques dans plus de 100 pays et traite avec une soixantaine de distributeurs.

Ce système permet aux utilisateurs de collecter le gaz naturel produit par les déchets et de le collecter sans avoir recours à l’électricité, en utilisant un système à basse pression. Ces produits sont venus dans les pays développées aux familles soucieuses de l’environnement et à ceux qui choisissent de vivre déconnectée des réseaux de traitement des eaux, a expliqué Efrati, ainsi qu’aux utilisateurs dans les pays émergents qui utilisent du charbon et du bois pour cuisiner.

« Près de trois millions de personnes cuisinent toujours au bois ou au charbon », a-t-il dit.

Le système transforme les déchets organiques en gaz et en fertilisant liquide.

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