Une tombe unique exhumée offre un aperçu de la domination assyrienne sur Israël
Une nouvelle étude sur des fouilles de sauvetage près d'Afula relate la découverte de sépultures contenant les restes d'un haut fonctionnaire et des dizaines d'objets rares et somptueux
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C’est grâce à des fouilles de sauvetage presque abandonnées, menée en amont d’un projet de construction routière dans la vallée de Jezréel, au nord d’Israël, qu’a été mise au jour une somptueuse tombe datant d’environ 2 700 ans et contenant un trésor de bijoux, de récipients uniques et d’objets délicatement décorés, dont certains n’avaient encore jamais été vus auparavant au Levant.
La tombe exhumée sur le site de Horvat Tevet, à la sortie de la ville moderne d’Afula, renferme également un spécimen rare de restes incinérés, d’un type précédemment trouvé dans une zone périphérique de l’Empire assyrien, a déclaré Omer Sergi, l’un des auteurs d’une étude récemment publiée sur cette découverte qui fournit des informations majeures sur la domination coloniale de cette ancienne puissance et sur la dynamique socio-économique de la région.
« Il s’agit d’objets uniques qui n’ont pas d’équivalent, certains provenant d’Extrême-Orient, du cœur de l’Assyrie en Mésopotamie, et d’autres de l’Extrême-Occident, de la mer Égée », a indiqué Sergi, qui travaille à l’université de Tel Aviv, au Times of Israel. « La personne qui a été inhumée ici était manifestement importante. »
Karen Covello-Paran, de l’Autorité des antiquités d’Israël, et Omer Peleg, de l’université Ben Gurion du Néguev, ont également participé à la rédaction de cette étude, qui a été publiée en octobre dans la revue à comité de lecture Tel Aviv.
Les fouilles, codirigées par Sergi et Covello-Paran, ont été menées en 2018-2019 avant les travaux d’agrandissement d’une autoroute traversant la vallée.
« Nous avons mené une série de fouilles de sauvetage dans la région afin de mettre au jour tout vestige antique qui aurait pu s’y trouver, avant que la nouvelle route ne les recouvre », a expliqué Sergi.
Au début, l’équipe a mis au jour un centre administratif datant du IXe siècle avant notre ère. À l’époque, la région appartenait au royaume biblique d’Israël, qui a ensuite été détruit par l’empire assyrien lors d’événements décrits dans le Livre des Rois et le Livre des Chroniques, dans la Bible, ainsi que par des sources assyriennes.
« Nous avons découvert un domaine royal composé d’entrepôts, d’ateliers d’artisanat et de zones de production », se souvient Sergi. « À cet endroit, [les Israélites] cultivaient des céréales à très grande échelle, élevaient des moutons et des chèvres, fournissaient de l’huile et des produits dérivés de la viande aux centres urbains de tout le royaume. »
Pendant un certain temps, les archéologues n’ont trouvé que ce domaine, détruit et abandonné dans la première moitié du IXe siècle, alors même qu’ils poursuivaient leur inspection de la zone où la route devait être construite.
« J’ai dit à Karen que nous perdions notre temps et notre argent, et que nous devrions plutôt nous concentrer sur le domaine. Mais elle a insisté pour que nous inspections l’ensemble du site », a déclaré Sergi. « Nous avons eu de la chance qu’elle l’ait fait. C’est grâce à elle que nous avons pu découvrir ensuite cet ensemble funéraire unique. »
En creusant sur un versant orienté vers le sud, les archéologues ont mis au jour deux fosses funéraires adjacentes. À l’intérieur se trouvaient trois urnes contenant des cendres humaines, ainsi que les restes d’un autre corps allongé sur le côté en position fœtale, placés les uns à côté des autres. Au total, le site funéraire comprenait 17 récipients en poterie, avec 15 types de poterie différents, et plus de 100 artefacts.
Ni les restes humains conservés dans les urnes ni ceux du corps adjacent ne contenaient de matériel susceptible d’être utilisé pour un test ADN. Toutefois, selon Sergi, les chercheurs ont conclu que les restes contenus dans les trois urnes appartenaient à une seule et même personne, se basant, pour parvenir à cette conclusion, sur la quantité de cendres conservée dans chaque récipient ainsi que sur le fait que certaines des poteries enterrées avec le défunt avaient été intentionnellement brisées et les morceaux ainsi obtenus, répartis dans les urnes.
« La personne qui a enterré les urnes a cassé une cruche en trois morceaux et a placé chacun de ces morceaux dans une urne », a précisé Sergi.
Le trésor comprenait un alabastre à la décoration raffinée – un récipient en forme de vase orné de canards volant au-dessus de fleurs de papyrus -, provenant probablement des îles de la mer Égée, un objet qui n’avait encore jamais été découvert au Levant. Le trésor incluait également des dizaines de perles colorées fabriquées à partir de divers matériaux, notamment du verre et des coquillages, plusieurs amulettes en faïence, dont deux représentant la déesse égyptienne Sekhmet, et une délicate bouteille assyrienne émaillée.
La typologie des poteries a permis aux archéologues de dater leur découverte du VIIe siècle avant notre ère, et d’établir qu’il s’agissait d’un site assyrien sans rapport avec le domaine israélien voisin qui avait été abandonné deux siècles plus tôt.
« Au VIIe siècle avant notre ère, le royaume d’Israël n’existait plus. Il avait déjà été détruit par l’Empire assyrien », rappelle Sergi. « L’Empire assyrien avait pris le contrôle de la vallée de Jezréel. Il avait créé un nouveau district administratif, la province de Megiddo, dont la capitale se trouvait à Tel Megiddo, à environ 15 kilomètres de Horvat Tevet. »
La pratique consistant à enterrer deux corps ensemble, l’un incinéré et l’autre inhumé, a été attestée en Phénicie, le long de la côte, plus au nord, dans l’actuel Liban, où des restes incinérés répartis dans plusieurs récipients ont également été découverts. Mais l’incinération était assez rare en dehors de cette région, souligne Sergi.
« Entre le Xe et le VIe siècle avant notre ère, la crémation n’était populaire que dans une seule région, la côte levantine, que l’on désigne également sous le nom de Phénicie », a-t-il déclaré. « On a toutefois découvert quelques sépultures par crémation en dehors des centres provinciaux assyriens, comme dans le cas qui nous intéresse. »
Les chercheurs sont parvenus à déterminer que le deuxième corps était celui d’un homme adulte. Il portait peut-être un collier, des perles ayant été découvertes non loin de lui.
L’absence de données bioarchéologiques permettant un test ADN a néanmoins empêché les chercheurs de déterminer de manière concluante la nature de la relation entre les deux individus, a ajouté Sergi, soulignant qu’il serait incorrect de tirer des conclusions en présumant que les sépultures de Horvat Tevet étaient à l’image des sépultures phéniciennes.
« En Phénicie, ce type de sépulture était courant. Ici, nous parlons d’un phénomène unique », a-t-il poursuivi.
Outre les bijoux et les poteries, l’une des urnes contenait également un sceau assyrien de forme cylindrique. Ce type d’objet était utilisé pour produire une empreinte sur de l’argile humide, ainsi que comme pendentif.
« Il s’agit du seul objet dont nous pouvons affirmer avec certitude qu’il appartenait au défunt de son vivant. C’est en effet le seul objet qui présente des traces de feu, ce qui signifie qu’il a été incinéré avec le corps », a déclaré Sergi.
Le cylindre, la bouteille émaillée et un poids en pierre sont tous des éléments typiques de la culture et des coutumes assyriennes. La nature éclectique des objets permet en outre d’en savoir davantage sur les liens des personnes enterrées avec le monde extérieur.
« Les centres provinciaux assyriens étaient d’importants pôles coloniaux, où l’on pouvait trouver des fonctionnaires assyriens, une administration locale, des soldats, etc », a-t-il indiqué. « Certains des objets que nous avons exhumés relient le défunt au réseau colonial assyrien et d’autres, aux réseaux commerciaux qui prospéraient sous l’empire assyrien. »
« Nous savons qu’Horvat Tevet, à l’époque, n’était pas peuplé. Tous ces objets prestigieux n’appartenaient donc pas à un habitant de la région », a-t-il ajouté. « Cela signifie que ces objets devaient provenir d’un grand centre urbain bénéficiant d’un accès au commerce à longue distance avec la Mésopotamie, la Phénicie et la Méditerranée orientale. Il est clair que ces objets devaient provenir de Tel Megiddo. »
Pour Sergi, la nature des artefacts indique que le défunt était un haut fonctionnaire, un marchand, ou peut-être les deux.
« À l’époque, la distinction n’était pas nécessairement aussi claire », a-t-il fait remarquer.
À l’époque où les Israélites régnaient encore, la région de Horvat Tevet était probablement une terre royale, gérée par une autorité bureaucratique centralisée. Selon Sergi, c’était encore le cas deux siècles plus tard.
« Le défunt devait venir de Megiddo. C’est pourquoi nous devons imaginer que ses funérailles ont donné lieu à une sorte de procession entre Megiddo et Horvat Tevet », a-t-il noté. « Cela signifie que le centre colonial assyrien voulait montrer qu’il régnait également sur les terres royales fertiles situées de l’autre côté de la vallée, marquant ainsi le lien entre le centre colonial assyrien et les terres fertiles se trouvant à l’extérieur. »
Si les fouilles sont maintenant terminées et qu’une autoroute traverse désormais le site, l’équipe continue toutefois de rechercher des trésors cachés parmi les découvertes mises au jour.
« En ce qui concerne la tombe, nous avons mené toutes les recherches possibles. Mais il reste encore de nombreuses découvertes issues des fouilles à examiner et à publier », a affirmé Sergi.
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