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Une vidéo officielle de la prison d’Evin contredit les explications des autorités

Les autorités tentent de clarifier la position officielle après que l'incendie a fait 8 morts - mais la vidéo ne montre aucun trouble, contredisant les explications officielles

Une photo obtenue par l'agence de presse iranienne Mizan le 16 octobre 2022 montre des dégâts causés par un incendie dans la tristement célèbre prison d'Evin, au nord-ouest de la capitale iranienne Téhéran. (Crédit : KOOSHA MAHSHID FALAHI / MIZAN / AFP)
Une photo obtenue par l'agence de presse iranienne Mizan le 16 octobre 2022 montre des dégâts causés par un incendie dans la tristement célèbre prison d'Evin, au nord-ouest de la capitale iranienne Téhéran. (Crédit : KOOSHA MAHSHID FALAHI / MIZAN / AFP)

L’Iran a diffusé dimanche des images de caméras de surveillance de la tristement célèbre prison d’Evin. Ces images auraient été capturées la nuit lors de laquelle un incendie s’est déclaré, causant la mort d’au moins huit détenus. Les autorités ont publié ces images dans le but de clarifier leur position face à la pression internationale croissante.

Néanmoins, ces prétendues images de vidéosurveillance censées montrer le chaos du week-end d’avant n’ont fait que rendre encore plus mystérieux les faits survenus au sein de la prison.

Des prisonniers politiques et des participants aux manifestations de ces dernières semaines dans le pays sont emprisonnés à Evin. Des milliers de personnes auraient été arrêtées depuis le début des troubles, qui ont démarré suite à la mort de Mahsa Amini, une femme de 22 ans placée en garde à vue pour avoir enfreint le code vestimentaire islamique strict du pays, le 16 septembre dernier.

L’agence de presse publique iranienne IRNA avait diffusé une interview avec un haut responsable de la prison resté anonyme, qui affirmait qu’une émeute avait éclaté alors que des prisonniers reconnus coupables de crimes financiers tentaient de s’échapper. Néanmoins, aucune agitation ou violence n’est visible dans les images de vidéosurveillance diffusées.

On y voit néanmoins des foules de détenus se précipiter à travers les portes des cellules. Ces hommes semblent paniqués, alors que la fumée envahit les lieux et qu’une sirène retentit. Un prisonnier essaie de forcer la serrure de sa cellule avec un extincteur. Un autre tente d’endommager une caméra de vidéosurveillance.

La vidéo et les explications des autorités au sujet de ces évènements au sein de la prison ont semé le doute sur la version des faits émise par le gouvernement.

Les responsables avaient d’abord déclaré que les troubles avaient été attisés par des « agents ennemis » et certains détenus qui avaient tenté de s’échapper. Ils ont également affirmé que des détenus avaient mis le feu à un atelier de couture. Mais dans de nombreuses vidéos partagées sur les réseaux sociaux, des coups de feu, des explosions et des chants de protestation peuvent être entendus.

Les protestations viennent d’entrer dans leur sixième semaine. Elles ont fait au moins 122 morts, dont des enfants, selon l’Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo.

Les Iraniennes, beaucoup tête nue, ont été à l’avant-garde du mouvement de contestation, chantant des slogans contre le pouvoir et affrontant les forces de sécurité.

De nouvelles manifestations ont eu lieu samedi mais il est difficile d’en évaluer l’ampleur en raison des restrictions d’accès à Internet imposées par les autorités. Elles ont été accompagnées également de grèves.

Le média en ligne 1500tasvir a fait état de « grèves (…) organisées dans des villes, dont Sanandaj, Bukan et Saqez (nord-ouest) ». Cette dernière est la ville natale de Masha Amini.

Le groupe de défense des droits Hengaw, basé en Norvège, a aussi parlé de commerçants en grève dans ces même villes, ainsi qu’à Marivan (ouest).

La communauté internationale a condamné la répression et plusieurs pays ainsi que l’Union européenne ont imposé des sanctions à des dirigeants et entités iraniens.

Samedi, le chef de la diplomatie iranienne Hossein Amir-Abdollahian a accusé Washington d’instrumentaliser les manifestations pour obtenir des concessions dans les négociations, lancées il y a plus d’un an, pour raviver l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien.

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