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US: un verdict de 1983 pour incendie criminel annulé pour cause d’antisémitisme

Barry Jacobson s'est battu contre la condamnation pendant 40 ans ; l'affaire doit être rejetée parce qu'un juré l'a traité de "l'un de ces Juifs de New York"

Barry Jacobson, a été condamné pour avoir mis le feu à sa maison de vacances dans le Massachusetts en 1983. Sa condamnation a été annulée en 2022. Photo non datée (Crédit : Autorisation New England Anti-Defamation League)
Barry Jacobson, a été condamné pour avoir mis le feu à sa maison de vacances dans le Massachusetts en 1983. Sa condamnation a été annulée en 2022. Photo non datée (Crédit : Autorisation New England Anti-Defamation League)

BOSTON (JTA) – Barry Jacobson a passé 40 jours en prison en 1983 suite à sa condamnation pour avoir mis le feu à sa maison de vacances dans le Massachusetts.

Il a passé les 40 années suivantes à plaider son innocence et à soutenir que sa condamnation était entachée d’antisémitisme.

Aujourd’hui, la requête de Jacobson a finalement été entendue. Un procureur du Massachusetts devrait annoncer mardi que Jacobson, qui est juif, a été condamné injustement par un jury dont la présidente aurait dit de lui qu’il était « un de ces Juifs de New York qui pensent qu’ils peuvent venir ici et s’en tirer avec n’importe quoi ».

« Cette affaire est restée profondément ancrée dans son esprit et sa conscience pendant des décennies », a déclaré Bob Cordy, l’avocat de Jacobson, aujourd’hui âgé de 78 ans.

« Pendant près de 40 ans, j’ai été hanté par cette condamnation injustifiée », a déclaré Jacobson dans un communiqué. « À maintes reprises, elle a affecté ma carrière, mon entreprise, ma famille et ma communauté. Cela a été plus que douloureux. C’est une expérience que je ne souhaite à personne. »

Andrea Harrington, la procureure du comté de Berkshire, a décidé d’annuler la condamnation de Jacobson et de classer l’affaire après avoir effectué une révision à la demande de l’Anti-Defamation League et de l’Innocence Project, une organisation juridique novatrice dont le but est d’annuler les condamnations injustifiées.

La journaliste du Berkshire Eagle Heather Bellow, au centre gauche, assiste à une conférence de presse avec la procureure du comté de Berkshire Andrea Harrington, à droite, à Pittsfield, dans le Massachusetts, le 9 avril 2019. (Crédit : Steven Senne/AP)

« Les preuves crédibles de déclarations antisémites des jurés compromettent la justice de ce verdict et ont privé M. Jacobson de son droit à un procès avec jury impartial, garanti par le sixième amendement », a déclaré Mme Harrington dans un communiqué publié par la New England Anti-Defamation League, qui a déposé plus tôt cette année un mémoire en tant qu’amicus curiae dans cette affaire.

« Les procureurs ont la responsabilité de faire appliquer des lois visant à garantir des condamnations équitables et à rectifier les injustices passées », a ajouté Mme Harrington.

Mme Harrington a prévu de rendre sa décision publique mardi lors d’une conférence de presse aux côtés de l’ADL et de l’Innocence Project.

Le cas de Jacobson est inhabituel pour l’Innocence Project. Le groupe, fondé en 1992 et basé à la faculté de droit Cardozo de la Yeshiva University, se consacre généralement aux personnes incarcérées, souvent des condamnés à mort, et a été créé dans le but d’utiliser l’ADN, alors une nouvelle technologie, afin de disculper les victimes de condamnations injustifiées.

Les preuves ADN n’ont pas joué de rôle dans l’affaire Jacobson. Mais Barry Scheck, cofondateur de l’Innocence Project et avocat de Jacobson, a déclaré que cette affaire ne fait que renforcer les preuves que son groupe a accumulées pour montrer comment le racisme et d’autres préjugés pouvaient compromettre la justice pénale aux États-Unis.

« Alors que les cas d’antisémitisme augmentent dans tout le pays, le cas de M. Jacobson nous rappelle que le système juridique pénal n’a jamais été à l’abri de ses effets pernicieux et insidieux », a déclaré Scheck.

Dans une déclaration exprimant sa gratitude à Harrington et à tous ceux qui l’ont aidé dans son affaire, M. Jacobson a déclaré qu’il était soulagé d’être libéré d’un fardeau qui lui avait pesé durant toute sa vie de cadre en immobilier à New York, alors qu’il élevait cinq enfants, concluait d’innombrables affaires et faisait beaucoup de bénévolat dans sa communauté.

« Cette condamnation injustifiée a jeté une ombre douloureuse sur ma vie », a-t-il déclaré. « Je suis reconnaissant envers Dieu, ma famille et mes amis. Les maux de l’antisémitisme et du racisme dans notre système juridique doivent être combattus sans relâche. »

L’avocat Barry Scheck participe à une collecte de fonds de l’Innocence Project à New York en 2016. (Crédit : Daniel Zuchnik/Getty Images)

Jacobson était devenu propriétaire de la maison de vacances à Richmond, dans le Massachusetts, depuis près de cinq ans lorsqu’un incendie l’a fortement endommagée en janvier 1982. La présence de Jacobson sur les lieux, son comportement ultérieur et les problèmes coûteux de la propriété – il avait dépensé plus de 200 000 dollars pour réparer la maison de 55 000 dollars et n’avait toujours pas l’eau courante – ont fait naître la suspicion qu’il avait déclenché l’incendie pour obtenir une indemnité de l’assurance.

Il en a été reconnu coupable l’année suivante et a été condamné à six mois de prison et à une amende de 10 000 dollars. Il a purgé 40 jours.

Tout au long de son procès et par la suite, Jacobson, qui vit à plein temps dans la banlieue de New York, a soutenu qu’il était innocent. Selon ses avocats, il a fait 4 demandes de grâce qui ont été rejetées en plus de 15 ans.

« C’est un homme qui a passé sa vie à aider les autres », a déclaré Cordy, son avocat depuis 26 ans, à la Jewish Telegraphic Agency. « Une grâce a été à sa portée à plusieurs reprises dans les années 1990, à la lumière de son engagement et de ses nombreuses contributions à sa communauté au fil des ans – mais seulement s’il avouait un crime qu’il n’a pas commis – et il ne pouvait pas se résoudre à le faire.  »

Jacobson a fait valoir que de multiples erreurs avaient entaché l’enquête et le procès. John Lentini, un éminent expert en incendie criminel qui a plaidé en faveur d’améliorations dans la manière dont les enquêtes médico-légales sont menées, a témoigné que les erreurs dans le traitement des preuves dans le cas de Jacobson étaient les plus flagrantes qu’il ait vues en 47 ans.

Mais la contestation qui a finalement eu le plus d’influence sur Harrington provient d’une déclaration sous serment de l’un des jurés originaux, quelques mois seulement après le procès, révélant des opinions antisémites exprimées par la femme chargée de présider le jury.

« Dès le début de nos délibérations, la présidente du jury… a fait référence à plusieurs reprises à M. Jacobson comme étant ‘l’un de ces juifs de New York qui pensent qu’ils peuvent venir ici et s’en tirer avec n’importe quoi' », a déclaré le juré à l’époque.

Un juré suppléant a fait écho à cette observation dans une déclaration sous serment.

Des manifestants pro-Israël assistent à un rassemblement dénonçant l’antisémitisme et les attaques antisémites, dans le bas de Manhattan, à New York, le 23 mai 2021. Illustration (Crédit : Ed Jones/AFP)

« Lorsque le jury est sorti pour délibérer, ils n’étaient là que depuis, je dirais moins de cinq minutes, quand j’ai entendu l’une des dames dire à l’autre : ‘Eh bien, cela ne va pas prendre beaucoup de temps. Nous devrions en finir rapidement parce que vous savez qu’il est coupable. Et elle a dit : « Tous ces riches juifs new-yorkais viennent ici et pensent qu’ils peuvent faire n’importe quoi et s’en tirer », a écrit le juré suppléant.

Une cour d’appel de l’Etat a rejeté en 1985 l’idée que l’antisémitisme avait influencé la condamnation, notant que le juge avait interrogé les jurés et n’avait trouvé aucune preuve crédible que ces commentaires avaient influencé le jury. Un verdict contre un co-accusé a alors été annulé.

Notre association « ne connaît pas d’autre cas où l’antisémitisme a influencé les délibérations du jury sur les faits de l’affaire « , a déclaré à JTA Robert Trestan, directeur régional de l’ADL pour la Nouvelle-Angleterre. Mais, a-t-il ajouté, « nous devons nous demander s’il existe d’autres cas qui ont eu le même résultat mais qui n’ont pas encore été exposés. »

Dans son mémoire en tant qu’amicus curiae, l’ADL a fait valoir que le cas de Jacobson mettait en lumière un stéréotype persistant selon lequel les Juifs sont « avares et cupides ». Trestan a placé l’affaire dans le contexte du plus récent rapport de l’ADL sur l’antisémitisme aux Etats-Unis, qui a constaté la troisième année avec le nombre de cas le plus élevé depuis que l’organisation a commencé à à recenser les cas en 1979.

L’antisémitisme est présent dans toute la société américaine, a déclaré Trestan.

« Le système de justice pénale n’est pas une exception », a-t-il dit. « Cette affaire est un rappel frappant du danger que représente l’antisémitisme et de la nécessité d’intensifier les efforts d’éducation à tous les niveaux. »

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