Varsovie : « ‘Arbeit macht frei’, à Auschwitz, n’est pas polonais »
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Varsovie : « ‘Arbeit macht frei’, à Auschwitz, n’est pas polonais »

Mateusz Morawiecki affirme son soutien à la loi qui rend illégale l'incrimination des Polonais dans les atrocités de la Shoah dans un contexte de tensions croissantes avec Israël

Une ancienne prisonnière du camp de concentration assistant à une cérémonie au mémorial de l'ancien camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 2014. (Crédit : Janek Skarzynski/AFP)
Une ancienne prisonnière du camp de concentration assistant à une cérémonie au mémorial de l'ancien camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 2014. (Crédit : Janek Skarzynski/AFP)

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a riposté samedi à la colère israélienne suscitée par un projet de loi qui rendrait illégale l’incrimination des Polonais dans les crimes perpétrés sur le sol de la Pologne durant la Shoah, disant que le nom d’Auschwitz et la phrase « Arbeit macht frei », deux des symboles les plus lourds de la Shoah, ne sont pas polonais.

Ces propos ont été tenus après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réclamé samedi une réunion urgente entre les diplomates israéliens en Pologne et le Premier ministre Mateusz Morawiecki pour exprimer sa « forte opposition » à un projet de loi adopté vendredi par la chambre basse du parlement polonais qui rendrait illégale l’incrimination de la population polonaise dans les crimes de la Shoah perpétrés sur le sol polonais.

« Auschwitz est la leçon la plus amère sur la manière dont des idéologies mauvaises peuvent amener l’enfer sur terre. Les Juifs, les Polonais et toutes les victimes doivent être les gardiens de la mémoire de tous ceux qui ont été assassinés par les nazis allemands », a déclaré Morawiecki sur Twitter à la fin de la journée de samedi. « Auschwitz-Birkenau n’est pas un nom polonais et ‘Arbeit Macht Frei’ n’est pas une phrase polonaise ».

Auschwitz était le nom du camp de la mort nazi le plus célèbre sur le sol polonais où un million de personnes ont été tuées, majoritairement des Juifs. Il était écrit sur le portail de la porte la phrase « Arbeit Macht Frei », « le travail rend libre ».

Morawiecki a également noté sur Twitter qu’Israël et la Pologne ont signé une déclaration conjointe en 2016 s’opposant à l’utilisation du terme « camps de la mort polonais ».

Le nouveau projet de loi prévoit des sanctions judiciaires pour les individus ou les organisations qui calomnieraient la « nation polonaise » en assignant une responsabilité aux Polonais pour les crimes commis sur leur sol. L’utilisation des phrases comme « camps de la mort polonais » pour se référer aux sites d’extermination que l’Allemagne nazie avait installés dans la Pologne occupée pendant la guerre ferait encourir trois ans de prison ou une amende aux individus ou aux organisations, selon le projet de loi.

Ce dernier a voulu partiellement répondre à des cas, ces dernières années, où les médias étrangers ont utilisé l’expression « camps de la mort polonais » pour qualifier Auschwitz et d’autres camps dirigés par les nazis.

Le projet de législation rend également illégal le fait de « réduire délibérément la responsabilité des ‘vrais coupables’ de ces crimes », en référence au meurtre d’environ 100 000 Polonais par des unités de l’armée des insurgés ukrainiens durant la Seconde guerre mondiale.

Lors d’un discours prononcé samedi matin, marquant le 73ème anniversaire du camp, Morawiecki a par ailleurs souligné la culpabilité des Allemands dans les atrocités et a affirmé que les Polonais étaient des victimes, selon un communiqué de son bureau.

« Un force brutale et écrasante a détruit la nation juive et une partie de la nation polonaise. C’était une force allemande et nous devons appeler la vérité par ce qu’elle est : Oui, c’est oui, et non, c’est non », a-t-il dit.

Ces propos sont survenus alors qu’Israël a fait part de sa colère face au projet de loi, ouvrant la voie à une crise diplomatique.

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