Israël en guerre - Jour 148

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Washington, Abou Dhabi, Paris, Ryad dénoncent la visite de Ben Gvir au mont du Temple

L'UE a aussi publié des déclarations s'opposant à la visite du nouveau ministre de la Sécurité nationale

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, visitant le mont du Temple, le 3 janvier 2023. (Crédit : Minelet Har Habayit)
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, visitant le mont du Temple, le 3 janvier 2023. (Crédit : Minelet Har Habayit)

Le nouveau ministre israélien de la Sécurité nationale et figure très controversée de l’extrême droite, Itamar Ben Gvir, s’est rendu tôt mardi sur le mont du Temple, lieu saint au cœur des tensions à Jérusalem. Une visite qui n’a pas plu aux voisins de l’État juif.

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a dénoncé une « provocation » laissant présager « une escalade ».

Le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne (AP) a aussi condamné cette visite, la qualifiant de « provocation sans précédent ».

L’Arabie saoudite a exprimé sa « condamnation » de « l’action provocatrice d’un officiel israélien qui a pris d’assaut » le lieu saint ultra-sensible, a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Émirats arabes unis, où le nouveau Premier ministre Benjamin Netanyahu est censé se rendre la semaine prochaine, ont également condamné la visite de Ben Gvir, publiant une déclaration dénonçant son « assaut de l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa » et appelant à la fin des « violations graves et provocatrices ».

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a en effet confirmé mardi les informations précédentes selon lesquelles une visite aux Émirats arabes unis est prévue dans un avenir proche. Dans une déclaration, le bureau du Premier ministre a indiqué qu’il est en contact avec Abou Dhabi concernant « les préparatifs logistiques d’une visite officielle importante du Premier ministre Netanyahu ».

Des Juifs visitent le mont du Temple à Erev Rosh HaShana, le 25 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/ Maya Alleruzzo)

Le mont du Temple est considéré par les Juifs comme le lieu historique des deux temples juifs, ce qui en fait le site le plus sacré du judaïsme. C’est aussi le troisième lieu saint pour les musulmans, qui l’appellent la mosquée Al-Aqsa ou le Noble Sanctuaire.

En vertu d’un statu quo historique, les non-musulmans peuvent s’y rendre à des heures précises mais ne peuvent pas y prier. Or, ces dernières années, un nombre croissant de juifs, souvent nationalistes, y prient subrepticement, un geste dénoncé comme une « provocation » par les Palestiniens.

La visite de Ben Gvir mardi a eu lieu le 10 Tevet, un jour de jeûne juif pleurant les événements qui ont conduit à la destruction du Temple.

Le député travailliste Gilad Kariv a déclaré que la décision de Ben Gvir montrait qu’il accordait la priorité à la « promotion d’une vision du monde nationaliste extrême » plutôt qu’à la sécurité des citoyens israéliens et au bon fonctionnement de la police.

« Particulièrement le jour du jeûne du 10 Tevet, il est important de se rappeler que le lien entre l’extrémisme politique, l’ivresse du pouvoir et la corruption gouvernementale a conduit à la destruction du temple », a déclaré Kariv dans un communiqué. « Se dresser contre ces phénomènes est essentiel pour garantir l’avenir d’Israël. »

Zvika Fogel, député Otzma Yehudit, à Jérusalem, le 14 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90/Dossier)

Le député Zvika Fogel, du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit de Ben Gvir, a été interrogé mardi lors d’une interview avec Ynet sur la possibilité que le groupe terroriste palestinien du Hamas réagisse à la visite par des tirs de roquettes.

« Si cela dépendait de moi, Gaza brûlerait », a répondu Fogel si cela devait se produire.

« Nous entamerons une politique d’assassinats ciblés de commandants de peloton [du Hamas] et au-delà », a déclaré Fogel, ancien général de Tsahal et président désigné de la commission de Sécurité publique de la Knesset.

Fogel a également déclaré que malgré un accord de coalition avec le Likud de Netanyahu pour maintenir le statu quo sur les lieux saints, y compris le mont du Temple, la question sera soulevée par le parti Otzma Yehudit.

« Je suppose que nous allons demander une discussion, au sein du gouvernement, sur la modification du statu quo », a-t-il déclaré.

Ben Gvir, qui s’était auparavant rendu sur le site en tant que député, plaide pour que les juifs soient autorisés à entrer et prier sur l’esplanade, ce à quoi le grand-rabbinat israélien s’oppose. Cependant, de nombreux rabbins de la communauté ultra-orthodoxe et nationaliste soutiennent les visites.

« Que diront les gens quand ils verront un ministre, juif pratiquant, qui bafoue la position du rabbinat », a écrit Yitzhak Yossef, grand rabbin séfarade, dans une lettre adressée à Ben Gvir.

Illustration : Le grand rabbin séfarade d’Israël, Yitzhak Yosef, au International Convention Center (ICC), le 1er février 2022. (Crédit: Noam Revkin Fenton/Flash90/Dossier)

« En tant que ministre représentant le gouvernement d’Israël, vous devriez agir conformément aux instructions du Grand-Rabbinat, qui interdit depuis longtemps la visite du mont du Temple. ».

Yosef a demandé à Ben Gvir – qui visitait régulièrement le site avant de devenir ministre – de ne plus le faire à l’avenir « afin de ne pas induire le public en erreur ».

Ben Gvir, qui s’est rendu au mont du Temple à maintes reprises dans le passé en tant que député, avait annoncé dimanche son intention de visiter le site pour la première fois en tant que ministre.

En réponse, le Hamas, groupe terroriste à la tête de la Bande de Gaza, avait averti Israël que la visite de Ben Gvir sur le mont du Temple « ferait exploser la situation ».

Almog Cohen, à gauche, et Yitzhak Wasserlauf d’Otzma Yehudit à la Knesset, le 21 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, le législateur d’Otzma Yehudit, Almog Cohen, a déclaré à la chaîne publique israélienne Kan que le parti « aspire, oui, si Dieu le veut, à ce que toutes les religions puissent prier sur le mont du Temple », selon Reuters.

Les ambassades des États-Unis, de France et de l’Union européenne en Israël ont également publié des déclarations s’opposant à la visite de Ben Gvir et appelant au calme sur le site.

« L’ambassadeur [Tom] Nides a été très clair dans ses conversations avec le gouvernement israélien sur la question de la préservation du statu quo dans les lieux saints de Jérusalem », a déclaré un porte-parole de l’ambassade américaine en Israël. « Les actions qui empêchent cela sont inacceptables. »

Un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche a également mis en garde contre toute démarche qui mettrait en péril le statu quo des lieux saints de Jérusalem.

« Les États-Unis sont fermement favorables à la préservation du statu quo en ce qui concerne les lieux saints de Jérusalem », a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale dans un communiqué.

« Toute action unilatérale qui met en péril le statu quo est inacceptable », a dit le porte-parole, ajoutant que les États-Unis espèrent et attendent du Premier ministre Benjamin Netanyahu qu’il maintienne son engagement à préserver le statu quo du Mont du Temple et des autres lieux saints.

Ariel Sharon sur le mont du Temple, 28 septembre 2000. (Crédit : Flash90)

En 2000, la visite d’Ariel Sharon, alors à la tête de l’opposition de droite israélienne, avait été perçue comme une provocation par les Palestiniens. Le lendemain, des heurts sanglants avaient opposé Palestiniens et policiers israéliens, marquant le début de la seconde Intifada qui a duré cinq ans.

En mai 2021, des violences à Jérusalem-Est, notamment sur l’esplanade, avaient été le prélude à une guerre de 11 jours entre le Hamas et Israël.

Avocat de formation vivant dans une implantation parmi les plus radicales de Cisjordanie, Ben Gvir est devenu ministre en décembre 2022 dans le gouvernement mené par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le plus à droite de l’histoire du pays.

Celui-ci n’a dans un premier temps pas commenté la visite lors de la première réunion du cabinet mardi. Mais après les condamnations internationales, un responsable du bureau du Premier ministre a déclaré que Benjamin Netanyahu s’était engagé à « protéger strictement le statu quo sur le mont du Temple sans aucun changement. » Israël « ne cédera pas aux directives du Hamas » et note que dans le cadre du statu quo, des ministres ont visité le mont du Temple dans le passé, y compris l’ex-ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan. « L’affirmation selon laquelle il y a un changement dans le statu quo est sans fondement », a-t-il estimé.

« Voilà ce qui arrive lorsqu’un Premier ministre faible est forcé de donner des responsabilités à la personne la plus irresponsable du Moyen-Orient dans l’endroit le plus explosif du Moyen-Orient », a commenté sur Twitter le chef de l’opposition, Yaïr Lapid.

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