Israël en guerre - Jour 233

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Washington assure ne pas abandonner Israël mais estime que l’offensive à Rafah profitera au Hamas

Selon les porte-parole américains, le groupe terroriste ne donne aucun signe d’inflexion face au risque d’offensive car il se soucie peu des civils

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Joe Biden monte à bord d'Air Force One sur le tarmac de l'aéroport international Mitchell, le mercredi 8 mai 2024, à Milwaukee. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)
Le président américain Joe Biden monte à bord d'Air Force One sur le tarmac de l'aéroport international Mitchell, le mercredi 8 mai 2024, à Milwaukee. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

L’administration américaine a nié en bloc jeudi que la menace agitée par le président Joe Biden de ne pas fournir à l’armée israélienne les armes offensives prévues en cas d’offensive majeure à Rafah avait encouragé le Hamas à refuser l’offre de compromis sur la question des otages.

« Toute opération terrestre de grande ampleur à Rafah ne ferait que renforcer la position du Hamas à la table des négociations, pas celle d’Israël. C’est ainsi que nous voyons les choses », a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby, lors d’un point avec la presse à l’occasion duquel il a donné des explications sur la menace agitée par Biden, mercredi soir, lors d’une interview à CNN. Face aux critiques en Israël comme aux États-Unis, Kirby a indiqué que cela ne revenait pas à un abandon de l’État juif.

« Si j’étais [le chef du Hamas à Gaza] M. [Yahya] Sinwar, dans mon tunnel… et que je voyais des innocents succomber à des opérations militaires majeures à Rafah, j’aurais certainement moins envie de venir à la table des négociations », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche.

Selon Israël, le Hamas souhaite empêcher l’opération militaire à Rafah, non par considération pour le possible bilan humain, côté civil, mais parce qu’elle risquerait de démanteler son dernier grand bastion à Gaza, où quatre de ses bataillons sont toujours actifs.

Les porte-parole de l’administration Biden n’ont pas abordé ce point particulier, mais ont à plusieurs reprises nié que le renoncement à cette opération majeure à Rafah aurait pour effet de priver Israël de son levier sur le Hamas lors des pourparlers en vue de la libération des 132 otages encore aux mains du Hamas.

« Nous pensons bien au contraire qu’une opération à Rafah aurait pour effet d’affaiblir Israël, dans les pourparlers mais aussi plus globalement », a déclaré le porte-parole du Département d’État américain, Matthew Miller, lors d’un autre point presse.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) lors de la cérémonie de commémoration de la Shoah, le jour de YomHaShoah, à Yad Vashem à Jérusalem, le 5 mai 2024. (Kobi Gideon/GPO) et le chef du Hamas dans la bande de Gaza, Yahya Sinwar, prenant la parole lors d’un rassemblement pour la Journée d’Al-Quds (Jérusalem), dans la ville de Gaza, le 14 avril 2023. (Mohammed Abed/AFP)

« Une opération militaire de grande ampleur à Rafah ne ferait qu’affaiblir la position d’Israël dans le monde, l’éloigner de ses partenaires régionaux qui partagent son objectif de défaire le Hamas et de lui substituer une autre gouvernance à Gaza.

« Si on examine le bilan du Hamas, on voit qu’ils ne se sont jamais souciés de la vie des civils palestiniens. S’ils l’avaient fait, ils n’auraient pas lancé ces attaques, dont ils savaient qu’elles donneraient lieu à une riposte. Ils ne se cacheraient pas derrière des civils et ils auraient accepté le cessez-le-feu, donc je ne pense pas que cet argument tienne la route », a poursuivi Miller.

« C’est notre analyse, au milieu de ces pourparlers, dans l’attente de voir… ce que le Hamas exige réellement. »

Les négociations ne sont manifestement pas sur le point d’aboutir, car les négociateurs israéliens ont quitté le Caire jeudi soir, après avoir semble-t-il remis aux médiateurs un document énumérant les sujets de préoccupation de Jérusalem sur la proposition d’accord amendée, remise par le Hamas lundi. Le chef de la CIA, Bill Burns, et des représentants du Hamas ont eux aussi quitté le Caire, respectivement pour Washington et Doha.

Pourquoi maintenant ?

Les porte-parole américains ont expliqué que Biden avait pris la décision de menacer de suspendre l’aide à Israël à ce stade de la guerre parce que les États-Unis estimaient que le Hamas était très affaibli.

« Nous sommes d’avis qu’Israël a mis une énorme pression sur le Hamas et qu’il y a d’autres moyens de s’occuper de ce qui reste du Hamas à Rafah », a déclaré Kirby.

« Au début du conflit, le Hamas n’a pas subi la pression ou les pertes auxquelles il fait face aujourd’hui », a-t-il affirmé.

Le conseiller en communication pour la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby, s’exprimant lors de la conférence de presse quotidienne, à la Maison Blanche, à Washington, le 4 avril 2024. (Crédit : Olivier Douliery/AFP)

« [Israël a] éliminé nombre de chefs [du Hamas] lors des combats menés ces derniers mois. Ils ont décimé les rangs d’un grand nombre d’unités. Le Hamas d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a six mois », a poursuivi Kirby.

Miller a ajouté que les « capacités du Hamas à lancer une attaque similaire à celle du 7 octobre s’étaient considérablement affaiblies, sinon totalement taries… Ses usines souterraines de production d’armes ont été éliminées. La plupart de ses chefs de bataillon, dans le nord et le centre de Gaza, ont été éliminés. »

« Les choses sont très différentes aujourd’hui. Jusqu’à… l’expérience de ces derniers mois… Israël a pris des mesures pour limiter les pertes civiles, malgré tout, un trop grand nombre de civils [ont été tués] », a déclaré le porte-parole du Département d’État américain.

Kirby a expliqué que la décision était liée aux « préparatifs d’une opération de grande ampleur à Rafah et au discours qui l’entourait » en Israël.

Israël continue d’être destinataire de la « plupart » de l’aide militaire américaine

Le porte-parole de la Maison Blanche a par la suite nié que Biden « prenne ses distances avec Israël ».

« Cette idée… va à l’encontre des faits », a déclaré Kirby.

« Le président s’est rendu en Israël dans les jours qui ont suivi les attentats du 7 octobre. Il a envoyé des avions de chasse en Israël et a fourni l’expertise de notre armée pour les aider à planifier leurs opérations… Il a envoyé des pilotes de chasse américains abattre plus de 300 missiles et drones tirés par l’Iran à la mi-avril », a-t-il ajouté.

Une foule de plus d’un millier de personnes se rassemble sur la place des otages de Tel Aviv pour écouter le témoignage de rescapés de la Shoah et de proches d’otages, le 5 mai 2024, à la veille de la Journée de commémoration de la Shoah. (Avec l’aimable autorisation du Forum des otages et des proches de disparus/Paula Patimer)

« Tout le monde parle de l’arrêt des livraisons d’armes. Or, les livraisons d’armes continuent vers Israël. Le pays continue de recevoir la très grande majorité de ce dont il a besoin pour se défendre », a-t-il souligné, rappelant que les 14 milliards de dollars d’aide à Israël validés par le Congrès, le mois dernier, seraient dépensés pour fournir des armes à l’armée israélienne.

Kirby est revenu sur l’avertissement lancé la veille par le président, à savoir : « J’ai clairement fait savoir à Bibi [le Premier ministre Benjamin Netanyahu] et au cabinet de guerre qu’ils n’auraient pas notre soutien s’ils intervenaient [dans] ces centres de population. »

Si Israël lance une offensive terrestre de grande ampleur à Rafah, les États-Unis « ne fourniront pas certaines armes, de façon à ne pas soutenir une telle opération », a expliqué Kirby. « Il ne souhaite pas que certaines catégories d’armes américaines servent à certaines opération dans certains endroits. »

Les porte-parole de l’administration ont indiqué que l’avertissement de Biden était tout sauf une surprise pour Israël.

« Le président et son équipe ont été clairs, des dernières semaines, sur leur refus de cautionner le principe d’une opération terrestre de grande ampleur à Rafah, là où plus d’un million de personnes se sont réfugiées, sans autre alternative », a indiqué Kirby, soulignant que ce message avait été transmis à la fois publiquement et en privé à Netanyahu. « Le gouvernement israélien l’a bien compris, et depuis un bon bout de temps déjà. »

Des Palestiniens déplacés à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, transportent leurs affaires en attendant d’être transportés à la suite d’un appel à l’évacuation de l’armée israélienne le 6 mai 2024. (Crédit : AFP)

Trouver des alternatives

Le porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que le fait « d’écraser Rafah » – ce que les États-Unis soupçonnent Israël de vouloir faire – « ne permettrait pas d’atteindre l’objectif », celui d’une « défaite totale et définitive du Hamas », qu’Israël et les États-Unis partagent.

Par conséquent, les États-Unis continueront à travailler avec Israël pour trouver des alternatives à une offensive militaire de grande ampleur à Rafah, a précis Kirby.

Ces alternatives incluent notamment le renforcement de la frontière entre l’Égypte et Gaza afin qu’elle ne puisse pas être utilisée pour la contrebande d’armes vers le Hamas, a-t-il poursuivi.

L’opération qu’Israël a lancée plus tôt cette semaine pour prendre le contrôle du côté palestinien du passage de Rafah est le type d’alternative que les responsables américains ont proposé à leurs homologues israéliens ces derniers mois, a rappelé Kirby, tout en précisant que Washington gardait un œil sur ladite opération afin de s’assurer qu’elle restait circonscrite au secteur du poste-frontière.

Une autre alternative à une offensive majeure de Rafah pourrait consister en des opérations ciblées contre la direction du Hamas, que les États-Unis aident Israël à mener, selon le porte-parole de la Maison Blanche.

Les États-Unis encouragent également Israël à mettre en place une « structure de gouvernance alternative au Hamas » afin que le groupe terroriste ne reste pas en charge de Gaza après la guerre, a ajouté Kirby.

Enfin, les États-Unis travaillent avec Israël pour mettre en place « des espaces sécurisés avec abris, installations sanitaires, vivres, eau, installations, fournitures et personnels médicaux là [où] les personnes qui se trouvent actuellement à Rafah peuvent se rendre », a-t-il ajouté.

Des personnes passant devant des photos de personnes toujours retenues en otage par les terroristes du Hamas à Gaza, sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 1er mai 2024. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

En bref

L’interview de Biden, jeudi, sur CNN, est de loin sa déclaration la plus dure au sujet de l’offensive israélienne à Rafah.

Ses propos sont interprétés comme une menace de Biden de rendre permanente la suspension de l’envoi à Israël d’un chargement de bombes d’une demi à une tonne de crainte que l’armée israélienne ne les utilise dans la ville densément peuplée de Rafah, comme elle l’a fait ailleurs à Gaza.

Questionné sur les bombes de fabrication américaine d’une puissance d’une tonne, afin de savoir si elles avaient « été utilisées pour tuer des civils à Gaza » lors de phases antérieures de cette guerre, Biden a répondu par l’affirmative.

« C’est mal. Nous n’allons pas fournir d’armes ou d’obus d’artillerie », a-t-t-il précisé.

Il a ajouté que les États-Unis continueraient à fournir des intercepteurs de missiles pour le Dôme de fer ainsi que d’autres armes défensives pour s’assurer qu’Israël puisse répondre aux attaques de ses adversaires dans la région, à l’instar de l’important tir de missiles et de drones, le mois dernier, en provenance d’Iran.

Netanyahu s’est abstenu de citer nommément Biden lors de ses deux déclarations de jeudi en réaction à cette interview. Mais à deux reprises, il a assuré que si Israël « devait agir seul, il le ferait ».

Des Palestiniens déplacés, partis avec leurs biens de Rafah dans le sud de la bande de Gaza suite à un ordre d’évacuation de l’armée israélienne, arrivent à Khan Younès le 6 mai 2024. (Crédit : AFP)

« Lors de la guerre d’Indépendance, il y a de cela 76 ans, nous étions peu nombreux face à un très grand nombre d’ennemis », a-t-il déclaré dans une vidéo. « Nous n’avions pas d’armes, car il y avait un embargo sur les armes contre Israël. Mais avec la force de notre âme, notre bravoure et notre unité, nous avons gagné. »

« Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus forts », a poursuivi Netanyahu. « Nous sommes déterminés et unis pour vaincre notre ennemi et ceux qui cherchent à nous détruire. »

« J’ai déjà dit que s’il le fallait, nous nous battrions bec et ongles. Mais nous avons aujourd’hui bien plus que nos ongles « , a affirmé le Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, 9 mai 2024 (Capture d’écran GPO)

Le porte-parole de Tsahal, le contre-amiral Daniel Hagari, a déclaré plus tard jeudi que l’armée disposait de suffisamment de munitions pour les missions prévues à Gaza, suggérant que la menace de Biden n’aurait pas nécessairement d’impact sur la guerre.

« L’armée israélienne dispose d’armes pour ses missions, ainsi que pour les missions à Rafah. Nous avons le nécessaire « , a-t-il ajouté.

L’opération de Tsahal à Rafah s’est limitée à la périphérie est de la ville, et non à toute la ville où plus d’un million de Palestiniens ont trouvé refuge.

Des soldats de Tsahal opèrent dans l’est de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, dans une image publiée le 8 mai 2024. (Forces de défense israéliennes)

« Les États-Unis ont jusqu’à présent fourni une assistance sécuritaire à l’État d’Israël et à Tsahal sans précédent », a déclaré Hagari.

Rappelant la coordination entre les armées, il a déclaré que le chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Herzi Halevi, s’entretenait tous les jours avec le chef du CENTCOM américain, le général Michael Erik Kurilla.

« En cas de désaccords, nous les réglons à huis clos », a expliqué Hagari. « Israël a ses propres intérêts de sécurité, mais nous sommes également bien conscients de ceux des États-Unis, et c’est ainsi que nous continuerons à agir. »

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