Washington se distancie des propos de son envoyé sur les implantations
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Washington se distancie des propos de son envoyé sur les implantations

La porte-parole du département d'état explique que la déclaration de David Friedman "ne doit pas être lue comme un changement dans la politique américaine"

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

L'ambassadeur américain en Israël, David Friedman, lors d'une cérémonie pour les nouveaux ambassadeurs à la résidence du président de Jérusalem le 16 mai 2017. (Crédit :  Noam Revkin Fenton/Pool/Flash90)
L'ambassadeur américain en Israël, David Friedman, lors d'une cérémonie pour les nouveaux ambassadeurs à la résidence du président de Jérusalem le 16 mai 2017. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Pool/Flash90)

WASHINGTON — Pour la deuxième fois depuis que David Friedman a pris ses fonctions d’ambassadeur américain en Israël, le département d’Etat a publiquement rejeté des propos qu’il a tenus concernant la présence israélienne en Cisjordanie, affirmant qu’ils ne représentaient pas la position adoptée par l’administration.

Jeudi après-midi, la porte-parole Heather Nauert a déclaré aux journalistes que les paroles de Friedman reprises dans une interview accordée au site d’information Walla – entretien dans lequel il déclarait que les implantations [en Cisjordanie] font partie d’Israël » – « ne doivent pas être lues comme un changement dans la politique américaine ».

« Je veux juste être claire sur le fait que notre politique n’a pas changé », a-t-elle ajouté avec emphase. « Je veux être absolument claire là-dessus ».

Loin de considérer que les implantations font partie d’Israël, la politique étrangère américaine a traditionnellement maintenu que les constructions d’implantation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est sont un obstacle à la paix. Israël, qui a annexé Jérusalem-Est après la guerre des Six jours de 1967 et qui ne considère pas les constructions réalisées là-bas comme faisant partie des entreprises d’implantation, n’a jamais affirmé sa souveraineté sur la Cisjordanie.

Dans l’interview de Walla, Friedman a cité la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en novembre 1967, qui disait qu’un accord de paix au Moyen-Orient devait inclure le retrait des « forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ».

Un argument banal avancé par l’aile droite israélienne est que la résolution ne disait pas « les territoires » ou « tous les territoires » – laissant une ouverture pour qu’Israël retienne une partie des terres capturées pendant le conflit.

« Lorsque la résolution 242 a été adoptée en 1967, « Je pense que cela a toujours été ceux à quoi on s’attendait. Lorsque la Résolution 242 a été adoptée en 1967, elle a été, et reste aujourd’hui la seule résolution de fond qui a été acceptée par tout le monde », a déclaré l’ambassadeur David Friedman à Walla News. »Les frontières de 1967 étaient considérées par tous comme non sûres. Ainsi, Israël conserverait une partie significative de la Cisjordanie, et il rendrait ce dont elle n’a pas besoin pour la paix et la sécurité. »

« Ils (les Israéliens) n’occupent que 2 % de la Cisjordanie », a-t-il ajouté.

Israël a capturé la Cisjordanie pendant la guerre des Six jours de 1967. Les Palestiniens bénéficient d’une autonomie limitée dans 40 % de la zone, Israël conservant un plein contrôle des 60 % restants. Les Palestiniens demandent que la Cisjordanie fasse partie de leur futur état.

Les Palestiniens, ainsi qu’une grande partie de la communauté internationale, considèrent comme illégales les implantations israéliennes en Cisjordanie et estiment qu’elles sont une entrave à la paix. L’Etat juif rejette cette idée, disant que l’avenir des implantations doit être résolu « par le biais de négociations avec les Palestiniens ».

« Je pense que les implantations font partie d’Israël », a dit Friedman. « Je pense que cela a toujours été ce à quoi on s’attendait ».

« Manifestement, il y a des considérations sécuritaires importantes pour ces implantations. Il y a une signification nationale, historique et religieuse importante pour ces implantations et je pense que les résidents se considèrent comme des Israéliens, et Israël considère les résidents comme des Israéliens », a poursuivi Friedman.

Nabil Shaath, aide du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, a répondu dans un clip vidéo sur Twitter que l’ambassadeur américain avait affiché une « ignorance absolue des faits de droit et la position des Etats-Unis ».

Les propos tenus par Friedman sont « une très mauvaise nouvelle pour l’avenir de toute tentative américaine de faire la paix au Moyen Orient », a ajouté Shaath.

Le haut-négociateur palestinien Saeb Erekat a qualifié les paroles de Friedman de « mensongères et trompeuses ». Il a fait savoir dans un communiqué que « de tels positionnements sapent les efforts en cours vers la réalisation d’une paix juste et durable entre Israël et la Palestine sur la base des frontières de 1967 ».

Tandis que l’administration Trump se montre bien moins rigide dans son rejet des implantations que ce n’était le cas de celle de Barack Obama, le président lui-même a été clair sur le fait qu’il considérait les constructions d’implantations en cours nuisibles à la perspective de paix.

Le département d’Etat a également maintenu ce positionnement.

Au cours d’une conférence de presse conjointe aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu au mois de février, Trump avait ainsi déclaré : « Je voudrais que vous fassiez preuve d’un peu de retenue dans les implantations ».

Mercredi, Netanyahu a indiqué aux chefs d’implantation que Trump lui avait dit de ne pas être un « hazer » — le mot hébreu pour « cobaye » – concernant les implantations.

Au cours de la campagne, Friedman, Juif orthodoxe, s’était distingué pour sa nature agressive et ses positionnements de droite dure concernant le conflit d’Israël avec les Palestiniens.

L'avant-poste d'Ulpana, adjacent à l'implantation de Beit El, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)
L’avant-poste d’Ulpana, adjacent à l’implantation de Beit El, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Dans le passé, Friedman a été un fervent défenseur du mouvement pro-implantations. Avant de prendre son poste, il avait été le président des Amis américains des institutions de Bet El, une organisation qui soutient cette importante implantation située à proximité de Ramallah. Il est également connu pour condamner les groupes qui critiquent la politique d’implantations israélienne.

Au début du mois, Nauert s’était trouvée dans l’obligation de clarifier une autre déclaration faite par Friedman aux médias israéliens, dans laquelle il s’était référé à « l’occupation présumée » de la Cisjordanie.

« Notre position n’a pas changé », avait dit Nauert aux journalistes. « Ces propos ne représentent pas un changement dans la politique américaine ».

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