Yaalon : La racine du conflit c’est le déni de l’Etat juif, pas les implantations
Rechercher

Yaalon : La racine du conflit c’est le déni de l’Etat juif, pas les implantations

Le ministre de la Défense critique de façon voilée la position des USA sur le cycle de violence actuel, et révèle qu’à l’origine il avait soutenu les accords d’Oslo

WASHINGTON — Tout en affirmant l’importance de la relation stratégique entre les Etats-Unis et Israël, le ministre de la Défense Moshe Yaalon s’est opposé à ceux qui croient que les implantations ou la présence d’Israël en Cisjordanie sont à l’origine du conflit qui oppose actuellement Israël aux Palestiniens. Il a insisté sur le fait que le conflit est dû au refus des Palestiniens de reconnaître la légitimité d’Israël en tant qu’Etat juif.

Lors d’un discours à la prestigieuse Université nationale de la Défense à Washington devant de hauts représentants du pays et de la défense des Etats-Unis, Yaalon a déclaré à l’auditoire : « le défi c’est qu’il y a trop d’acteurs réticents à reconnaître le statut d’Israël dans la région en tant qu’Etat juif ». Il a cité l’ « idéologie islamique » de l’Iran qui, selon lui, « n’autorise aucune entité non-islamique sur la terre d’Israël ».

« C’est un défi plutôt unique dès qu’il s’agit de sécurité [et] c’est aussi un défi conséquent dès qu’il s’agit de politique », a-t-il ajouté.

Yaalon, qui est considéré comme un faucon au sein du parti du Likud, a également révélé qu’il avait été partisan des Accords de paix d’Oslo présentés par le Premier ministre Yitzhak Rabin avant que celui-ci ne soit assassiné en 1995.

« Israël aspire à la paix. En tant que personne ayant vécu la guerre, je suis impatient de voir la paix. Je peux vous dire que j’ai personnellement soutenu les Accords d’Oslo », a confié Yaalon qui, à l’époque, servait en tant que commandant de division en Cisjordanie. « Je pensais qu’un compromis serait une bonne idée pour que la paix et la tranquillité règnent ».

« En tant que personne ayant vécu la guerre, je suis impatient de voir la paix. Je peux vous dire que j’ai personnellement soutenu les Accords d’Oslo »

Yaalon a déclaré qu’il s’est ensuite rendu compte qu’il existait une limite non-négligeable à ce procéssus : « Malheureusement, ni Yasser Arafat à cette époque, ni Abou Mazen [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] aujourd’hui, ni tous ceux qui sont considérés comme relativement modérés par l’Occident ne sont prêts à reconnaître notre droit à exister comme l’état-nation du peuple juif », a-t-il déploré.

Yaalon a qualifié de « mensonges » les déclarations affirmant que l’occupation de la Cisjordanie par Israël, les implantations et le statu quo de la Mosquée al-Aqsa étaient à la source de la vague de violence actuelle.

« Malheureusement », a-t-il ajouté, « avec cette fausse propagande, ils sont capables de manipuler non seulement leur électorat mais également les individus de même opinion dans les pays occidentaux ».

Le ministère de la Défense est en visite aux Etats-Unis pour discuter du renouvellement du partenariat de défense avec les Etats-Unis. Cette visite est considérée comme cruciale pour restaurer la relation sérieusement endommagée au cours des derniers mois par l’animosité suscitée par l’accord nucléaire iranien et d’autres sujets.

Yaalon a de nouveau mentionné le concept d’ « individus de même opinion dans les pays occidentaux » dans son discours mais n’a pas clairement précisé à quoi ou à qui il faisait référence.

Au cours de ces dernières semaines, le département d’Etat – et le secrétaire d’Etat John Kerry en personne – ont été critiqués car ils semblaient insinuer que l’expansion des implantations ou le changement du statu quo du lieu saint contesté de Jérusalem avaient engendré l’actuelle vague de violence.

« Ceux qui prétendent que le problème vient des implantations, ils assassinaient des Juifs avant la construction de la moindre implantation en Cisjordanie », a-t-il déclaré plus tard dans son discours.

« C’est très frustrant de constater que des individus de même opinion dans les pays occidentaux sont prêts à être trompés et manipulés par ce genre de propagande. Ils en oublient la plus importante différence entre le bien et le mal, ils penchent pour le relativisme et d’autres distinctions de victimes et de statut de victime ».

« Oui, les Palestiniens sont des victimes. Mais des victimes de leurs dirigeants », a habilement déclaré Yaalon, déroulant une longue liste de propositions et d’accords de paix rejetés par les Palestiniens depuis le mandat britannique.

Yaalon a également mentionné ce qu’il a qualifié de « refus de responsabilité » qui, selon lui, « est devenu un précieux atout stratégique ».

Abbas, a-t-il dit, « n’est pas responsable de la bande de Gaza, il n’est pas responsable des terroristes qui tentent de poignarder des Juifs, il n’est responsable de rien ».

« Il est trop faible pour être responsable de quoi que ce soit », a déploré Yaalon.

Les relations entre Yaalon et Kerry étaient glaciales depuis 2014, année où le quotidien israélien Yedioth Aharonoth avait rapporté un commentaire du ministre de la Défense tournant en dérision l’engagement de Kerry en politique régionale.

Cependant, dans son discours de mardi, Yaalon a conclu en mettant l’accent sur l’importance des liens entre les Etats-Unis et Israël, un sujet qu’il a de nouveau abordé au cours de sa visite à Washington.

Appelant à une stratégie de « clarté morale », Yaalon a affirmé que « le seul pays qui puisse être leader dans le monde au 21ème siècle sont les Etats-Unis ».

« C’est pour cette raison que nous apprécions autant la relation qui existe entre notre pays et les Etats-Unis », a déclaré Yaalon. « Elle est basée sur des valeurs et des intérêts communs. Pour nous, la relation entre Israël et les Etats-Unis est la pierre angulaire de notre concept national de sécurité ».

« Nous avons tellement de chance d’avoir un tel ami et allié [même quand] nous avons des conflits entre amis sur certains sujets ».

Yaalon a déclaré qu’il « espère que les Etats-Unis apprécient ce que nous faisons dans notre région » et a affirmé qu’il n’avait « aucun doute sur le fait que les Etats-Unis sont un allié solide dans cette relation ».

« Je suis ici cette semaine à Washington pour évoquer le futur de cette relation – comment nous, les Etats-Unis et Israël, pouvons envisager nos défis respectifs à venir – en gardant à l’esprit une situation future qui sera caractérisée par une instabilité chronique au Moyen-Orient pour longtemps », a-t-il conclu.

Yaalon se trouve à Washington pour discuter avec son homologue Ashton Carter de dispositifs de sécurité à long terme et de leurs financements. Sa visite s’inscrit dans le processus renouvelé de négociations sur le nouveau mémorandum d’arrangements de sécurité d’une durée de 10 ans pour remplacer celui en cours qui expirera en 2017.

Le mémorandum, pièce maîtresse de l’aide de la défense des Etats-Unis à Israël, devrait continuer à accorder des fonds annuels à Israël dont le montant s’élève aujourd’hui à environ trois milliards de dollars par an.

En présentant Yaalon avant son discours, Ashton Carter a joué la carte de la cordialité des liens entre les deux pays ainsi que son respect pour l’ancien chef d’état major de Tsahal, qui se montre souvent franc. Carter a présenté Yaalon comme « l’un des meilleurs représentants de la défense dans le monde » ainsi qu’ « un ami et un penseur stratégique ».

En ce qui concerne les partenariats sécuritaires, Carter a affirmé que les Etats-Unis « apprécient ce que nous recevons aussi bien que ce que nous donnons ».

« Les Etats-Unis sont aux côtés d’Israël et le seront toujours », a proclamé Carter. « Israël est la pierre angulaire de notre stratégie au Moyen-Orient et sa sécurité est une priorité de premier ordre pour l’Amérique, pour notre force militaire, pour le président [Barack] Obama et pour moi, à titre personnel ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...