Yad Vashem va créer un nouveau centre pour « rassembler des fragments »
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Yad Vashem va créer un nouveau centre pour « rassembler des fragments »

Les travaux débuteront à Yom HaShoah ; le centre abritera des millions de documents et d'objets - du soulier d'une petite fille au portrait d'un nazi peint sur un rouleau de Torah

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Une chaussure ayant appartenu à Hinda Cohen, deux ans, assassinée à Auschwitz le 27 mars 1944. Son père Dov avait écrit la date en découvrant que sa fillette avait été raflée durant une 'Aktion Enfants". (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Une chaussure ayant appartenu à Hinda Cohen, deux ans, assassinée à Auschwitz le 27 mars 1944. Son père Dov avait écrit la date en découvrant que sa fillette avait été raflée durant une 'Aktion Enfants". (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • Un uniforme de prisonniers donnés par la famille d'un survivant de la Shoah qui avait refait sa vie à Tel Aviv, au musée de Yad Vashem de Jérusalem, le 18 décembre 2018 (Crédit :Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Un uniforme de prisonniers donnés par la famille d'un survivant de la Shoah qui avait refait sa vie à Tel Aviv, au musée de Yad Vashem de Jérusalem, le 18 décembre 2018 (Crédit :Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • Une paire de gants en laine ayant  appartenu à Hinda Cohen, deux ans, assassinée à Auschwitz le 27 mars 1944 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Une paire de gants en laine ayant appartenu à Hinda Cohen, deux ans, assassinée à Auschwitz le 27 mars 1944 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • Une chaussure et des gants ayant appartenu à Hinda Cohen, deux ans, tuée à  Auschwitz le 27 mars 1944. Son père Dov avait écrit la date en découvrant que sa fillette avait été raflée durant une 'Aktion Enfants". (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Une chaussure et des gants ayant appartenu à Hinda Cohen, deux ans, tuée à Auschwitz le 27 mars 1944. Son père Dov avait écrit la date en découvrant que sa fillette avait été raflée durant une 'Aktion Enfants". (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Durant une visite, cet hiver, des coulisses du nouveau pôle de conservation mis en place à Yad Vashem, Sarah Shor, du musée de la Shoah israélien, a pris dans sa main la chaussure d’une petite fille et nous a montré une paire de gants en laine. Elle a raconté au groupe de journalistes juifs réunis dans une salle aux murs de verre qu’ils avaient appartenu à Hinda Cohen, deux ans, la fillette de Tzipporah et  Dov Cohen, dans le ghetto de Kovno, en Lituanie.

Il y avait une table jonchée de dizaines d’objets – qui allaient du portrait d’un officier nazi peint sur un rouleau de Torah jusqu’au pyjama rayé d’un détenu d’un camp. Derrière chaque objet, une histoire témoignant de la vie de celui – ou de celle – auquel il avait appartenu. Mais peu de choses sont plus déchirantes que ce témoignage matériel d’une vie trop courte : des gants bleus et pourpre tricotés par une mère aimante ou des chaussures minuscules et cirées avec soin.

Sarah Shor, retournant la chaussure, a montré aux journalistes la date inscrite à l’intérieur : 27 mars 1944. Ce matin-là, alors que les parents de Hinda s’épuisaient, internés dans le camp de travaux forcés d’Aleksotas, les nazis avaient décidé de mener une « Action enfants » au sein du ghetto et s’étaient emparées d’elle et de tous les autres petits qu’ils avaient pu trouver.

C’est Dov, le père, qui avait inscrit cette date dans la chaussure – retrouvée sous le lit avec plusieurs autres rares objets. Il avait juré de la conserver jusqu’à la mort et tînt sa promesse.

Sarah Shor de Yad Vashem montre aux journaliste la « toile » du portrait d’un officier nazi – un rouleau de Torah, à Jérusalem, le 19 décembre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Hinda et les enfants furent conduits à Auschwitz, où ils ont été immédiatement assassinés.

C’est lors de la Journée de commémoration de la Shoah et de l’héroïsme, la journée consacrée à la mémoire des six millions de Juifs morts pendant la Shoah, que Yad Vashem entamera les travaux d’un nouveau centre souterrain à la pointe de la technologie qui servira à conserver des millions d’artefacts similaires.

Les plus de 210 millions de documents, 500 000 photographies, 131 000 témoignages de survivants,
32 400 objets et 11 500 œuvres d’art qui figurent déjà dans les collections de Yad Vashem témoignent tous des vies assassinées pendant le génocide nazi – et pas seulement du moment de leur mort.

« Les nazis allemands étaient déterminés non seulement à annihiler les Juifs mais également à faire disparaître leur identité, leur mémoire, leur culture et leur patrimoine », a indiqué dans un communiqué de presse le président de Yad Vashem, Avner Shalev.

« Pour de nombreuses personnes, tous ces restes constituent une œuvre d’art précieuse, un objet personnel qui a survécu avec eux, une photographie conservée sur soi, un journal intime, une note. En préservant ces objets – qui sont d’une extrême importance non seulement pour les Juifs mais pour l’humanité toute entière – et en les présentant au public, ils seront la voix des victimes et des survivants et serviront de mémoire éternelle ».

Une chaussure et des gants ayant appartenu à Hinda Cohen, deux ans, tuée à Auschwitz le 27 mars 1944. Son père Dov avait écrit la date en découvrant que sa fillette avait été raflée durant une ‘Aktion Enfants ». (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Yad Vashem, le centre de commémoration mondial de la Shoah, a été fondé en 1953 et a dès le début rassemblé de tels artefacts. Aujourd’hui, ses réserves débordent, et la conservatrice Sarah Shor expliquait aux journalistes que ses équipes ne disposent pas des ressources nécessaires pour entretenir ces objets de manière appropriée sur le site.

Cet afflux d’artefacts est en partie le résultat d’une campagne de huit ans qui a remporté un franc succès. Intitulée « Rassembler des fragments, » elle encourageait le public à déposer au musée des objets liés à la Shoah. C’est en répondant à cet appel que la petite-fille de Tzipporah et Dov a apporté la chaussure et la paire de gants à Yad Vashem.

Après une cérémonie historique prévue pour Yom HaShoah qui aura lieu, cette année, du crépuscule du 1er mai jusqu’au coucher du soleil le lendemain, les travaux de la nouvelle structure principalement souterraine pourront être lancés.

Selon un communiqué de presse de Yad Vashem, elle s’étendra sur 5 800 mètres-carrés et « permettra le contrôle optimal du climat de conservation nécessaire pour la préservation des objets ».

Le portrait d’un officier nazi peint sur un rouleau de Torah, à Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 décembre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Parmi les autres avantages présentés par le nouveau centre, la capacité de « rationaliser le processus de réception, de préservation et de référencement des objets collectés par Yad Vashem, dans l’objectif précis de les rendre accessibles au public ».

En plus des grands espaces de stockage climatisés, le centre comprendra également des laboratoires de conservation high-tech, qui seront, semble-t-il, accessibles en partie aux visiteurs.

Selon un porte-parole de Yad Vashem, d’autres équipements innovants sont prévus sur le mont du Souvenir –  notamment la rénovation de l’auditorium et une nouvelle galerie destinée aux familles et aux enfants.

Les travaux de construction et de restauration devraient être terminés à l’été 2021. Selon Yad Vashem, des financements sont d’ores et déjà garantis. L’institution est certaine qu’elle trouvera le reste des sommes nécessaires.

« La Shoah est une histoire très particulière qui a une signification universelle profonde », note Shalev.

Et il y a peu de symboles plus universels que cette petite chaussure ayant un jour appartenu à Hinda Cohen.

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