Yaffa Issachar : Je bloquerai Poutine « avec mon corps » quand il sera en Israël
La mère de l'Israélienne détenue par Moscou pour trafic de drogue demande à Rivlin de ne pas accueillir le président russe à la résidence officielle lors de sa prochaine visite
La mère d’une jeune femme israélo-américaine emprisonnée en Russie pour trafic de drogue a fait appel samedi au président Reuven Rivlin, lui demandant de ne pas recevoir Vladimir Poutine à sa résidence officielle lorsque le dirigeant russe se rendra en Israël plus tard ce mois-ci.
« Il est inconcevable que vous, le président de l’État, receviez dans votre résidence officielle… le président de la Russie, qui détient ma fille Naama comme monnaie d’échange politique », a écrit Yaffa Issachar dans une lettre ouverte publiée sur Facebook.
Naama Issachar, 27 ans, est détenue par la Russie depuis avril, date à laquelle quelque 10 grammes de cannabis ont été trouvés dans ses bagages lors d’une escale à Moscou.
Elle a été condamnée à sept ans et demi pour trafic de drogue, une accusation qu’elle a réfutée, notant qu’elle n’avait pas cherché à entrer en Russie lors de l’escale sur son voyage retour en Israël depuis l’Inde.
« Naama, qui s’est rendue en Inde pour un voyage avec ses amis et a été considérée dès le premier instant comme un atout politique contre Israël, a déjà vécu dix mois d’un cauchemar que je ne souhaiterais à personne dans le monde », a déclaré Yaafa Issachar.
Elle a déclaré que Rivlin aurait dû dire à Poutine, qui sera à Jérusalem pour les événements marquant les 75 ans de la libération du camp de la mort d’Auschwitz, qu’il n’accueillerait pas le dirigeant russe à sa résidence officielle après qu’un tribunal russe ait rejeté l’appel d’Issachar le mois dernier.
« Je tiens à vous informer que j’ai l’intention de venir directement de Moscou à l’entrée de la résidence du Président le soir même et de bloquer avec mon corps l’entrée du Président russe et de sa délégation », a déclaré Issachar, qui s’est rendue dans la capitale russe pour tenter d’obtenir la libération de sa fille.
Elle a demandé à Rivlin de donner l’instruction à ses gardes du corps de ne pas « m’empêcher d’accomplir mon devoir de mère et de citoyenne de l’Etat d’Israël », disant que la présence de Poutine à la résidence du Président serait une « humiliation personnelle et nationale ».
Issachar n’a pas indiqué dans la lettre quel était, selon elle, le but de la Russie dans la détention de sa fille. Moscou aurait cherché à échanger Naama contre Aleksey Burkov, un hacker russe détenu par Israël avant d’être extradé vers les Etats-Unis en novembre. Il doit faire face à des accusations de détournement de fonds pour un système de cartes de crédit qui aurait permis de voler des millions de dollars à des consommateurs américains.
L’échange proposé a été refusé par les responsables israéliens, qui ont estimé qu’il pourrait créer un dangereux précédent.
Après qu’un tribunal russe a rejeté l’appel le mois dernier, Yaffa Issachar a déclaré que Naama allait déposer un autre appel auprès d’un tribunal de niveau supérieur et se tourner également vers la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.
Le cas d’Issachar est devenu une cause célèbre en Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a qualifié la peine de prison « d’absurde », a demandé à Poutine de la gracier lors d’un appel téléphonique la semaine dernière.
Moscou a fait savoir que le dirigeant russe examinerait la demande.
Netanyahu, qui s’est vanté de ses liens étroits avec Moscou, a promis lors d’un événement de campagne en décembre de faire sortir Issachar des prisons russes, faisant naître l’espoir d’une percée diplomatique.
Après le procès en appel, Netanyahu a dit à la mère d’Issachar qu’il continuait à travailler pour sa libération. Les responsables israéliens ont exprimé l’espoir que Poutine libérera Issachar comme un geste de bonne volonté avant ou pendant sa prochaine visite en Israël.
La semaine dernière, Naama Issachar a été brusquement transférée de la prison de Moscou où elle était détenue vers un centre de détention éloigné, mais elle y est retournée quelques jours plus tard.