Yair Lapid accepterait un partenariat avec Benny Gantz – s’il est le chef
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Yair Lapid accepterait un partenariat avec Benny Gantz – s’il est le chef

Le chef de Yesh Atid dit vouloir tout faire pour mettre un terme à la gouvernance de Netanyahu mais ne plus faire assez confiance à son ex-partenaire pour prendre la tête du camp

Le député Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid, s'exprime en plénière de la Knesset à Jérusalem, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon/Pool)
Le député Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid, s'exprime en plénière de la Knesset à Jérusalem, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon/Pool)

Le chef de l’opposition Yair Lapid a indiqué vendredi qu’il était favorable à un nouveau partenariat avec celui qui avait été son associé politique dans le passé, Benny Gantz – si le leader de Kakhol lavan devait accepter qu’il prenne la tête de la nouvelle alliance.

Alors que la coalition d’unité dysfonctionnelle, dirigée par Gantz et par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, semble sur le point de toucher piteusement à sa fin quelques mois seulement après sa mise en place, Lapid a indiqué à la Douzième chaîne qu’il voulait « faire tout ce qui est nécessaire pour remplacer ce gouvernement ».

Il a ajouté : « Si c’est moi qui dirige – alors dites-lui bien qu’on scellera un accord ».

Lapid a ajouté être même prêt à établir un partenariat avec les partis ultra-orthodoxes, ses ennemis, si cela permettait d’évincer Netanyahu.

Gantz et Lapid avait fusionné leurs formations respectives, Hossen LeYisrael et Yesh Atid, avant les élections du mois d’avril 2019 sous la bannière de Kakhol lavan. L’alliance centriste, qui avait juré à maintes reprises de ne pas rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu, avait traversé les deux scrutins suivants dans un contexte de crise politique sans précédent au sein de l’Etat juif, une crise qui avait été marquée par trois votes nationaux en mois d’un an – sans que Netanyahu et ses adversaires ne remportent une victoire claire qui leur aurait permis de mettre en place un gouvernement.

Gantz avait finalement accepté de former un gouvernement basé sur un accord de partage du pouvoir avec Netanyahu à l’issue du troisième scrutin, au mois de mars 2020. Ce pacte entre les deux hommes avait entraîné la scission de Kakhol lavan, Gantz en conservant le nom. Lapid, furieux, avait refusé d’intégrer l’accord, insistant sur le fait qu’il était impossible de faire confiance à Netanyahu.

Yair Lapid (à gauche) et Benny Gantz, chef du parti Kakhol lavan, devant leurs partisans à Tel Aviv, le 20 février 2020. (Tomer Neuberg/FLASH90)

Sous les dispositions de l’accord signé entre Gantz et Netanyahu, le chef du Likud doit conserver le poste de Premier ministre jusqu’au mois de novembre 2021, cédant ensuite sa place à Gantz. Toutefois, ce sont la méfiance et les querelles internes qui ont prévalu au sein de la coalition depuis le premier jour et Gantz soupçonnerait Netanyahu de n’avoir aucune intention de lui permettre de devenir chef du gouvernement comme c’est précisé dans le pacte, et il souhaiterait la dissolution du gouvernement d’unité avant que cela n’arrive.

Les parties se disputent actuellement sur la question du budget de l’Etat. L’échec à adopter un budget avant le 23 décembre entraînerait immédiatement de nouvelles élections qui, aujourd’hui, semblent pour le moins inévitables.

Lapid s’en est pris au gouvernement actuel, disant qu’il avait échoué à atteindre son objectif déclaré qui était d’aider à guider Israël à travers la crise du coronavirus, avec une économie durement frappée, une grande partie des citoyens qui ne respectent pas les directives sanitaires et des Israéliens exaspérés par la gouvernance chaotique de la coalition.

« Quand on ne peut pas faire confiance aux dirigeants sur rien, alors on se pose la question : ‘Pourquoi devrais-je être discipliné [concernant la pandémie] ?’, » a commenté Lapid.

« Benny Gantz est un type bien, il l’est vraiment… Mais il est impossible de faire confiance à quelqu’un qui s’est effondré au moment de vérité », a-t-il ajouté.

Benny Gantz (à droite) et Yair Lapid, chefs du parti Kakhol lavan, lors d’une réunion de faction à l’ouverture de la 22e Knesset, le 3 octobre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

« Je ne souhaite pas être le numéro deux de quelqu’un dont je ne suis pas sûr qu’il saura tenir sa promesse. Je prendrai la tête du camp lors des prochaines élections », a-t-il continué.

Les députés de Kakhol lavan – et Gantz lui-même – ont laissé entendre de manière croissante que le gouvernement d’unité actuel touchait à sa fin en raison de la question budgétaire et des disputes, au cabinet, qui ont entravé la gouvernance.

Gantz est frustré par les retards continus accumulés dans l’adoption d’un budget d’Etat couvrant les années 2020 et 2021, qui mettent en péril l’accord de partage du pouvoir qui lui permettrait de devenir Premier ministre. De son côté, nombreux sont ceux qui pensent que Netanyahu bloque le budget pour pouvoir réclamer un scrutin anticipé et éviter de devoir laisser son fauteuil à Gantz, l’année prochaine.

De hauts-responsables du parti Kakhol lavan ont menacé de faire scission et de former une faction d’opposition si Gantz devait s’incliner face à Netanyahu dans cette querelle sur le budget.

Au début de la semaine, un membre de cette faction dissidente potentielle a expliqué à Zman Yisrael, l’édition en hébreu du Times of Israel, que le gouvernement d’unité était « une catastrophe » pour le pays.

« Ce gouvernement doit être démantelé », a déclaré ce responsable qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat. « C’est un gouvernement préjudiciable, le pire de toute l’histoire du pays. Chaque jour qui passe est une catastrophe ».

Certains, au sein du camp Kakhol lavan, réclament que le parti n’attende pas davantage et demandent une dissolution immédiate de la Knesset, ainsi que l’organisation d’un nouveau scrutin. Parmi ces membres de la ligne dure, le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, le ministre de la Justice Avi Nissenkorn et les députés Assaf Zamir et Miki Haimovich, entre autres, même si ces derniers ne se sont pas pleinement décidés sur la question.

Le Premier ministre d’alternance et ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un vote pour repousser l’échéance budgétaire et ainsi éviter de nouvelles élections, à la Knesset, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon / POOL)

Mardi, Gantz a publiquement appelé Netanyahu à adopter un budget, disant que ne pas le faire serait un « crime » commis à l’encontre des citoyens.

S’exprimant en séance plénière, Gantz a déclaré que le pays était en pleine course contre la montre sur la question du budget. « C’est à vous d’empêcher une catastrophe économique et sociale et de faire ce qui est juste pour les citoyens d’Israël », a-t-il affirmé.

Plus tard, au cours d’une visite à la mairie de Jérusalem, Gantz a averti que « le sablier se vide » sur le budget et que l’Etat juif devrait bientôt organiser de nouvelles élections.

Gantz s’inquiète néanmoins des sondages récents qui prédisent que Kakhol lavan ne se prévaudrait que de dix députés à la Knesset si des élections étaient organisées tandis que Netanyahu, à la tête d’un parti du Likud diminué, serait encore en mesure de former un bloc de droite majoritaire. Kakhol lavan dispose actuellement de 14 parlementaires, en comptant Gantz qui a démissionné de la Knesset pour se concentrer sur ses devoirs ministériels, une initiative permise par les régulations du parlement.

Dimanche, la chaîne publique Kan a fait savoir que Gantz avait rencontré le chef du parti d’opposition de droite Yamina, Naftali Bennett, pour évoquer la possibilité de dissoudre le gouvernement et de mettre en place un nouveau vote.

Des membres de Kakhol lavan aurait aussi rencontré Lapid afin de se coordonner.

Le dernier budget à avoir été adopté à la Knesset remonte au mois de mars 2018. Israël a traversé toute l’année 2020 sans budget d’Etat, même si l’accord de coalition conclu au mois d’avril entre Kakhol lavan et le Likud précisait qu’un budget couvrant les années 2020 et 2021 serait approuvé pendant l’été.

Pour empêcher chacune des parties de renverser le gouvernement, l’accord de partage du pouvoir stipule que si l’une d’entre elles entraîne volontairement l’effondrement de la coalition, c’est l’autre qui occupera automatiquement le poste de Premier ministre pendant les trois mois menant à un scrutin, ainsi que pendant la période de transition qui suit.

Mais l’une des quelques failles, dans l’accord, implique que cette règle ne s’applique pas si les parties échouent à adopter un budget, entraînant des élections anticipées.

Netanyahu a réclamé un budget sur l’année 2020 seulement, en violation de l’accord, citant les incertitudes entraînées par la pandémie de coronavirus. Kakhol lavan le soupçonne de vouloir conserver une possibilité de renverser le gouvernement pendant les discussions budgétaires sur l’année 2021, qui auront lieu l’année prochaine.

L’échéance initiale était fixée au mois d’août – l’incapacité d’adopter un budget 2020-2021 nécessitant alors la dissolution de la Knesset. Mais le Likud et Kakhol lavan avaient accepté un compromis de dernière minute qui avait reporté cette date-limite au 23 décembre.

Shalom Yerushalmi a contribué à cet article.

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