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Zelensky dit aux députés allemands que le slogan « plus jamais ça » n’a plus de sens

S'adressant au Bundestag par liaison vidéo, le président ukrainien a exhorté à abattre le "mur que la Russie construit entre 'liberté et servitude'"

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky à l'écran, reçoit une standing ovation des membres du gouvernement et du parlement après s'être adressé par liaison vidéo à la chambre basse du parlement allemand Bundestag, à Berlin, le 17 mars 2022 . (Crédit : Tobias SCHWARZ/AFP)
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky à l'écran, reçoit une standing ovation des membres du gouvernement et du parlement après s'être adressé par liaison vidéo à la chambre basse du parlement allemand Bundestag, à Berlin, le 17 mars 2022 . (Crédit : Tobias SCHWARZ/AFP)

BERLIN, Allemagne – Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a évoqué la Shoah dans son discours au Parlement allemand jeudi. Il a déclaré aux législateurs que les vœux de ne jamais laisser l’atrocité se répéter étaient vides de sens compte tenu de l’échec à empêcher l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

« Chaque année, les politiciens répètent ‘plus jamais ça’ », a déclaré le dirigeant ukrainien, faisant référence aux commémorations annuelles de la Shoah.

« Et maintenant, nous voyons que ces mots ne signifient plus rien. Un peuple est en train de se faire décimer en Europe », a-t-il dit, notant que 108 enfants avaient été tués dans son pays depuis le début de l’offensive russe.

Zelensky a souligné que l’avenir du continent européen était en jeu dans la guerre actuelle et a fait valoir que les gouvernements à travers l’Occident n’en faisaient pas suffisamment afin d’y mettre un terme.

« Aidez-nous à arrêter cette guerre », a-t-il dit.

Zelensky s’est exprimé en visio dans plusieurs parlements occidentaux, recevant à chaque fois une standing ovation des députés pour son leadership en ces temps de guerre. Apparaissant sur un écran dans son t-shirt kaki désormais emblématique avec des cernes sous les yeux, Zelensky a été accueilli par les députés de la chambre basse du Bundestag sous une foule d’applaudissements.

Dans son discours émouvant devant le parlement, Zelensky a appelé l’Allemagne à aider à détruire un nouveau « mur » que la Russie érigeait en Europe.

« Ce n’est pas le mur de Berlin – c’est un mur en Europe centrale entre liberté et servitude et ce mur s’élève à chaque bombe larguée sur l’Ukraine », a déclaré Zelensky.

Dans un discours imprégné du triomphe de l’Allemagne sur sa division de la Guerre froide, Zelensky s’est adressé directement au chancelier allemand Olaf Scholz avec un appel à une plus grande solidarité envers l’Ukraine.

« Cher M. Scholz, abattez ce mur », a-t-il imploré, évoquant l’appel du président américain Ronald Reagan en 1987 à Berlin. « Donnez à l’Allemagne le rôle de leadership que vous méritez en Allemagne. »

Cependant, il a associé sa flatterie à une forte réprimande quant à la réticence de Berlin depuis des années à tenir tête à Moscou et à rompre ses solides liens énergétiques et commerciaux avec la Russie.

« Nous nous sommes tournés vers vous », a-t-il déclaré. « Nous vous avons dit que Nord Stream [gazoducs] était une sorte de préparation à la guerre. »

« Et la réponse que nous avons obtenue était purement économique – c’est économie, économie, économie, mais c’était le mortier pour le nouveau mur. »

Malgré ses critiques virulentes, les députés ont à nouveau ovationné Zelensky après son discours de 15 minutes et Scholz, dans un tweet, l’a remercié pour ses « paroles énergétiques ».

« Nous constatons que la Russie continue chaque jour à mener sa guerre cruelle, entrainant d’horribles pertes », a-t-il déclaré.

« Nous nous sentons obligés de faire tout ce que nous pouvons pour que la diplomatie ait une chance et que la guerre puisse s’arrêter. »

Des membres du Bundestag, le Parlement allemand, font une standing ovation au président ukrainien Volodymyr Zelensky après qu’il se soit adressé par liaison vidéo à la chambre basse du parlement allemand, à Berlin, le 17 mars 2022 . (Crédit : Markus Schreiber/AP)

L’invasion russe de l’Ukraine le 24 février a entraîné une révision des éléments clefs de la politique énergétique, économique et de sécurité de l’Allemagne – certains d’entre eux remontant à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’Allemagne a gelé le projet de gazoduc Nord Stream 2, s’est jointe à ses alliés pour imposer des sanctions punitives à l’Ukraine et s’est engagée à augmenter massivement les dépenses de défense tout en supprimant l’interdiction des exportations d’armes vers les zones de conflit afin d’aider l’Ukraine.

L’Allemagne a également déclaré qu’elle visait à minimiser les importations de pétrole russe d’ici la fin de cette année, bien qu’elle reste toujours fortement dépendante du gaz russe.

Cependant, Berlin n’a pu s’absoudre à un arrêt pur et simple des importations énergétiques russes, avertissant que cela entraînerait des pénuries hivernales et stimulerait l’inflation, créant une instabilité potentielle de la première économie européenne.

Mercredi, Zelensky s’est adressé au Congrès américain et doit s’adresser à la Knesset via Zoom dimanche.

Les responsables ukrainiens ont fait des comparaisons répétées entre les attaques de la Russie contre des civils et la Shoah. Le président russe Vladimir Poutine a également évoqué le nazisme, affirmant que son opération militaire consistait à « dénazifier » des régions de l’Ukraine où il a déclaré qu’il y avait un « génocide » contre les résidents russophones. Les alliés occidentaux ont rejeté les affirmations de Poutine comme une excuse sans fondement pour mener à bien l’invasion.

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