Cet appel, 70 ans après la libération du camp d’extermination nazi sur fond de craintes de montée de l’antisémitisme en Europe, a retenti dès lundi, sous des formes différentes, lors de multiples rencontres de survivants, souvent nonagénaires, tenues à proximité de l’immense camp couvert d’une épaisse couche de neige fraîche.

En même temps, la chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé à Berlin des incidents anti-juifs dans son pays.

« Il est honteux que des gens, en Allemagne, soient frappés, menacés ou attaqués parce qu’ils disent qu’ils sont juifs ou parce qu’ils prennent parti pour Israël », a déclaré Mme Merkel.

Vingt jours après les attentats meurtriers de djihadistes français contre le journal Charlie Hebdo et un magasin casher, une préoccupation similaire doit être présente chez le président François Hollande qui se rend mardi matin au Mémorial de la Shoah avant de prendre l’avion pour le sud de la Pologne.

‘Bannir les Juifs d’Europe’

Certains des survivants rassemblés à Auschwitz voient un lien entre les événements en France et les conflits du Proche-Orient.

« Ce qui arrive en France est lié à ce qui se passe au Proche-Orient et j’aimerais bien qu’on résolve ce dernier problème, parce que je pense que cela influence l’antisémitisme en Europe », a dit à l’AFP une octogénaire, Celina Biniaz, venue de Californie.

La montée de l’antisémitisme a été évoquée lundi soir par Steven Spielberg, auteur notamment du film « La Liste de Schindler » et père de la Fondation de la Shoah qui a filmé des témoignages de 53 000 survivants de l’Holocauste. Intervenant à Cracovie, aux côtés du président du Congrès juif mondial Ronald S. Lauder, le cinéaste a dénoncé « les efforts qui montent pour bannir les Juifs d’Europe ».

Le ton était le même lundi à Prague, où le Congrès juif européen a tenu une cérémonie parallèle, le forum « Let My People Live » (Laissez mon peuple vivre). « La communauté juive d’Europe est très proche d’un nouvel exode », a affirmé le président de l’organisation Moshe Kantor.

Outre Hollande, les présidents allemand Joachim Gauck et ukrainien Petro Porochenko, et le secrétaire américain au Trésor Jack Lew, ainsi que les familles royales belge et néerlandaise, notamment, doivent assister à la cérémonie principale à Auschwitz mardi après-midi.

La Russie doit être représentée par le chef de l’administration présidentielle Sergueï Ivanov. Le président Vladimir Poutine n’a pas souhaité se déplacer – alors qu’il l’avait fait en 2005 – n’ayant pas été officiellement invité.

C’est l’armée soviétique qui a libéré en 1945 le camp d’Auschwitz-Birkenau, où quelque 1,1 million de personnes avaient été exterminées, un million de Juifs de différents pays d’Europe, des Polonais, des Tsiganes et des Russes, notamment.

Si l’extermination organisée comme une industrie par les nazis s’est déroulée essentiellement en Pologne occupée, l’Holocauste avait touché plusieurs autres pays européens où les Juifs ont été arrêtés pour être déportés vers les camps de la mort.

A Budapest, le Premier ministre conservateur Viktor Orban a déploré lundi le rôle de « très nombreux Hongrois », pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui « avaient choisi le Mal plutôt que le Bien et avaient opté pour des actes honteux plutôt que pour une conduite honorable ».

Prières pour les défunts

La cérémonie principale est prévue à partir de 14h30, sous une tente dressée à l’entrée du camp d’Auschwitz II – Birkenau. D’anciens prisonniers et prisonnières, ainsi qu’un représentant des « Piliers du souvenir » – les donateurs généreux du Musée – prononceront de brèves allocutions. Puis retentiront le son du chofar, une corne utilisée dans les rituels israélites, et des prières juives pour les défunts.

Les participants se rendront à pied au monument aux victimes de Birkenau, distant de moins d’un kilomètre, pour y déposer des fleurs et allumer des cierges.

« C’est un dernier anniversaire rond, célébré en présence d’un groupe important de survivants », a relevé Piotr Cywinski, le directeur du musée d’Auschwitz.

« C’est leur voix qui porte la mise en garde la plus forte contre notre capacité de pratiquer l’extrême humiliation, la haine et le génocide. Bientôt, ce sera à nous, les générations de l’après-guerre, de transmettre cet enseignement terrible et les leçons accablantes qui en découlent », a-t-il souligné dans une déclaration sur le site internet du musée.