La police israélienne a arrêté la semaine dernière 20 personnes dans le cadre d’une opération mondiale du FBI contre un réseau criminel international qui aurait arnaqué des dizaines de millions de dollars à des individus et des entreprises sur internet.

Entre autres, Harry Meir Amar de Netanya, Shimon Ben Shitrit d’Ashdod, Tamzi Bebershvili de Netanya, Ori Saadon de Beit Shemesh, Stanislav Nazarov d’Or Akiva, Timur Kardanov de Netanya, Rabia Abdel Hai de Tira, Ahmad Abu Naji de Nazareth, Husam Hariri d’Umm el-Fahm et Moshe Hazan de Ramat Gan ont été arrêtés le 1er mars.

Ils sont suspectés, entre autres, de fraude, de fraude aggravée, de conspiration en vue de commettre un crime, de menaces, d’extorsion, de blanchiment d’argent et de direction d’une organisation criminelle.

Ces arrestations ont été faites dans le cadre d’une enquête en cours de la police, en relation avec le FBI, que la police israélienne a appelée « Affaire 278 : ingénierie sociale ».

Dans le monde de la sécurité informatique, le terme « ingénierie sociale » se réfère à la manipulation psychologique de personnes pour qu’elles réalisent des actions ou donnent des informations secrètes.

Biens saisis par la police israélienne dans le cadre d'une enquête internationale menée par le FBI, le 1er mars 2017. (Crédit : police israélienne)

Biens saisis par la police israélienne dans le cadre d’une enquête internationale menée par le FBI, le 1er mars 2017. (Crédit : police israélienne)

Les suspects auraient contacté des entreprises, dont des compagnies d’assurance, des banques et des fonds de pension étrangers, et fait croire qu’ils étaient des cadres dirigeants de ces sociétés. Ils ont parlé à des employés intermédiaires des entreprises, et leur ont fait croire qu’il leur était confié la gestion d’une importante transaction financière au nom de la société, mais qui devait être traitée dans le plus grand secret.

Ils ordonnaient ensuite aux employés de transférer l’argent du compte en banque de l’entreprise à des comptes en banque qu’ils contrôlaient.

L’argent a ensuite été rapidement transféré vers des comptes en banque en Chine et ailleurs, puis vers ceux des fraudeurs présumés et de leurs complices. Des entreprises polonaises, finlandaises, indiennes, françaises et américaines ont notamment été ciblées, selon la police israélienne.

Selon la police israélienne, les fraudeurs présumés ont embauché l’organisation criminelle arabe israélienne Hariri, l’une des plus dangereuses et des plus puissantes du pays, pour les protéger en utilisant menaces et extorsions, en échange d’un pourcentage de leurs gains. La police a saisi des voitures de luxe, de l’argent liquide et des documents pendant les opérations, qui ont eu lieu dans tout le pays.

Le même jour, la police a également arrêté Meir Cohen, un homme d’affaires de Modiin, ainsi qu’un citoyen suisse habitant à Tel Aviv, Jonathan Maman. Tous deux ont été arrêtés pour une fraude internet présumée par usurpation d’identité, même si les documents de la cour n’indiquent pas si ces arrestations sont liées à l’Affaire 278 ou à une autre enquête.

Liquidités saisies par la police israélienne dans le cadre d'une enquête internationale menée par le FBI, le 1er mars 2017. (Crédit : police israélienne)

Liquidités saisies par la police israélienne dans le cadre d’une enquête internationale menée par le FBI, le 1er mars 2017. (Crédit : police israélienne)

Deux des suspects arrêtés, Harry Meir Amar et Shimon Ben Shitrit, avaient déjà été arrêtés en novembre 2016 par la police dans le cadre d’un réseau criminel d’environ 35 individus qui agissaient depuis des appartements situés à Ashdod, Netanya et Ashkelon.

Ce réseau aurait mené différentes arnaques contre des entreprises et des individus étrangers, notamment en vendant de faux produits et services, des diamants qui n’existent pas, des options binaires frauduleuses et des investissements dans le Forex, ainsi que ce qui est couramment appelé « l’arnaque au président », qui consiste à prétendre être le PDG d’une entreprise et de demander à un employé de virer de l’argent.

L’arnaque au président ressemble étroitement à ce que la police israélienne appelle « l’ingénierie sociale ». Quand il lui a été demandé si les arrestations du 1er mars étaient liées à celles de novembre dernier, une porte-parole de la police israélienne a cependant répondu au Times of Israël que, même si les deux affaires impliquaient en partie les mêmes individus et les mêmes méthodes, il s’agissait de deux enquêtes distinctes.

Dans un communiqué de presse publié le 1er mars, la police a déclaré que, même si le réseau criminel avait une portée internationale, il était centré en Israël.

« Ces schémas de fraude internationaux impliquant l’ingénierie sociale gagnent en ampleur et causent des dommages sans précédent à la réputation d’Israël, qui est perçu comme un centre qui exporte ce genre de fraude », a prévenu la police.

Cette formulation fait penser à celle qui est à présent utilisée par l’Autorité des titres israélienne (ATI) pour décrire la vaste fraude des options binaires, très peu réprimée, qui s’est épanouie en Israël ces dix dernières années, impliquant plus de 100 entreprises qui dépouillent des victimes dans le monde entier de dizaines de milliards de dollars.

« C’est pourquoi c’est une priorité pour la police israélienne de réprimer ce phénomène. »

Gilbert Chikli (Crédit :capture d'écran France info)

Gilbert Chikli (Crédit :capture d’écran France info)

En effet, l’un des individus arrêtés pendant les opérations de novembre dernier était Simon Dov Chikli, qui, avec son frère Gilbert, a été l’un des pionniers de l’arnaque au président il y a plus de dix ans.

Les deux frères Chikli ont été extradés en France en 2008, mais sont ensuite revenus en Israël. Gilbert Chikli a été jugé par contumace et est toujours recherché en France, mais vit librement en Israël, une situation que la police israélienne a refusé d’expliquer, selon les médias.

Gilbert et son frère Simon ont même été le sujet d’un film français de 2015, « Je compte sur vous », qui a mis mal à l’aise beaucoup de Juifs dans le monde entier, par crainte qu’il n’attise l’antisémitisme avec sa représentation de deux fraudeurs franco-israéliens qui volent de l’argent en France pendant que la police israélienne reste les bras croisés.

Soulignant sa coopération avec la police israélienne, le FBI a annoncé le 1er mars qu’il avait inculpé 19 individus prenant part à différentes fraudes internationales et blanchissant de l’argent, dont 16 avaient été arrêtés dans la nuit ou ce matin là.

Les arrestations, a indiqué le FBI, ont eu lieu à New York et Los Angeles, ainsi qu’en Hongrie, en Bulgarie, en Allemagne et en Israël. Sept de ces 19 individus sont Israéliens, et trois d’entre eux, Harry Amar, Ori Saadon et Stanislav Nazarov, figurent sur la liste des 20 suspects arrêtés par la police israélienne.

Dans le communiqué de presse du FBI, l’organisation laisse entendre qu’elle ne limite pas son intérêt aux criminels qui ciblent des Américains, mais qu’elle cherche à réprimer quiconque utilise une infrastructure financière américaine pour blanchir ses fonds.

« Les organisations criminelles transnationales tentent d’exploiter des institutions financières et des services monétaires et leur programme de lutte contre le blanchiment d’argent pour déplacer des fonds illicites obtenus par diverses arnaques perpétrées contre des entreprises et des citoyens dans tous les Etats-Unis et dans le monde qui utilisent l’infrastructure financière des Etats-Unis pour blanchir les procédés illicites », a déclaré le FBI.

Un agent du FBI. Illustration. (Crédit : iStock)

Un agent du FBI. Illustration. (Crédit : iStock)

Quatre des autres Israéliens cités par le FBI comme ayant été arrêtés sont Itzhak Salama, 40 ans, un habitant de Los Angeles né en Israël, Golan Chkechkov, 39 ans, habitant de New York né en Israël, Michael Admon, 50 ans, habitant de New York né en Israël, et Haviv Arazi, 27 ans, citoyen israélien habitant à New York. Ils ont été inculpés pour avoir dirigé un réseau de transmission d’argent non régulé, appelé Hawala (un terme arabe qui signifie virement), aux Etats-Unis, en Europe et en Israël.

Hawala est un moyen de transférer de l’argent internationalement sans avoir en fait à le déplacer, basé sur un système de confiance entre des courtiers situés dans différentes pays. Malgré le fait que Hawala soit une pratique ancienne, mentionnée dès le 8e siècle, fondée sur une bonne foi mutuelle, le système est souvent utilisé par des criminels qui cherchent à blanchir de l’argent.

Parmi les individus inculpés par le FBI, Stanislav Nazarov, citoyen israélien, est accusé d’avoir généré « des centaines de milliers de dollars de revenus de divers schémas frauduleux », et de s’être engagé dans « un blanchiment d’argent international ».

Le FBI a également dévoilé les actes d’inculpations contre huit Hongrois qui ont vendu des véhicules qui n’existaient pas sur internet, ainsi que contre Sabina Selimovic, citoyenne serbe habitant en Allemagne, et contre Cristian Flamanzeanu, surnommé « Christiano Flamanzeano », citoyen roumain. Selimovic et Flamanzeano sont soupçonnés d’avoir commis des arnaques au président avec Amar.

Une Ferrari saisie par la police israélienne dans le cadre d'une enquête internationale menée par le FBI, le 1er mars 2017. (Crédit : police israélienne)

Une Ferrari saisie par la police israélienne dans le cadre d’une enquête internationale menée par le FBI, le 1er mars 2017. (Crédit : police israélienne)

« Ces inculpations et les arrestations d’aujourd’hui ont suivi une enquête internationale sur une toile inter-connectée de blanchisseurs d’argent, de fraudeurs et d’individus qui ont aidé et été complice de leurs activités criminelles », a déclaré le procureur américain du district de Columbia, Channing D. Philips.

« Les accusés des affaires dévoilées aujourd’hui sont accusés d’avoir participé à des schémas aux Etats-Unis et à l’étranger, coûtant des millions de dollars aux victimes. L’enquête démontre l’importance de la coopération internationale des forces de l’ordre pour lutter contre la fraude et le blanchiment d’argent à échelle mondiale. »

« L’arnaque du siècle »

Comme l’a écrit le Times of Israël, Israël est devenu ces dernières années un paradis pour les criminels venus de l’étranger, particulièrement de France, dont beaucoup ont commis des fraudes sur internet et du blanchiment d’argent.

En mars dernier, le procureur de Paris a estimé que les citoyens français avaient perdu 4,5 milliards d’euros ces six dernières années, en grande partie de fraudes provenant d’Israël. Un demi-milliard d’euros de cette somme, selon les autorités françaises, a été volé par une arnaque au président, et environ quatre milliards d’euros par les fraudes aux options binaires et au Forex.

Le FBI estime que les fraudeurs des options binaires volent tous les ans 10 milliards de dollars à leurs victimes dans le monde entier. La police israélienne n’a effectué quasiment aucune arrestation liée aux options binaires et au Forex, malgré le fait que cette industrie largement frauduleuse emploie des milliers d’Israéliens.

D’autre part, le 24 février, des magistrats français ont déféré deux Franco-Israéliens, qui seraient les cerveaux de la fraude à la TVA. Les deux hommes, Cyril Astruc et Gregory Zaoui, ainsi que 12 autres individus, seront bientôt jugés, même si six des suspects fuient la justice française en se cachant à l’étranger.

Astruc et Zaoui sont soupçonnés d’être responsables de l’entreprise Crépuscule, qui aurait volé près de 146 millions d’euros de TVA au gouvernement français entre avril 2008 et mars 2009.

L’affaire Crépuscule est l’une des 15 affaires distinctes traitées par le système judiciaire français qui sont liées à une fraude à la TVA, surnommée « l’arnaque du siècle » dans l’Hexagone.

Arnaud Mimran (à droite) arrive avec son avocat, Jean-Marc Fedida (à gauche), au tribunal de Paris pour son procès dans l'affaire de l'escroquerie à la taxe carbone, le 25 mai 2016. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

Arnaud Mimran (à droite) arrive avec son avocat, Jean-Marc Fedida (à gauche), au tribunal de Paris pour son procès dans l’affaire de l’escroquerie à la taxe carbone, le 25 mai 2016. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

Le gouvernement français aurait perdu 1,6 milliard de dollars en TVA impayées de cette manière, et la perte totale en Europe est estimée à cinq à dix milliards d’euros.

Selon Marius Christian-Frunza, maitre de conférence à la Sorbonne et auteur de Fraud and Carbon Markets (Fraudes et marchés du CO2), de multiples groupes criminels organisés de toute l’Europe ont organisé et initié cette fraude, essayant chacun d’obtenir une part du gâteau avant que les régulateurs européens ne comprennent ce qu’il se passe et n’y mettent fin en 2009. Ainsi, une mafia russo-géorgienne agissant en Espagne a probablement été impliquée, ainsi que la mafia russe de Saint Petersburg, ainsi que des groupes allemands, polonais et bulgares.

En France, la plupart des suspects sont des Juifs français qui avaient déjà ou ont obtenu par la suite la nationalité israélienne. L’un de ces réseaux, dirigé par Arnaud Mimran et Marco Mouly, a volé 283 millions d’euros de TVA. La plupart de cet argent a été volé depuis des bureaux à Tel Aviv, selon Haaretz.

Mimran et Mouly ont tous les deux été condamnés à huit ans de prison par un tribunal français en juillet dernier. Cependant, plusieurs de leurs complices condamnés par contumace vivraient librement en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 19 février 2017. (Crédit : Dan Balilty/Pool/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 19 février 2017. (Crédit : Dan Balilty/Pool/AFP)

Pendant son premier interrogatoire par la police française sur l’affaire, Mimran avait affirmé avoir financé la campagne électorale du Premier ministre Benjamin Netanyahu en 2009 à hauteur de 200 000 dollars. Netanyahu a déclaré que Mimran ne lui a donné que 40 000 dollars en 2001. Cette affirmation est contredite par le dossier de la police française.

Zaoui a fui la France en 2014, a vécu quelques temps en Israël puis a été arrêté à l’aéroport de Roissy en mars 2016. Zaoui est soupçonné d’avoir mis en place et dirigé la fraude au nom de la compagnie Crépuscule, mais les enquêtes ne montrent pas qu’il a bénéficié de la fraude.

Cyril Astruc a emménagé en Israël à un moment de cette dernière décennie, et a acheté des biens immobiliers à Eilat et à Herzliya. Les juges français affirment que ces biens israéliens ont pu être en partie financés par la fraude à la TVA carbone.

Astruc, qui se fait également appeler Alex Khan, est devenu très proche d’Amir Mulner, chef du crime organisé en Israël, selon le journaliste israélien Amir Zohar, ainsi que des documents d’un procès pénal israélien impliquant Astruc et des membres de l’organisation criminelle de Mulner.

Selon Mediapart, une partie de l’argent de Crépuscule est parti dans des entreprises offshores liées financièrement au cartel sud-américain Sinaloa, et au trafic de cocaïne. Le cartel Sinaloa a été lié au Hezbollah, groupe terroriste libanais.

De plus, les autorités françaises avaient déclaré au Times of Israël en mai 2016 que les propriétaires franco-israéliens de sociétés frauduleuses d’options binaires et certains des auteurs des arnaques à la TVA carbone sont parfois les mêmes individus.

Plusieurs anciens employés d’entreprises d’options binaires possédées par des Français en Israël ont dit au Times of Israël qu’ils étaient souvent payés en liquide, et que les rumeurs étaient que les revenus de l’arnaque à la TVA étaient « blanchis » dans les entreprises d’options binaires et par des achats immobiliers en Israël.