Josiah Cohen a visité Israël pour la première fois l’été dernier, dans le cadre d’un voyage d’études religieuses organisé par le Wheaton College, une école évangélique d’arts libéraux dans l’Illinois, où il étudie la musique.

Membre actif de l’Église presbytérienne Tenth de Philadelphie, Cohen, 20 ans, « est tombé amoureux de cette terre », mais regrette que ce pèlerinage n’ait pas intégré le paramètre humain en favorisant les rencontres.

Cohen décide donc d’épargner de l’argent et de faire appel à la générosité de sa famille et de ses amis afin de pouvoir assister au congrès biennal intitulé Le Christ au Checkpoint, organisé par le Bethlehem Bible College à destination des évangéliques du monde entier.

Cette année, 650 participants de 15 pays différents ont fait le déplacement.

« Avec le voyage Wheaton en Terre sainte, j’ai contemplé des pierres mortes, les ruines antiques. Aujourd’hui, je discute avec des pierres vivantes, des personnes résidant dans leurs maisons et leurs communautés », a déclaré Cohen au Times of Israel. « J’ai parlé aux réfugiés palestiniens, aux pasteurs, aux Israéliens, aux étrangers vivant dans le pays, aux juifs messianiques. »

La communauté évangélique est considérée comme l’épine dorsale du soutien inconditionnel des États-Unis à Israël.

Mais, il suffit d’écouter le récit de Cohen et de ses amis pour comprendre que ce soutien n’a rien d’un acquis et pourrait à terme évoluer. Un glissement qui pourrait surtout intervenir avec la jeune génération.

Loin des démonstrations pro-israéliennes massives du pasteur John Hagee, le Christ au Checkpoint permet à Cohen et à ses amis de visiter un poste de contrôle israélien à l’aube, d’assister à une table ronde sur la théologie du remplacement [doctrine chrétienne selon laquelle le peuple juif a été remplacé par l’église chrétienne en tant que peuple élu de Dieu] ou de participer à une conférence intitulée « le Royaume de Dieu dans l’impasse des récits israélien et palestinien. » Dans la soirée, ils pourront se détendre devant un spectacle de danse de Dabké.

« Le récit juif résonne réellement en moi et le récit palestinien résonne réellement en moi », explique Cohen. « C’est incroyablement complexe. »

Richard Strick, jeune pasteur évangélique résidant à Huntington, dans l’Indiana, s’est rendu à Bethléem pour, dit-il, « entendre nos frères et sœurs palestiniens à propos du Christ, mais aussi évoquer des questions de paix et de justice. »

« Les deux camps ont souffert. La souffrance de l’Holocauste et la souffrance de la Nakba »

Richard Strick

Il s’agit également du second voyage de Strick dans la région. L’été dernier, il a participé à un pèlerinage dédié « pour un tiers au pèlerinage, un tiers à l’histoire et à l’archéologie, et un tiers aux questions de paix et de justice. »

De retour dans sa communauté dans l’Indiana, Strick évoque pendant près de deux heures devant une assemblée son expérience en Cisjordanie.

Il consacre même un diaporama à la pénurie d’eau côté palestinien. Il déclare tenter « respectueusement et lentement » d’éclairer sa communauté sur la réalité complexe à laquelle il a été confronté.

Selon Strick, la jeune génération démontre effectivement davantage d’aptitude à           « reconnaître les injustices qui se sont produites dans ce pays », mais les membres plus âgés de sa communauté se montrent également réceptifs à son message.

« Les deux camps ont souffert. La souffrance de l’Holocauste et la souffrance de la Nakba », déclare Strick, qui utilise sciemment le terme arabe signifiant « catastrophe » pour désigner l’exode de la population arabe locale suite à la création de l’Etat d’Israël. « Ces deux douleurs doivent être nommées ».

L’évangéliste sioniste, Robert Nicholson (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

L’évangéliste sioniste, Robert Nicholson (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Les termes de « justice » et de « paix » résonnent profondément chez les jeunes chrétiens évangéliques, explique Robert Nicholson, un évangélique sioniste autoproclamé de 32 ans.

Nicholson s’exprimait lors d’une conférence organisée par le B’nai Brith mondial le 13 mars à Jérusalem, et intitulée : « Les efforts pour éloigner les chrétiens évangéliques d’Israël : une nouvelle campagne ». Une tentative pour faire contrepoids à la conférence Le Christ au Checkpoint. Le symposium a souligné les dangers de l’évolution des perceptions évangéliques vis à vis d’Israël.

Nicholson affirme n’avoir appris l’existence d’un récit évangélique critique à l’égard d’Israël qu’en 2010, suite à la sortie d’un film chrétien intitulé Avec Dieu à nos côtés. Ce film traite de la souffrance des chrétiens palestiniens. « J’étais en état de choc », avoue-t-il.

Nicholson tente d’expliquer les raisons pour lesquelles les jeunes évangéliques affichent une position de plus en plus critique à l’égard d’Israël.

« Se tenir du côté de l’opprimé, c’est la position chrétienne », affirme-t-il. « Les Palestiniens sont considérés comme le camp le plus faible… Si votre théologie n’est pas conforme à la formule ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’, votre théologie est mauvaise. »

Selon Munther Isaac, maître de conférences au Bethlehem Bible College et directeur du Christ au checkpoint, une position théologique plus équilibrée à l’égard d’Israël serait plus avantageuse pour les juifs et pour les chrétiens.

« Dans de nombreux cercles chrétiens sionistes, l’idée que les juifs ne doivent retourner sur cette terre que pour s’y faire massacrer dans l’Armageddon reste à l’ordre du jour », explique-t-il. « Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une méthode saine pour engager un dialogue judéo-chrétien ».