L’Agence centrale de renseignements étudie des arrêts israéliens pour justifier la « torture » de détenus, selon un rapport du Comité du renseignement du Sénat publié mardi.

Dans le sillage des attentats terroristes du 11 septembre 2001, qui ont tué près de 3 000 personnes, la CIA s’est mise à examiner les moyens de défense légitimes dans les méthodes d’interrogatoire.

Malgré les conclusions antérieures disant que ces techniques sont inefficaces et donnent « de fausses réponses », le mémorandum de novembre 2001,
« Hostile interrogations: Legal Considerations for CIA officers » (Interrogatoires hostiles : considérations juridiques des agents de la CIA), cite le « modèle israélien » comme argument pour dire que « la torture est nécessaire pour empêcher un préjudice physique important et imminent envers des personnes, lorsqu’il n’y a pas d’autres moyens disponibles pour l’empêcher ».

En 1999, la Haute Cour de Justice israélienne a statué que les interrogateurs du Shin Bet ne pouvaient faire usage de moyens physiques qui ne sont pas « raisonnables et équitables » et qui bafouent la dignité humaine du détenu. Pourtant, la Haute Cour a autorisé certaines techniques – telles que la privation de sommeil – seulement si elles résultent de l’interrogatoire.

Plus important encore, le tribunal a statué que les interrogateurs qui dépassaient leurs limites pourraient éviter des poursuites pénales en invoquant une « nécessité de défense », un principe qui permet d’enfreindre la loi dans des situations d’urgence extrême, comme dans le cas d’un grand nombre de victimes imminentes dans une attaque terroriste.
En 2005, face à une pression du Congrès sur les méthodes d’interrogatoire, un procureur de la CIA qui étudiait les justifications possibles a invoqué la décision de la Haute cour israélienne sur la
« nécessité de défense » dans des scénarios de « bombe à
retardement ».

Deux ans plus tard, un mémorandum de la CIA concluant que des techniques poussées étaient « clairement autorisées et justifiées par l’autorité législative » contenait également une analyse d’une jurisprudence israélienne, selon le rapport du Sénat.

« Le procureur de la CIA a fait état de similitudes ‘frappantes’ entre le débat public sur l’amendement McCain et la situation en Israël en 1999, où la Cour suprême israélienne avait ‘décidé que plusieurs techniques… seraient autorisées, mais exigeaient une certaine forme de sanction législative’ ».

Selon le rapport, la CIA a soutenu que l’information soutirée aux détenus « a fourni une mine d’informations sur les complots d’Al-Qaïda », y compris du cerveau du 11/9 Khalid Sheikh Mohammed, qui a révélé un « complot terroriste en Arabie saoudite contre Israël ».

On ignore le détail de la cible, vu qu’Israël et l’Arabie saoudite n’entretiennent pas de relations officielles.
Des enquêteurs du Sénat ont émis un acte d’accusation sur les pratiques de la CIA mardi, accusant l’agence d’espionnage d’infliger douleurs et souffrances aux prisonniers, au-delà des limites légales, et de tromper la nation avec des histoires d’interrogatoires qui sauvent des vies.

Les traitements dans les prisons secrètes il y a dix ans étaient pires que ce que gouvernement révélait au Congrès ou à la population, dit le rapport de la commission du renseignement du Sénat, premier compte-rendu public officiel après des années de débat sur le traitement brutal des prisonniers par la CIA.

D’anciens responsables de la CIA ont contesté les conclusions du rapport, de même que des républicains du Sénat. Les agents de la CIA ont formulé leur propre réponse, reconnaissant de graves erreurs, mais stipulant qu’ils avaient acquis des renseignements vitaux qui aidaient encore à la lutte contre le terrorisme.

« Le programme a mené à la capture de dirigeants d’Al-Qaïda et à leur retrait du champ de bataille », a déclaré George Tenet, directeur de la CIA lors des attentats du 11 septembre 2011. Il affirme avoir sauvé « des milliers de vies américaines ».

Cinq cents pages ont été publiées, représentant le résumé et les conclusions d’une enquête de 6 700 pages.

Le président Barack Obama a déclaré que les pratiques passées sont « contraires à nos valeurs » et s’est engagé : « Je continuerai à utiliser mon autorité en tant que président pour m’assurer que nous n’aurons jamais plus recours à ces méthodes. »

La sénatrice Dianne Feinstein a déclaré que les conclusions sont une tache sur l’histoire de la nation.
« Au sens propre du terme, les détenus de la CIA ont été torturés, » a-t-elle pointé, demandant un détail des techniques utilisées. Ces techniques comprennent des semaines de privation de sommeil, des gifles et projections de détenus contre les murs, leur confinement dans de petits espaces, leur isolement pendant de longues périodes et des menaces de mort. Trois détenus ont subi la technique de la noyade simulée. Nombre d’entre eux ont développé des troubles psychologiques.

Mais les « techniques d’interrogatoire renforcées » n’ont pas produit de résultats probants, affirme le rapport dans sa conclusion la plus controversée. Il cite les télégrammes, e-mails et transcriptions d’entrevues de la CIA pour réfuter la justification essentielle de la torture – contrecarrer des complots terroristes et sauver des vies américaines.

Le président George W. Bush avait approuvé le programme en 2002, mais il n’a été informé par la CIA sur ses détails qu’en 2006. A cette époque, Bush avait exprimé un inconfort devant « l’image d’un détenu, enchaîné au plafond, vêtu d’une couche et forcé de faire ses besoins sur lui ».

Après l’arrestation d’Abu Zubaydah d’Al-Qaïda au Pakistan, la CIA a reçu l’autorisation d’utiliser la simulation de noyade, la privation de sommeil, l’isolement pénitencier et d’autres techniques. Des responsables de l’Agence ont ajouté d’autres méthodes non autorisées dans la foulée, affirme le rapport.

Au moins cinq hommes détenus par la CIA ont reçu « une réhydratation par voie rectale » une forme d’alimentation par le rectum. Le rapport n’a trouvé aucune justification médicale à ce traitement.

D’autres ont subi des « bains de glace » et des menaces de mort. Au moins trois captifs ont été informés que leurs familles souffriraient, les agents de la CIA menaçant de nuire à leurs enfants, d’agresser sexuellement la mère de l’un et de couper la gorge de la mère d’un autre.

Le rapport réfute l’argument de la CIA disant que ces pratiques ont conduit à l’élimination d’Osama Ben Laden. L’agence avait affirmé que l’interrogatoire d’un détenu, Ammar al-Baluchi, a révélé l’existence d’un messager qui prenait des messages de Ben Laden.