WASHINGTON – Tout en refusant catégoriquement de soutenir une solution à deux états au conflit israélo-palestinien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré mercredi qu’il n’avait pas l’intention d’annexer la Cisjordanie, ni d’accorder la citoyenneté israélienne aux millions de Palestiniens qui y vivent.

Pendant un point presse après sa rencontre avec le président américain Donald Trump mercredi, Netanyahu a également indiqué sa volonté de prendre en compte l’appel du président à ralentir la construction dans les implantations. Le bureau de Netanyahu a cependant publié par la suite un communiqué affirmant qu’il n’avait jamais dit cela.

« Je l’ai déjà dit, et je le répète à nouveau : je ne veux pas annexer près de 2,5 millions de Palestiniens à Israël. Je ne veux pas qu’ils soient nos citoyens », a-t-il déclaré aux journalistes israéliens et internationaux quelques instants après avoir quitté la Maison Blanche après son premier rendez-vous à huis-clos avec Trump.

D’autre part, Netanyahu a révélé qu’il avait demandé au président de reconnaitre la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, qu’Israël a annexé en 1981. Il a refusé de dire comment Trump et ses conseillers avaient réagi à cette demande, mais a affirmé qu’ils n’avaient pas été surpris qu’il en parle.

Faisant écho aux propos tenus pendant la conférence de presse conjointe avec Trump, Netanyahu a affirmé que ses positions sur un état palestinien n’avaient pas changé depuis son discours de 2009 à l’université Bar-Ilan, dans lequel il avait reconnu, sur le principe, un état palestinien démilitarisé qui reconnaissait l’Etat juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, suivis d'Ivanka Trump et de Jared Kushner, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Shmulik Armoni)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, suivis d’Ivanka Trump et de Jared Kushner, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Shmulik Armoni)

Pendant le point presse à la Blair House après son passage à la Maison Blanche, le Premier ministre a évité à plusieurs reprises les questions lui demandant si son discours de Bar-Ilan était toujours valide ou s’il soutenait toujours un état palestinien.

Quand il lui a été demandé si la solution à deux états était morte, Netanyahu a déclaré que cela dépend de la définition du terme. « Abu Mazen [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] ne reconnait pas Israël en tant qu’Etat juif et continue de parler de ‘droit au retour’ et n’accepte pas que l’armée israélienne ait un contrôle sécuritaire total [sur la Cisjordanie]. C’est sa politique, et c’est inacceptable pour nous. »

Déplorant l’utilisation d’ « étiquettes », comme solution à un état ou à deux états, Netanyahu a souligné que ses positions concernant l’état palestinien n’avaient pas du tout changé. « J’ai été très constant à ce sujet », a-t-il déclaré.

L’éloignement apparent de Netanyahu d’une solution à deux états a eu lieu un jour après que la Maison Blanche a déclaré que la solution au conflit israélo-palestinien ne serait pas nécessairement à deux états, et que le président n’insisterait pas dessus.

Trump a déclaré mercredi qu’il pensait qu’un accord de paix était possible, mais a indiqué qu’il n’allait pas dire aux Israéliens et aux Palestiniens comment le conclure. « Je regarde [une solution à] deux états et [une solution à] un état, et j’aime celle que les deux parties aiment », a-t-il déclaré, se montrant sensible à un appel de Netanyahu pour une initiative régionale qui reposerait sur l’amélioration des relations entre Israël et les pays arabes.

Netanyahu a déclaré que lui et Trump avaient discuté, pendant leur réunion, des implantations de Cisjordanie, mais a précisé que les deux dirigeants n’étaient pas encore parvenus à un accord sur le sujet.

Pendant leur conférence de presse conjointe, Trump s’était tourné vers Netanyahu et l’avait gentiment mis en garde sur la construction continue de son gouvernement dans les implantations de Cisjordanie, lui disant que « j’aimerais que vous attendiez un peu sur les implantations. »

Netanyahu a déclaré mercredi aux journalistes que l’administration Trump et Israël « veulent atteindre un accord [sur les implantations]. Nous en avons discuté et nous continuerons à en discuter. » Il a refusé de dire si un accord avait déjà été conclu, ou si l’arrangement recherché pourrait se rapprocher de la lettre Bush Sharon de 2004.

Dans cette lettre adressée à Ariel Sharon, alors Premier ministre, l’ancien président américain George W. Bush avait reconnu l’existence des grands blocs d’implantations israéliens en Cisjordanie, et déclaré qu’il serait « irréaliste d’attendre que le résultat des négociations sur le statut final soit un retour total et complet aux lignes d’armistice de 1949. »

Bush écrivait également que « tout accord de statut final ne sera conclu que sur la base de changes mutuellement acceptés qui reflètent ces réalités. »

Netanyahu a déclaré que les plans de construction de 6 000 logements en Cisjordanie et à Jérusalem Est, annoncés ces dernières semaines, seraient menés à bien. Cependant, il a été hésitant à parler de la mise en place d’une nouvelle implantation, qu’il a promis au mouvement des implantations en compensation pour Amona, avant-poste illégal qui a été évacué le mois dernier, car la Haute cour de Justice avait jugé qu’il était construit sur des terrains palestiniens privés. Il a également indiqué qu’au minimum, il étudierait la demande de Trump de freiner la construction dans les implantations.

Les projets pour une nouvelle implantation « sont toujours en négociation », a déclaré Netanyahu, mais « s’il y a une demande pour examiner le sujet d’un président si amical, je pense qu’il est approprié de faire l’effort. »

Coucher de soleil sur les travaux de construction dans le quartier juif de Ramat Shlomo, à Jérusalem Est, le 21 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

Coucher de soleil sur les travaux de construction dans le quartier juif de Ramat Shlomo, à Jérusalem Est, le 21 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

« A Jérusalem, nous continuerons à construire, et tout ce que nous avons déjà annoncé sera construit. Mais, sur le reste, nous devons [en] discuter et atteindre un accord », a déclaré Netanyahu, ajoutant que bien que les Etats-Unis et Israël voient « d’un même œil le reste des sujets, nous devons examiner toute demande sur ce sujet parce que c’est dans notre intérêt. »

Son bureau a cependant par la suite publié un court communiqué affirmant que « des titres [de presse] inappropriés [ont été publiés sur ce sujet]. Le Premier ministre n’a pas dit qu’il était prêt à discuter à freiner la construction. »

Sur la question du déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, Netanyahu a déclaré avoir dit à Trump qu’il soutenait fermement cette décision, mais que Trump avait répondu qu’il étudiait minutieusement le dossier. « Il a entendu notre position, qui est définitive. Il veut du temps pour étudier le sujet », a déclaré le Premier ministre.

Netanyahu a également dit que lui et Trump avaient discuté « en profondeur » des défis régionaux, en particulier de l’accord nucléaire iranien et de l’agression accrue du régime, et de la guerre civile syrienne. Il a refusé de donner des précisions sur leurs discussions.

« Le président a répété en privé ce qu’il avait aussi dit publiquement, que cet accord est terrible et qu’il veut empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire, a déclaré Netanyahu. Nous nous sommes mis d’accord pour coopérer dans la confrontation de l’agression iranienne dans la région. »

Pendant leur apparence commune à la Maison Blanche, Trump avait déclaré que l’accord nucléaire iranien de 2015 était « l’un des pires accords que j’ai jamais vu », mais n’avait pas demandé son annulation.

« Mon administration a déjà imposé de nouvelles sanctions à l’Iran, et j’en ferais plus pour empêcher l’Iran de jamais développer – et je veux bien dire jamais – une arme nucléaire », a déclaré Trump.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube/White House)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube/White House)

Netanyahu a déclaré aux journalistes, depuis la Blair House, que Téhéran serait capable de développer beaucoup d’armes nucléaires une fois l’accord expiré, et que son objectif était d’empêcher cela.

« Il y a plusieurs moyens pour obtenir cela, et j’ai en discuté en profondeur avec le président », a-t-il déclaré sans donner plus de précision.

Le Premier ministre a rendu hommage à Trump, un allié indéfectible d’Israël, et le meilleur ami du peuple juif qu’il pourrait souhaiter. Il a rejeté les préoccupations sur le communiqué publié le mois dernier par la Maison Blanche pour la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, qui ne mentionnait pas le peuple juif, en affirmant qu’elles étaient déplacées.

« Il n’y a aucune doute que le président et son équipe comprennent très bien le sens de l’Holocauste comme tentative d’annihiler le peuple juif, et qu’ils comprennent tout à fait l’importance de l’Holocauste dans la vie juive », a-t-il déclaré.