Avec la mise en place de la loi sur la conscription universelle, qui prévoit d’intégrer de larges franges de la communauté haredi à l’armée, le ministre des Finances pourrait être la cible d’un assassinat, a prévenu mercredi un rabbin proche de la communauté ultra-orthodoxe.

« J’ai reçu un invité pour shabbat, un ‘talmid hakham’ (érudit dans la Torah, NDT) et il m’a dit quelque chose de stupéfiant qui, je le crois, comportait une bonne part de vérité », a déclaré le rabbin Dov Halbertal sur la radio Galei Yisrael. « Il m’a dit, ‘Ecoute, il va y avoir un assassinat comme celui de Rabin ; Lapid va être tué par un haredi. »

La police l’a interrogé suite à ces commentaires.
Habertal, un avocat de profession qui enseigne à l’université de Haïfa et à l’université hébraïque de Jérusalem, est proche des dirigeants ultra-orthodoxes et a été l’associé du rabbin Yosef Shalom Elyashiv, disparu en 2012.

« Le meurtre de Lapid succèdera à l’assassinat de Rabin », a-t-il indiqué.

Ces déclarations se sont attirées les foudres du ministre des Sciences et de la Technologie Yaakov Peri, ancien chef du Shin Bet et membre de Yesh Atid, le parti que dirige Lapid. Peri a demandé au ministre de la Sécurité Intérieure Yitzhak Aharonovitch et au chef du Shin Bet Yoram Cohen de prendre des mesures contre l’invité anonyme de Habertal.

« Les menaces de meurtre comme celle-ci créent une dynamique dangereuse. Ce genre de propos désinvoltes peut se transformer en actes, comme nous l’avons vu il y a 19 ans avec le meurtre du Premier ministre israélien. Les forces de l’ordre doivent s’occuper de ce problème immédiatement avant qu’il n’y ait des victimes », a affirmé Peri.

Selon lui, ces déclarations rappellent celles prononcées « à la veille du meurtre de Rabin », précisant que les menaces de mort ne porteraient pas atteinte à la volonté politique de faire voter la loi.

Le député ultra-orthodoxe Moshe Gafni a lui aussi épinglé Halbertal pour ses déclarations, les qualifiant de « sévères, superflues, injustifiées, illogiques » et en accusant le rabbin de diffamer la communauté haredi
dans son ensemble.

A la lumière des commentaires de Habertal, le chef de la police Yohanan Danino a annoncé l’ouverture d’une enquête, indiquant que la police envisagerait un renforcement de la sécurité du ministre des Finances. Halbertal sera lui interrogé jeudi. « Mon intention était de mettre en garde, mais je n’ai pas l’intention de révéler le moindre nom », a confié Danino au site Walla.

Les tensions autour de la loi sur la conscription universelle se sont récemment accrues alors que le texte, validé par un comité parlementaire, doit bientôt être soumis au vote de la Knesset.

Lundi, un montage-photo de Lapid et du ministre de l’Economie Naftali Bennett – également partisan de la loi – tous deux déguisés en uniformes SS, a fait le buzz sur Facebook. La photo montre les deux ministres en train de brûler des rouleaux de la Torah devant le portail d’entrée d’Auschwitz.

Si l’origine de la photo n’a pas encore été déterminée, le député de Yesh Atid Mickey Levy a parlé d’une « incitation à la violence qui se répète. »

Selon le texte approuvé par le comité Shaked (du nom de la députée de Habayit Hayehudi Ayelet Shaked), les hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans pourront formuler, une fois par an, des demandes d’exemption du service militaire.

Les quotas de conscrits seront déterminés en fonction du nombre d’ultra-orthodoxes de moins de 24 ans mobilisables. Une période de transition de trois ans s’ouvrira à partir du moment où la Knesset aura approuvé le texte.

Durant cette période, le nombre de conscrits ultra-orthodoxes sera fixé par des objectifs chiffrés. Le chiffre augmentera chaque année jusqu’en 2017, date à laquelle 5 200 haredim devraient être mobilisés.

Les députés ultra-orthodoxes, ainsi que le président Shimon Peres, se sont publiquement opposés aux sanctions pénales prévues par la loi. La semaine dernière, l’ONG israélienne Hiddush, qui soutient la conscription des haredim, a demandé au comité Shaked de voter contre les sanctions pénales, qualifiant l’idée de proposition peu réaliste, destinée à réaliser des profits politiques.

En début de mois, Lapid a gelé le financement d’Etat à destination des séminaires religieux abritant des réfractaires à la conscription. Cette décision, ainsi que l’arrestation d’un étudiant de yeshiva ayant refusé de s’engager, a déclenché une vague de protestations des ultra-orthodoxes dans l’ensemble du pays.

Lundi, les dirigeants haredim se sont réunis pour débattre de la meilleure manière de s’opposer à la loi, mais aucune mesure immédiate n’a été prise.

Avec Times of Israel staff