1 788 ultra-orthodoxes enrôlés en 2018 ? L’armée n’en est pas sûre
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1 788 ultra-orthodoxes enrôlés en 2018 ? L’armée n’en est pas sûre

En 2016, la dernière année où un objectif avait été fixé, l'armée devait intégrer 3 200 Juifs ultra-orthodoxes

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats ultra-orthodoxes de Tsahal sur la base militaire de Peles dans la vallée du Jourdain. (Yaakov Naumi/Flash90)
Des soldats ultra-orthodoxes de Tsahal sur la base militaire de Peles dans la vallée du Jourdain. (Yaakov Naumi/Flash90)

Mardi, l’armée israélienne a publié les nouveaux chiffres de la conscription des ultra-orthodoxes entre juillet 2018 et décembre 2019. Tsahal a cependant prévenu que les chiffres étaient probablement inexacts – reconnaissant le scandale dévoilé l’année dernière quand l’armée avait publié des données inexactes sur le nombre de conscrits ultra-orthodoxes.

Selon l’évaluation de l’armée, qui serait intrinsèquement biaisée, 1 788 hommes ultra-orthodoxes – ou haredim – auraient intégré l’armée pour sa campagne de conscription de 2018, de juillet 2018 à juin 2019. 983 autres haredim ont intégré l’armée pendant la première moitié de l’année de conscription en 2019, de juillet 2019 à décembre 2019, indiquait le rapport.

L’armée n’a pas reçu d’objectif de conscriptions d’ultra-orthodoxes depuis 2016 – pour que l’on ne puisse pas dire qu’elle n’avait pas atteint ses objectifs – mais les chiffres publiés mardi sont très loin du chiffre que le gouvernement lui avait demandé d’incorporer. En 2016, la dernière année où un objectif avait été fixé, l’armée devait intégrer 3 200 Juifs ultra-orthodoxes.

Selon la loi, Tsahal doit présenter son bilan de la conscription d’ultra-orthodoxe au gouvernement chaque année.

« Etant donné que l’obligation de faire un rapport est inscrite dans la loi, Tsahal a présenté son rapport au [ministre de la Défense Benny Gantz]. Il convient de souligner à l’avance et sans équivoque que Tsahal n’est pas en mesure de présenter un rapport précis », a noté l’armée.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, droite, rencontre le chef d’Etat major de l’armée Aviv Kohavi, au centre, et le chef du commandement du Nord Amir Baram dans le nord d’Israël, le 2 juin 2020. (Ariel Hermoni/Defense Ministry)

Le rapport de Tsahal est intervenu après que Gantz a demandé à la Cour suprême de repousser la date butoir pour l’adoption d’une loi régissant le service militaire de la population ultra-orthodoxe d’Israël.

La communauté ultra-orthodoxe a depuis la création du pays bénéficié d’une exemption générale du service militaire au profit d’études religieuses en séminaire. De nombreux membres de la communauté ultra-orthodoxe refusent d’effectuer leur service militaire qui est obligatoire pour tous les hommes juifs et de nombreuses femmes juives, même si des exemptions sont souvent accordées aux femmes pour effectuer un service civique à la place. Pourtant, une grande partie de la population s’oppose à cet arrangement et souhaite que les ultra-orthodoxes participent au fardeau de la défense du pays.

De nombreuses versions d’une loi de conscription des ultra-orthodoxes ont été présentées à la Knesset et retoquées par la Cour suprême dans une saga politique et législative vieille d’une décennie. Aucune des versions du projet de loi ne demandait une conscription généralisée des hommes ultra-orthodoxes, mais elles avaient été rédigées pour permettre au plus grand nombre d’éviter le service. Ces versions ont été jugées par la Cour suprême comme étant en violation des lois relatives à l’égalité entre les citoyens.

Tsahal a déclaré qu’il avait prévu de discuter la question de la conscription des Haredi avec Gantz « dans les prochains jours ».

En décembre dernier, la chaîne publique Kan a révélé que Tsahal avait présenté pendant des années de fausses statistiques au gouvernement et au public sur la conscription haredi. Une enquête interne, conduite par un général récemment parti à la retraite, a mis en évidence que le service des ressources humaines en charge des données avait été très négligente, que les bases de données sur lesquelles Tsahal s’appuyait étaient inexactes et que les responsables du dossier ignoré tout cela.

Des soldats juifs religieux participent à une cérémonie de prestation de serment, le 26 mai 2012. (Miriam Alster/FLASH90)

Il y a également eu des confusions pour savoir qui est considéré comme ultra-orthodoxe en terme d’engagement militaire. En 2014, pour éviter cette incertitude, le gouvernement avait statué que tout individu ayant étudié dans une institution haredi reconnue pendant deux ans serait considéré comme ultra-orthodoxe.

Dans son communiqué de mardi, Tsahal a indiqué que son incapacité actuelle à vérifier l’exactitude des chiffres venait du fait que les données utilisées proviennent du système éducatif, qui n’est pas sous son contrôle.

« L’incapacité d’assurer la précision des chiffres provient principalement du fait que la majorité des données est liée aux études effectuées avant la conscription, et ces données ne sont pas en possession de Tsahal mais elles sont données par des officiels du gouvernement, ce qui explique pourquoi Tsahal ne peut pas vérifier leur exactitude », a indiqué l’armée.

L’impasse politique d’un an et demi en Israël, résolue le mois dernier, était en partie due à la question de la conscription des étudiants de yeshiva.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, est reçu par le ministre de la Santé, Yaakov Litzman (à gauche), lors d’un repas pour célébrer la naissance du petit-fils de Litzman, le 18 juin 2017. (Shlomi Cohen/FLASH90)

En mai de l’année dernière, moins de deux mois après que les électeurs ont semblé donner à Netanyahu un mandat pour former un nouveau gouvernement, les négociations de coalition sont échoué. Le point d’achoppement était la dernière version du projet de loi régulant la conscription d’hommes ultra-orthodoxes.

Des partis ultra-orthodoxes voulaient assouplir le texte de loi, alors qu’Avigdor Liberman, chef du parti de droite laïc Yisrael Beytenu, a insisté pour dire qu’il ne rejoindrait par le gouvernement à moins que la loi ne soit pas passée sous sa forme actuelle.

Le projet de conscription rédigé par le ministère de la Défense aurait fixé des objectifs annuels minimum pour la conscription ultra-orthodoxe qui, s’ils n’étaient pas atteints, entraîneraient des sanctions financières sur les yeshiva où les élèves étudient. Dans le même temps, elle aurait formalisé l’exemption pour l’écrasante majorité des étudiants de yeshiva.

La prochaine version de projet de loi devrait être adoucie, étant donné que l’actuel gouvernement de coalition dépend encore du soutien des partis ultra-orthodoxes. Ces derniers ont menacé, dans le passé, de quitter la coalition si des modifications importantes n’étaient pas apportées au texte.

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