106 Démocrates critiquent la position de la Maison Blanche sur les implantations
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106 Démocrates critiquent la position de la Maison Blanche sur les implantations

Dans une lettre adressée à Pompeo, les élus affirment que la décision discrédite les Etats-Unis comme médiateur impartial et nuit aux espoirs de paix

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu discutent en se rendant à l'aile ouest de la Maison-Blanche pour un entretien, le 25 mars 2019. (Brendan Smialowski / AFP)
Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu discutent en se rendant à l'aile ouest de la Maison-Blanche pour un entretien, le 25 mars 2019. (Brendan Smialowski / AFP)

WASHINGTON — Vendredi, plus de 100 élus Démocrates de la Chambre des Représentants ont fortement critiqué l’administration Trump pour avoir assoupli sa position sur les implantations israéliennes en Cisjordanie.

Lundi, le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé que « l’établissement d’implantations civiles israéliennes en Cisjordanie ne contrevenait pas en soi au droit international », rompant ainsi avec des décennies de politique américaine.

La décision, ont écrit les élus dans une lettre adressée à Pompeo, va compliquer la possibilité d’une paix israélo-palestinienne et nuit aux intérêts américains au Moyen-Orient.

« L’annonce… a discrédité les Etats-Unis en tant que médiateur honnête entre Israël et l’Autorité palestinienne. Elle nuit sérieusement aux perspectives de paix, et met en danger la sécurité de l’Amérique, d’Israël et du peuple palestinien », pouvait-on lire dans la lettre.

A l’initiative d’Andy Levin, un nouvel élu du Michigan, la lettre a été signée par plusieurs membres importants du Congrès, y compris l’élue pro-BDS du Minnesota Ilhan Omar, l’élu de Rhode Island David Cicilline, l’élu du Maryland Jamie Raskin, la représente du Michigan Rashida Tlaib, et d’autres élus.

Les élus ont prévenu que la décision de l’administration Trump « contrevient ouvertement à l’Article 49 de la Quatrième Convention de Genève » concernant les règles régissant les actions d’une puissance occupante.

« En ignorant le droit international, écrit-on dans la lettre, cette administration a sapé l’autorité morale de l’Amérique et a envoyé un message dangereux à ceux qui ne partagent pas nos valeurs : les droits de l’homme et le droit international, qui ont gouverné l’ordre international et protégé les soldats et les civils américains depuis 1949, ne s’appliquent plus ».

J Street, un groupe de lobby libéral, a apporté son soutien à la lettre.

« La décision de l’administration de donner de la légitimité à des implantations illégales en Cisjordanie occupée vise à entraver la solution à deux Etats et ouvrir la voie à une annexion israélienne unilatérale », a déclaré Jeremy Ben-Ami, le président du groupe, dans un communiqué.

Un garçon palestinien à cheval, avec en arrière-plan l’implantation israélienne de Givat Harsina, sur une photo prise depuis la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 5 février 2017. (AFP PHOTO / HAZEM BADER)

« Il est fondamental que d’importants membres du Congrès affirment clairement que cette décision nuit aux droits de l’homme, met en danger aussi bien les intérêts américains qu’israéliens et bafoue le droit international ».

Depuis l’administration du président Jimmy Carter, les Etats-Unis considèrent les implantations comme illégales, en se basant sur un avis juridique du Département d’Etat connu sous le nom d’Hansell Memorandum. Le document était un élément central derrière le consensus bipartite à Washington que les implantations cisjordaniennes constituent un obstacle à la paix.

Aujourd’hui, environ 400 000 Israéliens vivent dans des implantations de Cisjordanie. Plus de 200 000 à Jérusalem est, que les Palestiniens revendiquent comme leur capitale d’un futur Etat.

Levin, qui est juif, s’est rendu en Israël et en Cisjordanie plus tôt ce mois lors d’un voyage organisé avec d’autres élus et une délégation J Street. Après la visite, il a fait part de son inquiétude sur Twitter quant à la manière dont Israël traitait les Palestiniens.

Andy Levin, Démocrate du Michigan, arrive pour participer à des briefings réservés aux élus à Capitol Hill à Washington, le 15 novembre 2018. (AP Photo/Carolyn Kaster)

Il a déclaré qu’il était particulièrement en colère sur la situation à Sussiya, où des villageois palestiniens se voyaient refuser l’accès à l’eau, alors que des habitants d’implantations juives sont approvisionnés par le gouvernement.

Dans sa très large majorité, la communauté internationale considère que les implantations sont illégales. Ce point de vue se fonde en partie sur la Quatrième Convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer des parties de sa population civile vers un territoire occupé.

Israël rejette l’argument qu’il s’agirait de territoires occupés. L’Etat juif maintient qu’ils ont été capturés à la Jordanie dans une guerre défensive et que la Cisjordanie était simplement contrôlée par la Jordanie, mais n’a jamais fait partie du royaume hachémite ou de tout autre État souverain.

Dans les derniers jours de l’Administration Obama, les Etats-Unis ont permis au Conseil de Sécurité des Nations unies de faire passer une résolution déclarant que les implantations sont une « violation flagrante » du droit international.

Pompeo a déclaré que les Etats-Unis ne prendraient pas position sur la légalité d’implantations spécifiques, que la nouvelle politique ne serait pas élargie au-delà de la Cisjordanie et qu’elle ne créerait pas de précédent pour d’autres conflits territoriaux.

Il a également précisé que la décision ne signifie pas que l’administration préjugeait du statut de la Cisjordanie dans tout accord de paix entre Israël et les Palestiniens.

Les détracteurs de la décision affirment qu’elle donne au mouvement d’implantations une autorisation tacite pour de nouvelles constructions, ou même une annexion, de terres revendiquées par les Palestiniens pour un futur État.

Le changement dans la politique américaine a été largement vu comme une victoire pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, un partisan de longue date des implantations, qui joue actuellement sa survie politique alors qu’Israël semble prendre la direction d’un troisième scrutin en moins d’un an. Jeudi, le procureur général d’Israël a annoncé qu’il inculpait Netanyahu dans trois affaires.

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