250 manifestants contre la réponse militaire à Gaza au siège du Likud
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250 manifestants contre la réponse militaire à Gaza au siège du Likud

A Tel Aviv, les élus arabes israéliens ont soutenu les manifestants palestiniens et se sont joints aux appels de la gauche en faveur d'une enquête sur les réponses de l'armée

Des manifestants palestiniens courent pour échapper au gaz lacrymogène lancé par les forces israéliennes durant des affrontements qui ont suivi une manifestation le long de la frontière avec Israël, à l'est de  Gaza City, le 1er avril 2018 (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Des manifestants palestiniens courent pour échapper au gaz lacrymogène lancé par les forces israéliennes durant des affrontements qui ont suivi une manifestation le long de la frontière avec Israël, à l'est de Gaza City, le 1er avril 2018 (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Plusieurs centaines de militants israéliens se sont rassemblés dimanche aux abords du siège du parti du Likud au pouvoir à Tel Aviv, protestant contre la réponse militaire apportée aux affrontements sur la frontière avec Gaza.

Environ 250 manifestants brandissant des pancartes arborant les logos de La Paix maintenant et du Meretz ont appelé Israël à « cesser les fusillades ».

Les législateurs arabes israéliens ont exprimé samedi leur soutien aux manifestants palestiniens et ont rejoint les appels de la gauche en faveur d’une enquête sur la réponse apportée par l’armée israélienne durant les affrontements alors que les chefs des autres partis d’opposition du centre-gauche ont fait savoir qu’ils appuyaient pleinement les actions des militaires israéliens.

L’opposition politique est divisée sur l’usage de la force contre les manifestants de Gaza, l’Union sioniste d’Avi Gabbay et Yesh Atid de Yair Lapid soutenant vivement les militaires samedi. Gabbay a expliqué qu’il n’avait « aucun doute sur le fait que nos soldats ont fait tout ce qu’ils ont pu pour réduire le nombre de victimes mortellement touchées » tandis que Lapid a maintenu être « fier » des militaires.

Ces réponses contrastent grandement avec les commentaires livrés par la Liste arabe unie et le Meretz, qui ont condamné avec force l’utilisation de balles réelles.

« Les tirs contre les manifestants prouvent encore une fois qu’Israël choisit la voie de la force et de la violence délibérée », a indiqué la Liste arabe unie dans une déclaration. « Toutes les nations qui ont été sous occupation ont combattu leurs occupants et la nation palestinienne est comme toute autre nation ».

Le chef travailliste Avi Gabbay, à gauche, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 11 juillet 2017 ; Yair Lapid lors d’une conférence à Herzliya, le 22 juin 2017 (Crédit : Miriam Alster/Flash90; Jack Guez/AFP/Getty Images via JTA)

Les militaires israéliens ont identifié samedi soir 10 des 15 personnes qui auraient trouvé la mort durant des affrontements violents le long de la barrière de sécurité avec Gaza comme appartenant à des groupes terroristes et ils ont publié la liste de leurs noms et des postes qu’ils occupaient au sein des organisations.

Tamar Zandberg, la nouvelle chef du parti de gauche Meretz, a appelé dans la matinée de samedi les autorités israéliennes à ouvrir une enquête sur les affrontements. Elle a aussi insinué que l’armée israélienne semblait enclin à utiliser des armes mortelles.

Zandberg a été suivie par Issawi Frej, un député du même parti, qui a également demandé une enquête. « Un état dont les soldats tirent pour tuer afin de protéger une barrière commet un crime moral », a-t-il déclaré.

Les Palestiniens participent à des manifestations aux abords de la frontière avec Israël, à l’est de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP/Mohammed Abed)

Zandberg a expliqué que le bilan meurtrier et les séquences des événements retransmises sur les réseaux sociaux et ailleurs, notamment une vidéo diffusée par les médias Palestiniens montrant un jeune de 18 ans mourir sous les tirs alors qu’il fuit la barrière de sécurité, « justifient l’ouverture d’une enquête indépendante par Israël, notamment une enquête sur les règles de l’engagement et l’état de préparation militaire et politique en vue de ces événements ».

« C’est le devoir d’Israël de savoir ce qu’il s’est passé là-bas et c’est également dans son intérêt de le savoir pour empêcher un nouveau round de violences. Nous ne devons pas permettre une politique de ‘gâchette facile’ qui entraîne la perte de vies innocentes », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Tamar Zandberg, Parlementaire issue du parti Mertez lors d’une séance de la Knesset le 24 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yoel Hasson, député de l’Union sioniste, a répondu à Zandberg samedi soir. « Il n’y a rien à enquêter et rien à vérifier, l’armée israélienne fait tout ce qui est nécessaire pour protéger les communautés en périphérie de Gaza et la frontière », a-t-il déclaré.

Des dizaines de milliers de Palestiniens ont marché vers la frontière de Gaza avec Israël vendredi à l’occasion de l’une des manifestations les plus importantes de mémoire récente, appelant les Palestiniens à pouvoir revenir sur les terres qu’avaient fui leurs ancêtres au cours de la guerre de l’Indépendance de 1948. Cette marche a été intitulée « la marche du retour ».

Un jeune Palestinien blessé est porté par d’autres manifestants lors d’affrontements, après une manifestation près de la frontière avec Israël à l’est de la ville de Gaza afin de commémorer le Jour de la Terre, le 30 mars 2018 (AFP / MAHMUD HAMS)

Le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, a déclaré que les tirs israéliens ont tué 15 Gazaouis lors de la marche, et blessé plus de 1 400 personnes dans la journée de conflit la plus mortelle depuis la guerre de Gaza en 2014. Les soldats israéliens ont utilisé des balles réelles, de balles en caoutchouc, du gaz lacrymogène pour empêcher des milliers de Gazaouis de tenter de s’approcher de la frontière.

Le Hamas, groupe terroriste qui a juré la destruction d’Israël, a reconnu samedi que cinq membres de son aile militaire étaient parmi les morts. Il a déclaré qu’ils « prenaient part aux événements populaires » avec d’autres Gazaouis.

L’armée israélienne a déclaré que les manifestants palestiniens lançaient des bombes incendiaires et des pierres aux soldats, faisaient rouler des pneus enflammés dans leur direction, cherchaient à rompre et à endommager la barrière de la frontière, et ont ouvert le feu lors d’un incident.

Ronen Manelis, général de brigade et porte-parole de l’armée, a déclaré samedi que tous ceux qui ont été tués ont participé à la violence, ajoutant que les officiels de la santé de Gaza exagéraient le nombre des blessés et que plusieurs dizaines de personnes, tout au plus, avaient été blessés par des balles réelles alors que les autres avaient simplement été secoués par le gaz lacrymogène et d’autres outils anti-émeutes.

Manelis a déclaré, vendredi, que l’armée faisait face « à une manifestation terroriste violente à six endroits » de long de la barrière. Il a déclaré que l’armée israélienne a ouvert « le feu avec précision » à chaque tentative de rompre ou d’endommager la barrière de sécurité. « Toutes les victimes étaient âgées entre 18 et 30 ans, nous connaissions plusieurs victimes, et au moins deux d’entre elles étaient des membres des forces commando du Hamas », a-t-il dit.

Samedi, Manelis a réaffirmé qu’Israël « ne permettra pas de brèche importante de la barrière de sécurité dans le territoire israélien ».

Il a déclaré que le Hamas et que d’autres groupes terroristes gazaouis utilisent les manifestations comme une couverture pour organiser des attaques. Si la violence continue, « nous ne pourrons pas continuer à limiter notre activité à la zone de la barrière et continuerons à agir contre ces organisations terroristes dans d’autres endroits également », a-t-il déclaré.

La violence s’est calmée vendredi soir et des manifestations plus petites ont été rapportées samedi.

Les organisateurs de la manifestation ont déclaré que des marches massives continueraient jusqu’au 15 mai, l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Les Palestiniens célèbrent cette date comme leur « nakba », ou catastrophe, quand des centaines de milliers d’entre eux sont partis ou ont été forcés de partir pendant la Guerre d’Indépendance de 1948. La grande majorité des deux millions de Gazaouis sont leurs descendants.

Le Hamas s’est félicité de la marche et des manifestations prévues pendant six semaines, alors que le chef de Gaza, Ismail Haniyeh, a déclaré dimanche que les manifestations marquaient le début du retour des Palestiniens dans « toute la Palestine ».

« Nous sommes ici pour déclarer aujourd’hui que notre peuple ne sera pas d’accord pour garder le ‘droit du retour’ à l’état de simple slogan », a-t-il expliqué.

Yahya Sinwar, le chef du Hamas à Gaza, a déclaré dans un discours aux manifestants vendredi que la « Marche du Retour… ne s’arrêtera pas tant que nous aurons pas enlevé cette frontière provisoire ». Les manifestations de vendredi, a-t-il expliqué, « marquent le début d’une nouvelle phase dans la lutte nationale palestinienne sur la route de la libération et de retour [des réfugiés palestiniens et de leurs descendants dans leurs anciens foyers à l’intérieur d’Israël] ».

La « marche du retour », a ajouté Sinwar, « affirme que notre peuple ne peut pas céder un pouce de la terre de Palestine ».

Lors des précédentes négociations de paix, les Palestiniens ont toujours exigé, avec la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem Est, et la Vieille Ville, un « droit du retour » en Israël pour les réfugiés palestiniens qui ont quitté ou ont été forcés de quitter leur terre quand Israël a été établi. Les Palestiniens exigent ce droit non seulement pour ceux des centaines de milliers de réfugiés qui sont encore en vie – un chiffre estimé autour de dizaines de milliers – mais aussi pour leurs descendants, qui se comptent en millions.

Aucun gouvernement israélien ne serait susceptible d’accepter cette exigence, puisqu’elle mettrait fin à Israël comme un état à majorité juive. La position d’Israël est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants deviendraient des citoyens d’un Etat palestinien à la fin du processus de paix, comme les Juifs, qui ont quitté ou ont été forcés de quitter des pays du Moyen-Orient par des gouvernements hostiles, sont devenus des citoyens d’Israël.

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