À l’ONU, Abbas accuse Israël de « génocide » et condamne l’attaque du 7 octobre
Le chef de l'AP jure que les Palestiniens se relèveront des ruines, dit que le Hamas doit désarmer et renoncer à contrôler Gaza et rejette l'amalgame entre la cause palestinienne et l'antisémitisme

NEW YORK — Jeudi, dans son discours prononcé à distance devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a condamné le « génocide » commis par Israël à Gaza, ainsi que « les actes perpétrés par le Hamas le 7 octobre », tout en affirmant l’intention des Palestiniens de rester sur leurs terres.
S’adressant par vidéo à la 80e session de l’Assemblée, Abbas, 89 ans, a déclaré que la guerre avait fait environ 220 000 morts et blessés parmi les Palestiniens, dont la majorité sont des femmes, des enfants et des personnes âgées, selon les chiffres du ministère de la Santé administré par le Hamas, des chiffres qui ne font pas de distinction entre civils et hommes armés. Le Hamas rapporte quelque 66 000 morts. Israël affirme pour sa part avoir tué quelque 22 000 hommes armés.
Abbas a souligné l’expansion des implantations israéliennes en Cisjordanie, notamment la récente approbation du projet d’implantation E1, dont l’objectif est de contrecarrer les efforts visant à établir un État palestinien viable, ainsi que la violence incontrôlée des résidents d’implantations.
« Ils brûlent les maisons et les champs, ils déracinent les arbres, ils attaquent les villages, et s’en prennent à des civils palestiniens désarmés. Ils les tuent en plein jour, sous la protection de l’armée d’occupation israélienne », a déploré Abbas, qui est l’un des seuls dirigeants mondiaux autorisés à intervenir virtuellement.
Les États-Unis ont en effet interdit l’octroi de visas à de nombreux hauts responsables de l’Autorité palestinienne, en réponse à la décision des États occidentaux de reconnaître unilatéralement un État palestinien.
« Malgré toutes les souffrances endurées par notre peuple, nous rejetons les actes commis par le Hamas le 7 octobre. Ces terroristes qui ont pris pour cible des civils israéliens et qui les ont pris en otage… ne représentent pas le peuple palestinien, et leurs actes ne représentent pas son combat juste pour l’indépendance et la liberté », a fait valoir Abbas, dans une condamnation plus détaillée que celles qu’il avait prononcées par le passé, notamment au cours d’une conférence sur la solution à deux États qui s’est tenue lundi.
Abbas avait condamné les attaques du 7 octobre une première fois au mois de juin, plus d’un an et demi après que des terroristes dirigés par le Hamas ont assassiné 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et pris 251 otages dans des communautés du sud d’Israël, déclenchant ainsi la guerre en cours.
L’Autorité palestinienne est prête à « assumer l’entière responsabilité de la gouvernance et de la sécurité » dans la bande de Gaza, dans laquelle le Hamas « n’aura aucun rôle à jouer », a également affirmé Abbas jeudi.
L’Autorité palestinienne souhaite vivement pouvoir remplacer le Hamas à Gaza, une possibilité catégoriquement rejetée par Israël. Les États-Unis et le monde arabe ont pour leur part maintenu que Ramallah devrait entreprendre d’importantes réformes avant de pouvoir réellement assumer ce rôle, et qu’un organe de transition composé de technocrates palestiniens indépendants devrait assurer la gouvernance de l’enclave côtière dans l’intervalle.
Abbas a toutefois répété ce qu’une grande partie de la communauté internationale souhaitait entendre, à savoir que « le Hamas, ainsi que les autres factions, devront remettre leurs armes à l’Autorité palestinienne, dans le cadre d’un processus visant à mettre en place les institutions d’un État unique, d’une loi unique et d’une force de sécurité judiciaire unique ».
« Je l’affirme à nouveau : nous ne voulons pas d’un État armé », a ajouté Abbas.
Le président de l’Autorité palestinienne a par ailleurs déploré le fait que les plus de 1 000 résolutions adoptées par l’ONU concernant le sort des Palestiniens n’aient pas été mises en œuvre.
Si l’Autorité palestinienne s’est attelée à respecter les accords d’Oslo, il n’en a pas été de même pour Israël, a-t-il indiqué.
« Nous avons déployé tous les efforts possibles pour bâtir les institutions d’un État palestinien moderne en mesure de cohabiter dans la paix et la sécurité avec Israël. Mais Israël n’a pas respecté les accords signés, et s’est systématiquement employé à les saper », a fait valoir Abbas.
Il a adressé ses remerciements aux pays occidentaux qui ont reconnu la Palestine en début de semaine au cours d’une conférence co-organisée par la France et l’Arabie saoudite, exhortant dans le même temps les quelque 45 pays encore récalcitrants, sur les 193 États membres, à se rallier à cette cause.
Il a en outre exprimé sa gratitude envers ceux qui, dans le monde entier, manifestent en masse au nom des Palestiniens.
« Nous refusons toute confusion entre la solidarité avec la cause palestinienne d’une part et la question de l’antisémitisme d’autre part, une question que nous rejetons conformément à nos valeurs et à nos principes », a confié Abbas dans l’un des nombreux messages reprenant le discours qu’il a prononcé lundi à l’occasion de la conférence sur la solution à deux États.
Jeudi, dans un contexte marqué par cette conférence, Abbas a réitéré les neuf points qu’il juge nécessaires :
- Un cessez-le-feu immédiat et permanent à Gaza
- Un afflux d’aide humanitaire, « pour mettre un terme à l’utilisation de la famine comme arme ».
- La libération de tous les otages et prisonniers des deux camps.
- Le retrait complet d’Israël de Gaza, et l’arrêt de toutes les actions unilatérales de l’État juif de nature à compromettre la solution à deux États, notamment l’expansion des implantations, la violence de leurs résidents, l’expropriation de terres par Israël et les violations du statu quo dans les lieux saints.
- L’Autorité palestinienne assume « l’entière responsabilité » de l’organe de transition composé de technocrates palestiniens qui, selon une grande partie de la communauté internationale, sera chargé d’administrer Gaza une fois la guerre terminée, afin que l’enclave côtière puisse être rattachée sans heurts à la Cisjordanie sous une unique autorité gouvernementale.
En effet, a averti Abbas, si l’organe de transition doit être placé sous l’égide de l’ONU, bénéficier du soutien des alliés arabes et inclure une force internationale de maintien de la paix, le risque, si cet organe était complètement dissocié de Ramallah, serait de le voir remplacer totalement l’Autorité palestinienne.
- Une garantie accordée aux habitants de Gaza, les autorisant à rester sur leurs terres pendant la mise en œuvre d’un plan de reconstruction.
7. La restitution des recettes fiscales palestiniennes confisquées par Israël depuis plus de quatre mois, amenant l’Autorité palestinienne au bord de l’effondrement.
8. Le soutien aux réformes menées par l’Autorité palestinienne, notamment la tenue d’élections dans l’année suivant la fin de la guerre. « Nous voulons un État moderne et démocratique qui respecte le droit international, l’État de droit, le multilatéralisme et une transition pacifique du pouvoir. Nous souhaitons également et fortement donner plus de pouvoir aux femmes et aux jeunes », a fait savoir Abbas.
9. L’Autorité palestinienne est prête à collaborer avec le président américain Donald Trump, l’Arabie saoudite, la France et tous ses partenaires, pour mettre en œuvre le plan de paix approuvé lors de la conférence sur la solution à deux États, qui s’est tenue cette semaine.
« Notre population demeurera enracinée, tel l’olivier, solide comme le roc. Nous nous relèverons de parmi les décombres, et nous rebâtirons », a déclaré Abbas en concluant son discours. « Peu importent l’ampleur de nos blessures et la durée de nos souffrances, elles ne briseront pas notre volonté de vivre et de survivre. »
« Nous voulons vivre libres, en sécurité et dans la paix, comme tous les autres peuples de la terre, au sein d’un État indépendant et souverain défini par les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, en sécurité et en paix avec nos voisins », a-t-il poursuivi.
Before the 80th Session of the United Nations General Assembly, President Abbas outlined 9 points: pic.twitter.com/Hz4YkQk0IB
— State of Palestine (@Palestine_UN) September 25, 2025
« La paix est impossible sans justice, et il ne peut y avoir de justice sans libération de la Palestine », a martelé Abbas.
« Le moment est venu pour la communauté internationale de prendre les mesures qui conviennent envers le peuple palestinien, afin que celui-ci puisse disposer de ses droits légitimes à se libérer de l’occupation et à ne plus rester otage des volontés de la politique israélienne », a-t-il ajouté.
Saar : « Israël ne se laissera pas duper une nouvelle fois »
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a critiqué le discours d’Abbas, affirmant que le dirigeant palestinien avait en effet échoué dans sa lutte contre le terrorisme.
Saar a nié l’intention exprimée par Abbas dans son discours de voir l’Autorité palestinienne gouverner une Gaza d’après-guerre dans laquelle le Hamas ne jouerait aucun rôle. Abbas « se dit prêt à accueillir la bande de Gaza, que le Hamas a si facilement réussi à lui prendre en 2007. Comme c’est gentil de sa part », a-t-il ironisé dans un message publié sur le réseau X.
Saar a de surcroît accusé Abbas de ne pas « combattre le terrorisme », alors que c’est « sur cet engagement que l’Autorité palestinienne a été fondée ».
« Aux occidentaux, il vend de belles paroles. Mais que son propre peuple tire les conclusions de la clé qu’il porte à la boutonnière de son costume », a ajouté Saar, qualifiant ce pin’s de « symbole de l’invasion – et de la destruction – d’Israël par les descendants des Arabes qui ont quitté le pays en 1948 ».
« Israël ne se laissera pas duper une nouvelle fois », a-t-il souligné.
Saar a par ailleurs réitéré les critiques formulées en début de semaine par le ministère des Affaires étrangères, qui fustigeaient le pin’s qu’arborait Abbas lors de son discours en vidéo devant l’ONU, lundi.
Les descendants des Palestiniens qui ont fui ou qui ont été chassés de leurs foyers pendant la guerre d’indépendance d’Israël de 1947-1949 portent ou arborent parfois des clés comme symbole de leur fort désir de retourner dans leurs foyers, le droit au retour marquant autrefois un point de discorde majeur dans les initiatives, longtemps moribondes, visant à parvenir à un accord entre Israéliens et Palestiniens.
Selon Israël, autoriser le retour des Palestiniens entraînerait un afflux de population menaçant le caractère juif et démocratique de l’État, et exigerait que les enfants et petits-enfants de ceux qui sont partis ne soient plus considérés comme réfugiés.







