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A Pittsburgh, des manifestants demandent à Trump de ne pas être leur voisin

Sur des pancartes, les habitants du quartier de Squirrel Hill se sont inspirés de son célèbre habitant, Fred Rogers, et ils ont présenté à Trump une liste de doléances

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" ,, le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" ,, le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" ,, le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" ,, le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    A la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
  • Pittsburgh natives Will Wenger (à gauche) et Ian Price, nés à Pittsburgh, lors de la marche anti-Trump  "Pittsburgh aime tous nos voisins" , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
    Pittsburgh natives Will Wenger (à gauche) et Ian Price, nés à Pittsburgh, lors de la marche anti-Trump "Pittsburgh aime tous nos voisins" , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

PITTSBURGH — Un collectif de punks aux cheveux violets, de personnes âgées aux cheveux blancs et de tout ce qu’un quartier diversifié peut finalement compter en termes d’habitants a défilé mardi, chantant des psaumes, dans le quartier natal de l’animateur télé américain Fred Rogers pour protester contre l’arrivée imminente du président Donald Trump suite à la tuerie qui avait eu lieu, trois jours auparavant, dans une synagogue de Squirrel Hill.

Parrainée par l’organisation de « résistance juive » autoproclamée Bend the Arc, la marche a rassemblé des centaines voire des milliers de personnes, selon les organisateurs, lors d’une journée froide quoique ensoleillée, alors que les trois premières cérémonies de funérailles des victimes avaient eu lieu dans la matinée.

Le thème du défilé était « Pittsburgh aime tous nos voisins » – un clin d’oeil à son voisin le plus célèbre, le génie des émissions pour enfants Fred Rogers. Des intervenants ont pris la parole, issus de Bend the Arc et d’autres organisations de gauche – notamment de la branche de Pittsburgh de la Women’s March de Washington, du mouvement anti-occupation IfNotNow, de l’organisation LGBTW de la Delta Foundation, et des groupes de résistance juifs, Torah Trumps Hate.

Avant la marche qui a traversé le quartier de M. Rogers, les organisateurs de Bend the Arc ont lu une lettre ouverte à Trump, faisant part, sous des applaudissements enthousiastes, des raisons pour lesquelles la présence de ce dernier n’était pas désirée à Pittsburgh par le groupe et ses partisans.

« Président Trump, vous n’êtes pas le bienvenu à Pittsburgh jusqu’à ce que vous dénonciez clairement le nationalisme blanc… Président Trump, vous n’êtes pas le bienvenu à Pittsburgh jusqu’à ce que vous cessiez de prendre pour cible et de mettre en péril toutes les minorités », disait la lettre.

« Président Trump, vous n’êtes pas le bienvenu à Pittsburgh jusqu’à ce que vous cessiez vos agressions à l’encontre des immigrants et des réfugiés… vous n’êtes pas le bienvenu à Pittsburgh jusqu’à ce que vous vous engagiez dans des politiques démocratiques et compatissantes qui reconnaissent la dignité de chacun de nous », poursuivait-elle.

Une liste similaire de demandes écrites par Bend the Arc a été largement partagée sur les réseaux sociaux au cours des derniers jours et elle avait recueilli, à l’heure de la publication de cet article, plus de 80 000 signatures.

Lors de la marche anti-Trump « Pittsburgh aime tous nos voisins », le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Certains portaient la kippa – hommes et femmes – et un grand nombre de manifestants portaient la panoplie des Steeler – la « réelle » religion de Pittsburgh (ville qui s’est construite sur le commerce de l’acier), a expliqué une femme. Si l’assistance était interconfessionnelle et diversifiée, elle présentait toutefois un point commun : l’opposition et la défiance à l’encontre de Trump.

Dans le défilé, on pouvait voir des panneaux allant de « Love Trumps Hate » (« l’amour l’emporte sur la haine »), « Vecteur en chef de la haine » à « Donnez-nous vos pauvres, vos exténués »- un verset du poème écrit sur le socle de la statut de la Liberté.

La majorité des pancartes étaient réalisées à la main. D’autres, plus artisanales encore, au dos de boîtes à pizza. Certaines étaient soigneusement imprimées, comme celles illustrées de 11 bougies représentant les victimes de la fusillade. Un grand nombre disait simplement : « Votez ».

En costume et en cravate – une tenue qui tranchait lors de l’événement – l’avocat des droits civils Stephen Pincus a participé, en compagnie de sa famille, à la manifestation après avoir quitté les funérailles de celui qui était son médecin, le docteur Jerry Rabinowitz, dans la matinée.

L’avocat des droits civils de Cleveland Stephen Pincus lors de la marche anti-Trump « Pittsburgh aime tous nos voisins » du 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

« Je tente généralement de mettre en oeuvre mes convictions à travers mon travail », a commenté Pincus, qui a grandi à Pittsburgh mais qui vit dorénavant à Cleveland, où il travaille pour une agence fédérale indépendante.

Il a expliqué au Times of Israel avoir voulu participer au mouvement de protestation parce que « Trump contribue à l’atmosphère qui nous divise ».

C’est le désir d’afficher leur solidarité avec leurs voisins juifs qui a fait venir Ian Price et Will Wenger, qui résident à Pittsburgh depuis longtemps. Price a noté que c’est le chagrin qu’il a ressenti lors de la fusillade, qui a tué ses voisins juifs dans une ville comme Pittsburgh, où l’intégration ne connaît pas de problèmes, qui l’a poussé à venir.

« Cela fait tellement profondément mal, cette violence des armes en Amérique », déplore-t-il. « Cette communauté juive », ajoute-t-il, « il l’a dans son coeur en raison des liens étroits que lui et sa famille ont noués avec elle depuis des générations ».

Son compagnon, Wenger, indique avoir été extrêmement meurtri par la mort de Rose Mallinger, 97 ans, qui aura survécu à l’époque de l’Allemagne nazie pour mourir entre les mains d’un autre « nazi américain », le tireur présumé Robert Bowers.

« Notre président encourage le nationalisme en employant des mots dont il ignore la signification », assène Wenger. « Il a enhardi les néo-nazis ».

Will Wenger (à gauche) et Ian Price, nés à Pittsburgh, lors de la marche anti-Trump « Pittsburgh aime tous nos voisins » , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Une famille israélienne, une mère, un père et leur deux petites filles, ont également pris part à la marche. Le père, universitaire, déclare ne manifester que « dans des cas exceptionnels ». Ce qui est le cas avec Trump.

Ce n’est pas la seule famille à arpenter le pavé. Il y avait des douzaines de personnes poussant des landaus – et même des déambulateurs – qui ont tenu à être présentes à cette marche de deux heures. A un moment, lorsqu’une file de voitures a activé ses sirènes lors de son passage, des dizaines de personnes, à proximité du carrefour encombré, ont commencé à tourner sur elles-mêmes, scandant « Tournez le dos, tournez le dos », en présumant que Trump se trouvait au centre de cette escorte bien gardée.

Pour exprimer davantage et de manière symbolique la détresse émotionnelle ressentie et partagée par tous face à la fusillade et ce qu’ils perçoivent comme des incitations de la part de Trump faites au tireur par le biais d’un langage anti-réfugiés intolérant, les manifestants ont effectué le rituel juif de kriah – ou déchirure.

Un « kriah » symbolique ou le déchirement du chagrin ritualisé lors de la marche anti-Trump « Pittsburgh aime tous nos voisins » , le 30 octobre 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Découpant en morceaux des petits bouts de papier noir, ils les ont tenus à bout de bras pour exprimer leur chagrin et leur colère. Selon les prospectus distribués par Bend the Arc, « le kriah se fait toujours debout. L’acte de rester debout montre de la force dans un moment de souffrance ».

« Cela nous brise le coeur de savoir que nous n’en sommes qu’à la première des quatre journées déchirantes des cérémonies d’inhumation », a déclaré une intervenante de Bend the Arc. « Nous sommes ici pour former le modèle de la communauté que nous devons devenir quand elle peut exprimer ce qu’elle a de meilleur… Une communauté qui tend la main lorsqu’il y a une tragédie », a-t-elle ajouté. « Aujourd’hui, nous sommes dévastés et nous sommes noyés dans la douleur, mais nous continuerons à soutenir tout le monde dans la période de reconstruction ».

Alors qu’ils passaient devant une caserne, les manifestants ont spontanément commencé à applaudir, en criant : « Merci, merci ».

La fin de la marche a été ponctuée par une série de discours de divers intervenants qui ont tous prôné le respect et la compréhension mutuels. Un organisateur de Bend the Arc a déclaré que pour les familles qui avaient enterré leurs morts le jour-même, la shiva – le deuil initial rituel de sept jours – s’achèverait le jour des élections. Il a exhorté les manifestants à se faire entendre lors du scrutin.

« C’est la marche la plus respectueuse à laquelle j’ai jamais participé », a commenté un manifestant. Et cela a assurément été le cas – quoique en mettant de côté les nombreuses bannières qui portaient des insultes et dont certaines comparaient le président américain avec les nazis.

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