A Tel Aviv, les militants des partis en lice trouvent des terrains d’entente
Rechercher
Reportage

A Tel Aviv, les militants des partis en lice trouvent des terrains d’entente

Malgré une ambiance électrique, les membres de partis concurrents expliquent que l'enjeu est de trouver des moyens de vivre ensemble

Des habitants de Tel Aviv attendent de pouvoir voter dans les élections locales dans le quartier de Shapira, le 30 octobre 2018 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Des habitants de Tel Aviv attendent de pouvoir voter dans les élections locales dans le quartier de Shapira, le 30 octobre 2018 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Comme dans la majorité des bureaux de vote ouverts dans tout le pays à l’occasion des élections municipales, le bureau situé dans le quartier de Shapira, dans le sud de Tel Aviv, regorge de couleurs alors que les jeunes militants arborant une multitude d’autocollants distribuent avec animation des brochures aux électeurs potentiels.

Des mélodies religieuses accrocheuses émanent des hauts-parleurs des voitures stationnées à proximité tandis que des enfants défient, sous forme de jeu, les gardes de sécurité du centre communautaire Shapira, tentant de voir s’ils pourront pénétrer dans le bureau de vote pour y distribuer des prospectus du parti Shas avant d’être arrêtés (il est illégal de faire campagne dans un bureau de vote).

Près de l’entrée, deux militants du parti Meretz d’extrême-gauche et du parti du Sud de la ville de Suzy Cohen-Zemach partagent une table. Les deux formations sont les deux extrêmes du spectre politique, mais les deux militants, rémunérés par leurs partis respectifs pour faire campagne devant les bureaux de vote jusqu’au bout, se découvrent une quantité surprenante de terrains d’entente pendant les heures passées à attendre les électeurs.

« C’est une journée importante pour la société israélienne. Il y a beaucoup d’action », explique Nir Simon, militant du Meretz âgé de 28 ans, qui vit à Jaffa, alors que Sasi Ben Menachem, âgé de 43 ans, qui représente le parti de Cohen-Zemach, accroche un poster derrière eux. « Je n’ai pas les mêmes opinions qu’eux », dit-il, en désignant Ben Menachem d’un geste de la main, « mais il faut aller les voir et discuter ».

« C’est important de sortir pour rencontrer d’autres personnes, même si on ne sera peut-être pas d’accord avec elles. Parce qu’on est tous les deux convaincus en revanche que la société israélienne est en train de se désintégrer », dit Ben Menachem.

Une famille regarde les prospectus des partis représentés lors des élections locales aux abords du bureau de vote de Shapira, dans le sud de Tel Aviv, le 30 octobre 2018 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Le Meretz occupe actuellement six sièges au conseil municipal de Tel Aviv. Cohen-Zemach est, pour sa part, l’unique représentante de la formation Sud de la ville au conseil. La principale proposition de son parti est la création d’un sud de Tel Aviv plus fort, en faisant partir les demandeurs d’asile africains des quartiers. Les militants de son mouvement, notamment de l’observatoire des citoyens de la gare routière centrale, ont utilisé des tactiques controversées durant des manifestations contre les demandeurs d’asile, et ils ont été accusés de violences contre les migrants et de harcèlement verbal des enfants africains qui, pour certains, n’étaient âgés que de quatre ans.

Le sud de Tel Aviv est une zone défavorisée qui a traditionnellement été négligée par la municipalité. Ses infrastructures s’effondrent et les quartiers sont surpeuplés, avec l’afflux, au cours de la dernière décennie, d’approximativement 30 000 demandeurs d’asile africains.

Simon explique qu’il estime que les élections locales offrent l’opportunité rare à des adversaires sur l’échiquier politique de s’unir autour d’inquiétudes partagées concernant la ville dans laquelle ils vivent. « Habituellement, j’ai vraiment beaucoup de mal avec l’idéologie de HaBayit HaYehudi », note Simon. « Mais en étant ici, j’ai rencontré la famille du candidat [Haïm Goren] et j’ai constaté qu’en fait, ils veulent exactement les mêmes choses pour le quartier dans lequel ils vivent », dit-il. « Avec les élections locales, il y a un sentiment plus grand de responsabilité partagée ».

Les militants du parti des « Croyants », plus ou moins rattaché à la formation nationale-religieuse HaBayit HaYehudi, aux abords d’un bureau de vote dans le quartier de Shapira, au sud de Tel Aviv, pendant les élections locales du 30 octobre 2018 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Ben Menachem déclare que lui et Simon se sont accordés sur un certain nombre de problèmes, et notamment sur les défaillances des transports publics à Tel Aviv. « Il faut qu’on aille dans le monde et qu’on trouve des idées créatives dans d’autres pays pour les transports publics, plutôt que de rester les bras croisés sur le banc d’un arrêt de bus en attendant que le tunnel du tramway soit terminé », dit-il.

Ben Menachem explique que les élections nationales, qui décident des questions plus importantes en termes de politique, entraînent bien plus de divisions. « C’est bien moins spectaculaire aujourd’hui », dit-il, évoquant l’humeur plutôt joviale des activistes et des électeurs qui entrent dans le centre communautaire. « Le scrutin local peut néanmoins avoir un impact plus fort sur le quotidien des résidents », ajoute Simon.

Des habitants de Tel Aviv attendent de pouvoir voter lors des élections locales dans le quartier de Shapira, le 30 octobre 2018 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

« La question est : comment pouvons-nous conserver cette atmosphère au cours d’une élection nationale ? », s’interroge Simon. « Parce qu’en fin de compte, on va tous continuer à vivre ici, ensemble ».

« Ce n’est pas seulement la question d’un parti qui va ‘gagner’, » ajoute-t-il. « Car si on regarde une élection seulement sous cet angle, cela contribuera à nous faire tous perdre en tant que société ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...