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A Villepinte, violences et tensions au premier meeting d’Eric Zemmour

Le candidat extrémiste a été empoigné par un participant ; des militants SOS Racisme ont été agressés tandis qu'une équipe de journalistes a été mise à l'abri

Le journaliste français d'extrême droite et candidat à la présidentielle de 2022, Eric Zemmour, présente le nom de son nouveau parti "Reconquête !" lors de son premier meeting de campagne à Villepinte, près de Paris, le 5 décembre 2021. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)
Le journaliste français d'extrême droite et candidat à la présidentielle de 2022, Eric Zemmour, présente le nom de son nouveau parti "Reconquête !" lors de son premier meeting de campagne à Villepinte, près de Paris, le 5 décembre 2021. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

La justice française a annoncé lundi l’ouverture d’une enquête sur les violences qui ont éclaté lors du premier meeting de campagne pour l’élection présidentielle du polémiste d’extrême droite Éric Zemmour. Une enquête a été ouverte sur « les faits de violences commis à l’intérieur du meeting » et confiée à la police du département de Seine-Saint-Denis, où se trouve Villepinte, a indiqué le parquet.

Equipe de journalistes brièvement mise à l’abri, violences contre des militants de SOS Racisme : le premier meeting a en effet été émaillé d’une série d’incidents, au milieu d’une foule de partisans allant d’anciens fillonistes à des royalistes.

Avant les premiers discours, au Parc des expositions de Villepinte, le ton monte brutalement contre une équipe de l’émission Quotidien (TMC-TF1), connue pour son traitement sarcastique de la politique.

Alors qu’ils interrogent des participants, des journalistes sont pris à partie par un petit groupe de jeunes supporters du candidat d’extrême droite, puis hués par une foule de plus en plus dense au cri de « Tout le monde déteste Quotidien ».

« Bande de vendus », entend-on aussi dans les travées. La sécurité doit intervenir précipitamment pour les mettre brièvement à l’abri.

« La sécurité a surréagi. Ils sont revenus. Il n’y a eu aucune violence », assure l’équipe de communication du candidat.

Après une série d’interventions de soutiens à la tribune, Eric Zemmour arrive dans la salle vers 17H30. Au milieu d’une foule en liesse, un individu l’empoigne. « L’agresseur » est aussitôt exfiltré, indique l’équipe d’Eric Zemmour. Puis interpellé par la police. L’entourage du candidat dira dans la soirée qu’il souffre d’une blessure au poignet et s’est vu prescrire neuf jours d’ITT.

Au début du discours du candidat, une dizaine de militants de SOS Racisme, dissimulés dans le public, dévoilent des vêtements pour dire « non au racisme ». Des violences éclatent. Ils reçoivent des coups et sont visés par des jets de chaises, selon la vidéo diffusée par l’association antiraciste. Plusieurs courses-poursuites ont lieu à l’arrière de la salle pour les exfiltrer, dans une grande confusion.

Certains participants du meeting se dissimulent le visage, visiblement décidés à en découdre. La situation revient au calme au bout d’une dizaine de minutes.

Un membre de la sécurité évoque « quelques militants antifas » exfiltrés, leur reprochant d’avoir voulu semer le trouble.

« Militants agressés »

« On voulait faire une action non violente, j’insiste non violente. Les gens se sont levés pour nous frapper », assure Aline Kremer de SOS Racisme. Selon un journaliste de l’AFP, au moins deux personnes saignent.

« Cela fera l’objet de plaintes de la part de militants agressés pour déterminer qui sont les agresseurs et qu’ils répondent de leurs actes », prévient le président de SOS Racisme Dominique Sopo.

Ces personnes de SOS « n’avaient pas à être là, il ne faut pas venir faire de provocation dans notre salle », réagit de son côté Antoine Diers, un membre de l’équipe de campagne d’Eric Zemmour.

La candidate LR à la présidentielle Valérie Pécresse, son concurrent défait Eric Ciotti, le président LR du Sénat Gérard Larcher et le porte-parole du RN Sébastien Chenu ont aussi tous qualifié lundi de « provocation » la présence de militants de SOS Racisme au meeting d’Eric Zemmour la veille, agressés par des participants.

« Il faut garder son sang-froid. Il faut à la fois une liberté d’expression; moi je suis pour la liberté d’expression de tous ceux qui ne pensent pas comme moi (…) Les provocations dans les meetings, ça existe, c’est jamais agréable, j’en ai eu comme tout le monde », a expliqué Mme Pécresse sur France Inter, en exhortant à « savoir les vivre avec sang-froid ».

« Et il faut surtout bannir la violence des meetings le plus possible dans les deux cas, parce que vous savez que l’extrême gauche peut parfois être ultra-violente dans un meeting », a-t-elle ajouté.

Le finaliste du congrès LR et député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a de son côté estimé sur France Bleu Azur que la présence des militants de SOS Racisme, « c’est de la provocation, forcément c’est chercher l’affrontement ».

Il a aussi déploré que « Eric Zemmour ait été agressé, attaqué », alors que le candidat d’extrême droite aurait été blessé au poignet par un individu l’ayant empoigné juste avant qu’il ne monte sur scène, selon son équipe.

Pour Gérard Larcher, « toutes les violences sont inadmissibles, et le droit à manifester est essentiel. Mais en même temps, la provocation dans une réunion peut inciter à cela (des violences, NDLR). Donc je crois qu’il faut que chacun retrouve les voies de l’apaisement », a estimé le président du Sénat sur franceinfo, appelant à « respecter la liberté d’expression, comme la liberté et le droit de manifester ».

A l’extrême droite, le porte-parole du RN Sébastien Chenu a condamné sur France 2 « toutes les formes de violences ». Mais « d’un autre côté, imaginez Génération identitaire allant dans un meeting de Jean-Luc Mélenchon. Sincèrement, il y a un côté provocation inutile destinée, probablement, à perturber », a-t-il ajouté, jugeant qu’aller « dans les meetings de ses adversaires pour semer la pagaille » n’était « pas responsable ».

Il a estimé qu’Eric Zemmour devait « pouvoir s’exprimer librement, car il représente quelque chose dans le pays », tout en réitérant son appel à ce qu’il rejoigne la candidate du RN Marine Le Pen.

Demonstrators hold flares during a protest against French far-right 2022 presidential candidate Eric Zemmour in Paris, on December 5, 2021 on the day of his first official campaign rally. (Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP)

En début d’après-midi, quelque 2 000 manifestants avaient défilé dans les rues de Paris pour « faire taire » Eric Zemmour. Le cortège a terminé son parcours dans le calme à la Porte de la Villette, au nord de la capitale, là où devait initialement tenir son meeting le candidat d’extrême droite. Des militants hostiles au candidat d’extrême droite s’étaient aussi regroupés à Villepinte, où 57 personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police.

En dépit de ces incidents, le meeting peut se tenir selon son déroulé prévu : il est rythmé par plusieurs Marseillaise ou le slogan « on est chez nous », régulièrement présent chez la concurrente d’extrême droite Marine Le Pen (RN). Le nom du nouveau parti d’Eric Zemmour s’affiche en grand : « Reconquête ! »

Sur les sièges, un tract présente le candidat, qui va « mettre fin à l’invasion migratoire » et « dénonce l’effondrement de l’Education nationale ».

Avec comme logo un rameau d’olivier – le sens du nom Zemmour en berbère -, son nouveau parti a été baptisé « Reconquête ! », un nom qui peut évoquer la « reconquista » chrétienne espagnole au Moyen Âge. L’adhésion a été fixée à 30 euros.

Eric Zemmour a fustigé « le mondialisme », « le vivre-ensemble » et « l’immigration de masse ». Mais a contesté être « fasciste », se disant « le seul à défendre la liberté de penser », ou « misogyne », en rendant hommage à sa mère qui lui a « transmis un amour immodéré de la France ». Même récusation d’être « raciste » alors qu’il veut « défendre un héritage ».

Le candidat a salué le « courage » de ses troupes alors que « la meute est désormais lancée à (s)es trousses ». « Mes adversaires veulent ma mort politique, les journalistes veulent ma mort sociale, et les djihadistes veulent ma mort tout court ».

Il s’est dit « prêt à prendre les manettes » du pays pour répondre à deux « craintes » qui « hantent les Français », « celle du grand déclassement (…) et celle du grand remplacement avec l’islamisation de la France et l’immigration de masse ». Il a promis une « immigration zéro » et la « réindustrialisation » de la France.

Quelque 900 jeunes du mouvement militant « Génération Z » étaient présents, selon son président Stanislas Rigault, qui a défendu en tribune une génération qui « refuse de plier son genou devant des mœurs étrangères ».

Dans la salle, Martine, comptable de 70 ans, est une ancienne « filloniste ». Elle est devenue « fan » d’Eric Zemmour « quand il était sur (la chaîne) CNews ». « Je suis d’accord avec lui, la France part en couilles », dit celle qui vient de voter Eric Ciotti au congrès LR, mais s’apprête à quitter pour la première fois les rives de la droite traditionnelle.

Eric Zemmour, dont le calendrier était calqué sur le congrès des LR, a aussi attaqué la nouvelle candidate de LR qui, comme son « mentor » Jacques Chirac, « promettra tout et n’obtiendra rien ».

Valérie Pecresse au siège du parti conservateur Les Républicains après avoir été élue candidate du parti à la présidentielle, le samedi 4 décembre 2021, à Paris. (Crédit : AP Photo/Rafael Yaghobzadeh)

Dans les travées, beaucoup comme l’ex-RN Antoine louent « l’union des droites » que permet selon eux leur candidat.

Au milieu d’un nuée de drapeaux français, plusieurs participants arborent le drapeau de leurs régions. « Proche du mouvement traditionaliste et royaliste », un jeune souligne son attachement à la Picardie et espère que son candidat en fera davantage pour le régionalisme.

Sa compagne, Loménie, croit en Eric Zemmour pour lutter contre « l’insécurité que subissent les femmes ». « Je me suis fait cracher dessus il y a quelques mois par des personnes qui étaient pour la plupart issues de l’immigration », dénonce-t-elle, avant d’applaudir son champion, alors que le candidat est accusé de misogynie.

Il a notamment écrit un essai férocement anti-féministe et misogyne.

Alors qu’une enquête de Mediapart datée d’avril dernier évoquait des SMS grivois et salaces et des gestes déplacés, le polémiste justifiait ce genre d’attitudes dans Le Premier sexe, ouvrage qui l’a fait connaître, en 2006. « Le poil est une trace, un marqueur, un symbole. De notre passé d’homme des cavernes, de notre bestialité, de notre virilité, il nous rappelle que la virilité va de pair avec la violence, que l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant », écrivait-il.

Présentant son livre comme « un traité de savoir vivre viril à l’usage de jeunes générations féminisées », il justifiait par la même occasion et par ces mots les violences sexuelles : « Un garçon, ça va, ça vient, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça n’a pas de forteresses imprenables, mais seulement mal assiégées. »

Ce premier meeting permet de mesurer les ralliements, alors que l’organisation est critiquée en interne pour sa fragilité et que des militants plus radicaux ont intégré la campagne.

Le financier Charles Gave a retiré son soutien et le souverainiste Philippe de Villiers n’était pas présent dimanche.

Mais plusieurs personnalités de la Manif pour tous, opposées au mariage homosexuel, sont venues: l’ex-député conservateur Jean-Frédéric Poisson s’est félicité d’avoir avec d’autres « installé les enjeux de civilisation au cœur de la campagne présidentielle ».

Laurence Trochu, présidente du Mouvement conservateur, associé jusqu’à présent à LR, a dénoncé la « décomposition idéologique de la droite » tandis que la figure des « gilets jaunes » Jacline Mouraud a dénoncé la « mondialisation heureuse, cheval de Troie des étrangers ».

Eric Zemmour se rendra mardi en région lyonnaise.

A LIRE – Eric Zemmour : « son » judaïsme, « son » identité française et toutes ses polémiques

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