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A Washington, Smotrich vante l’unité sur fond de manifestations anti-gouvernement

Le ministre des Finances a répété que son appel à anéantir une ville palestinienne a donné "une fausse impression" ; les expatriés israéliens et d'autres ont protesté à l'extérieur

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Les Juifs américains et les expatriés israéliens manifestent contre le ministre des Finances Bezalel Smotrich aux abords du Grand Hyatt Hotel à Washington, le 12 mars 2023. (Crédit :  Jacob Magid/Times of Israel)
Les Juifs américains et les expatriés israéliens manifestent contre le ministre des Finances Bezalel Smotrich aux abords du Grand Hyatt Hotel à Washington, le 12 mars 2023. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

WASHINGTON — En visite aux États-Unis – où sa venue a entraîné des réactions pour le moins hostiles – le ministre des Finances Bezalel Smotrich a lancé une offensive de charme, dimanche, disant aux investisseurs américains qu’il regrettait d’avoir appelé à « anéantir » la ville de Huwara, en Cisjordanie, et qu’il s’engageait à protéger « les vies de tous les innocents, Juifs et Arabes » alors que plusieurs centaines de Juifs américains et d’expatriés israéliens protestaient contre sa présence à l’extérieur.

Smotrich s’est exprimé devant environ 150 leaders de l’organisation Israel Bonds lors d’un dîner de gala privé, tentant d’obtenir un soutien continu en faveur de l’économie israélienne malgré les informations faisant état d’une fuite des fonds placés dans le pays en raison du plan de refonte judiciaire qui est avancé par le gouvernement de droite, d’extrême-droite et religieux du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Au milieu de son discours prononcé en anglais lors du gala, dans la soirée de dimanche, Smotrich a évoqué ce qu’il a qualifié de « sujet que personne n’ose aborder ».

« Comme je l’ai déjà dit et déjà écrit, comme je vous le répète aujourd’hui avec un regret sincère, mes propos au sujet de Huwara ont donné une impression qui est complètement fausse », a-t-il affirmé. « Je me tiens devant vous, aujourd’hui, fort de mon engagement de toujours à l’égard de la sécurité d’Israël, à l’égard de nos valeurs partagées et à l’égard de la promesse faite par toutes nos forces armées de protéger toutes les vies des innocents, Juifs et Arabes ».

Il y a moins de deux semaines, Smotrich avait été interrogé pour savoir pourquoi il avait « liké » un tweet qui appelait « à anéantir le village de Huwara dès aujourd’hui » en référence à une ville palestinienne où deux frères israéliens avaient été abattus lors d’un attentat terroriste et où des centaines de partisans extrémistes du mouvement pro-implantation s’étaient livrés à un déchaînement de violences, quelques heures plus tard.

« Parce que je pense que le village de Huwara doit être anéanti. Je pense que l’État d’Israël doit le faire », avait répondu Smotrich, qui avait ajouté que cette mission, « Dieu nous en préserve », ne devait pas être menée par des citoyens à titre privé.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich pose avec des membres de l’organisation Israel Bonds lors d’une conférence à Washington, le 12 mars 2023. (Crédit : Bezalel Smotrich/Twitter)

Des propos qui avaient entraîné l’indignation immédiate de la communauté internationale, les États-Unis estimant qu’ils étaient « répugnants » et exigeant une dénonciation de la part de Netanyahu et des autres ministres israéliens.

Trois jours plus tard, Smotrich avait rétropédalé, disant que ses paroles avaient été « un dérapage verbal » survenu dans le cadre « d’un torrent d’émotion » – une explication qui avait été saluée par Netanyahu.

Mais pour un grand nombre – en particulier au sein de la communauté juive américaine – le mal avait été fait. Ainsi, 73 organisations juives libérales, aux États-Unis, ont signé un engagement à ne pas recevoir Smotrich et trois d’entre elles avaient demandé à l’administration Biden de ne pas lui délivrer de visa pour entrer dans le pays. Ces groupes se sont par ailleurs rassemblés, dimanche, devant le Grand Hyatt Hotel où Smotrich prenait la parole lors de la conférence d’Israel Bonds, qui vend des obligations israéliennes aux investisseurs, à l’étranger.

Pour sa part, la Maison Blanche s’est contentée, la semaine dernière, de faire savoir qu’aucun responsable du gouvernement ne rencontrerait le ministre des Finances pendant son séjour.

Parmi les organisations qui boudent Smotrich, plusieurs groupes juifs mainstream – dont la CoP (Conference of Presidents), les JFNA (Jewish Federations of North America), l’AJC (American Jewish Committee), l’AIPAC et l’ADL (Anti-Defamation League) qui se sont malgré tout abstenus de signer des déclarations en soutien au boycott de Smotrich. La Coalition juive républicaine et l’organisation Christians United for Israel ont, elles aussi, signalé qu’aucune rencontre n’avait été prévue avec Smotrich.

Smotrich avait indiqué, la semaine dernière, qu’il devait s’entretenir avec un directeur du Fonds monétaire international et avec des représentants de la Chambre de commerce américaine – mais ces rendez-vous ont été annulés suite à ses propos au sujet de Huwara, a noté de son côté la chaîne publique Kan.

Seules l’Orthodox Union et la ZOA (Zionist Organization of America), une organisation de droite, ont indiqué qu’elles rencontreraient Smotrich pendant ses trois jours passés à Washington et à New York.

Alors que le ministre des Finances prenait la parole à l’intérieur, plusieurs manifestations simultanées contre la présence du ministre des Finances ont eu lieu aux abords du Grand Hyatt. Du côté ouest du bâtiment, plusieurs centaines d’expatriés israéliens et de Juifs américains ont scandé des slogans dénonçant Smotrich, le projet de réforme du système judiciaire israélien avancé par le gouvernement et les politiques de ce dernier à l’égard des Palestiniens.

Des Juifs américains et des expatriés israéliens manifestent contre le ministre des Finances Bezalel Smotrich aux abords du Grand Hyatt à Washington, le 12 mars 2023. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Devant la façade Nord de l’hôtel, le groupe d’extrême-gauche Jewish Voice for Peace a rassemblé plus de 60 personnes qui ont appelé au boycott d’Israël, accusant l’État juif de pratiquer l’apartheid à l’égard des Palestiniens.

Un nombre similaire de membres de l’organisation, elle aussi d’extrême-gauche, If Not Now Jewish, s’est réunie aux abords de la Maison Blanche avant de marcher vers le Grand Hyatt, se positionnant du côté Ouest du bâtiment, deux voitures de patrouille de police les séparant d’un regroupement pro-israélien.

Une bonne dizaine de membres du groupe sont parvenus à pénétrer dans le bâtiment, cherchant à interrompre le discours prononcé par Smotrich. Ils ont échoué à pénétrer dans la salle de réception et If Not Now a indiqué que sept de ses membres avaient été arrêtés.

Les intervenants qui ont pris la parole lors de la manifestation des expatriés israéliens et des Juifs américains libéraux ont exprimé leur solidarité avec les centaines de milliers de protestataires anti-Netanyahu qui sont descendus dans les rues, sur tout le territoire israélien, pour faire part de leur opposition au plan de réforme radical du gouvernement. Les manifestants, à Washington, se sont appropriés le slogan « Dé-mo-cra-tie » qui est celui, depuis dix semaines, des citoyens israéliens en lutte contre le projet de refonte du système de la justice au sein de l’État juif et contre le gouvernement de la ligne dure.

« A nos frères et sœurs israéliens, nous vous le disons : Nous sommes à vos côtés, à chaque instant, dans votre combat contre l’homophobie, contre l’extrémisme et en faveur de la démocratie, de la tolérance, de l’égalité et des droits de l’Homme », a déclaré Susie Gelman, présidente du conseil d’administration du Israel Policy Forum, de centre-gauche. « Nous sommes ici, ce soir, parce que l’homophobie et l’extrémisme de Bezalal Smotrich ne représentent pas et ne doivent pas représenter les valeurs des Israéliens et des Juifs du monde entier. »

Smotrich est connu pour des propos tenus de manière répétée, dans le passé, contre la communauté LGBT, les Arabes, les Palestiniens et les Juifs orthodoxes. Il a présenté ses excuses pour certains.

Mais ses dernières paroles au sujet de Huwara sont parvenues à unir à la fois les sionistes brandissant le drapeau israélien et les anti-sionistes mettant en avant les couleurs palestiniennes devant le Grand Hyatt Hotel, dimanche soir.

La directrice-générale de Truah, Jill Jacobs, prend la parole lors d’une manifestation contre le ministre des Finances Bezalel Smotrich devant le Grand Hyatt hotel à Washington, le 12 mars 2023. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Les deux groupes ont tenu à critiquer le traitement des Palestiniens par Israël, même si les paroles à ce sujet ont été largement prononcées par les intervenants Juifs américains libéraux, les expatriés israéliens ayant choisi de consacrer leurs allocutions au projet de réforme judiciaire.

« Je sais que vous êtes venus ici aujourd’hui parce que vous savez qu’ici même, dans notre Amérique paisible… Alors que nous allons tous au bureau, que nous rentrons chez nous, que nous allons à nos synagogues, dans nos centres communautaires… Le gouvernement, en Israël, est en train de mener un coup d’état judiciaire agressif, violent, illégal », s’est insurgé Offir Gutelzon, un Israélo-américain qui vit dans la région de San Francisco. Gutelzon et d’autres expatriés ont récemment formé le groupe UnXeptable pour protester contre le gouvernement israélien, et ils ont aidé à organiser le mouvement de protestation de dimanche.

« Une manifestation contre le gouvernement israélien à laquelle participe un si grand nombre de nos frères et de nos sœurs, ici, en Amérique – j’ai conscience que ce n’est pas naturel, j’ai conscience du fait que cela va à l’encontre de notre ADN mais nous savons tous que nous sommes dans une situation d’urgence », a-t-il ajouté, se référant apparemment à une tradition politique israélienne de longue haleine qui consiste à ne pas laver son linge sale en public depuis l’étranger.

Des membres de Jewish Voice for Peace manifestent contre le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, aux abords du Grand Hyatt hotel à Washington, le 12 mars 2023. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Les opposants en Israël à la refonte judiciaire qui restreindrait de manière radicale le pouvoir de la Cour suprême se sont efforcés d’exclure les drapeaux palestiniens des rassemblements de manière à ne pas effrayer les citoyens de droite qui seraient malgré tout désireux d’exprimer leur mécontentement.

Mais les intervenants qui ont pris la parole au rassemblement pro-Israélien dénonçant la présence de Smotrich à Washington ont fait la démonstration de la nature plus pacifiste des Juifs américains qui, pour un grand nombre, ne souhaitent pas faire la distinction entre leur soutien aux droits des Palestiniens et leur soutien à une démocratie israélienne forte.

« Quand nous parlons de démocratie, nous devons aussi parler d’occupation et de droits des Palestiniens », a ainsi commenté Jill Jacobs, présidente du groupe rabbinique de défense des droits de l’Homme Truah.

Malgré les différences politiques sur la question palestinienne, les expatriés israéliens et les Juifs américains libéraux se sont donc unis pendant la soirée pour manifester ensemble alors qu’à l’intérieur, Smotrich vantait les valeurs d’unité, adoptant un ton plus conciliant que cela n’a été le cas jusqu’à présent.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre des Finances Bezalel Smotrich arrivant pour une réunion au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 23 février 2023. (Crédit : Kobi Gideon/Bureau du Premier ministre)

« Le judaïsme a toujours connu des controverses. On peut dire que le judaïsme s’est même bâti sur des controverses. Nous ne devons pas avoir peur des désaccords. Au contraire, ils nous enrichissent », a dit Smotrich.

« Il y a parmi nous des religieux et des laïcs, des réformés, des massortis, des non-affiliés et encore d’autres, a-t-il ajouté. « Nous avons de grandes différences mais nous ne devons pas oublier à un moment que nous sommes tous des frères ».

« Malgré toutes les différences, malgré les nombreuses couleurs qui constituent la mosaïque juive, nous ne formons qu’un », a-t-il continué, notant que tous avaient le même objectif de « tikkun olam » – ou de réparation du monde – un mot d’ordre pour de nombreux Juifs américains progressistes qu’il avait méprisés dans le passé.

« Je n’ai aucun doute sur le fait qu’ensemble, nous réussirons », a-t-il poursuivi.

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