Abbas appelle l’UE à reconnaître « rapidement » l’indépendance de la Palestine
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Abbas appelle l’UE à reconnaître « rapidement » l’indépendance de la Palestine

En parallèle du discours de Mike Pence à la Knesset, le président de l'AP a déclaré que cette reconnaissance n'était pas en "contradiction" avec "une reprise des négociations"

Palestinian President Mahmoud Abbas (L) speaks as EU foreign policy chief Federica Mogherini listens prior to attend a EU foreign affairs council at the European Council in Brussels, January 22, 2018. Palestinian leader Mahmud Abbas on January 22 urged EU member states to "swiftly" grant official recognition to the state of Palestine as he arrived to meet foreign ministers from the bloc in Brussels.
EMMANUEL DUNAND / AFP
Palestinian President Mahmoud Abbas (L) speaks as EU foreign policy chief Federica Mogherini listens prior to attend a EU foreign affairs council at the European Council in Brussels, January 22, 2018. Palestinian leader Mahmud Abbas on January 22 urged EU member states to "swiftly" grant official recognition to the state of Palestine as he arrived to meet foreign ministers from the bloc in Brussels. EMMANUEL DUNAND / AFP

En froid avec l’administration Trump, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a appelé lundi les Etats membres de l’UE à reconnaître « rapidement » la Palestine comme un Etat indépendant, jugeant qu’il n’y avait pas de « contradiction » avec « une reprise des négociations » de paix avec Israël.

« Nous considérons vraiment l’Union européenne comme une véritable partenaire et amie et pour cette raison, nous appelons ses Etats membres à reconnaître rapidement l’Etat de Palestine », a déclaré M. Abbas, venu chercher le soutien des Européens après la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme la capitale d’Israël.

« Il n’y a pas de contradiction entre une reconnaissance et la reprise des négociations », a-t-il estimé, alors que neuf pays de l’UE ont reconnu l’Etat palestinien par le passé, une démarche que l’Union dans son ensemble n’envisage pas à ce stade.

« Ceci encouragerait le peuple palestinien à continuer d’espérer en la paix » et « ouvrirait la porte à la paix », a martelé M. Abbas.

« Malgré les obstacles que nous pouvons trouver sur notre chemin », a assuré le président de l’Autorité palestinienne, « nous sommes déterminés à continuer cette négociation car nous pensons que c’est la seule façon d’avancer pour trouver une solution négociée et faire la paix » avec Israël.

Parmi les 28 pays de l’UE, la Suède a officiellement reconnu l’Etat palestinien en 2014. Huit autres pays avaient fait cette démarche avant leur entrée dans l’UE: la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, Malte et Chypre.

Le gouvernement israélien a déjà affirmé par le passé qu’une reconnaissance unilatérale d’un état palestinien renforcerait la position palestinienne, et rendrait quasiment impossible la conclusion d’un accord de paix entre les deux parties.

M. Abbas a aussi critiqué le gel, par les Etats-Unis, d’une partie de leurs financements pour l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), estimant que cela revenait à « abandonner les réfugiés palestiniens » ou à « les appeler à quitter » les territoires palestiniens.

En accueillant M. Abbas, qui devait déjeuner avec les ministres des Affaires étrangères de l’UE, la Haute représentante pour les Affaires étrangères Federica Mogherini a redit « l’engagement ferme de l’UE envers la solution à deux Etats » (israélien et palestinien) au conflit, « avec Jérusalem comme capitale partagée ».

« Ce n’est pas le moment de se désengager », a aussi lancé Mme Mogherini alors que la direction palestinienne refuse désormais de considérer les Etats-Unis comme un médiateur « légitime » et que Mahmoud Abbas a accusé Israël d’avoir « mis fin » aux accords de paix d’Oslo (1993), censés conduire à un règlement négocié du conflit israélo-palestinien.

« Au contraire, nous pensons que les Palestiniens et Israël devraient plus que jamais faire preuve de volonté de s’engager », a-t-elle insisté.

La visite de Mahmoud Abbas à Bruxelles coïncide avec une tournée sous tension du vice-président américain Mike Pence au Proche-Orient (Egypte, Jordanie et  Israël), boycottée par les dirigeants palestiniens.

Au moment où le président palestinien s’exprimait à Bruxelles, M. Pence annonçait devant le parlement israélien que l’ambassade américaine en Israël ouvrirait à Jérusalem avant fin 2019.

C’est ce même projet, accompagné de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, qui a conduit Abbas a écarter les États-Unis et a les déclarer « inaptes » à remplir leur rôle de médiateur, un rôle qu’ils occupent depuis plus de vingt ans.

Accord d’association

Abbas cherche désormais à mettre en place un cadre international dans lequel les Palestiniens pourront prétendre à un état indépendant. Les principaux acteurs sont l’Union européenne, la Chine, les Nations unies, la Russie et la Chine.

Les Palestiniens ont déclaré que les États-Unis pourraient participer à ce processus d’établissement d’un état palestinien.

L’UE veut contribuer à relancer les négociations de paix pour sauvegarder la solution à deux Etats, mais la reconnaissance d’un état palestinien n’est pas aujourd’hui sur la table. Certains Etats-membres pourraient cependant bientôt franchir le pas, comme la Slovénie, selon des sources palestiniennes.

Tout au plus, selon des diplomates, les Européens pourraient proposer la perspective d’un « accord d’association » entre l’UE et l’AP, comme il en existe un avec Israël.

La France et l’Espagne, notamment, sont favorables à l’idée. « Nous voulons passer d’un accord intérimaire à un accord d’association et qu’on engage dès à présent un processus dans cette direction », a plaidé à son arrivée le ministre français Jean-Yves Le Drian.

« Je pense qu’on doit demander (à Abbas) de modérer la réponse aux décisions (américaines) que nous avons nous-mêmes désapprouvées. Et aider autant que nous pouvons », a argué l’Espagnol Alfonso Dastis.

« Nous n’en sommes qu’à une étape très préliminaire », a déjà prévenu un haut responsable européen, expliquant qu’un accord d’association ne pourrait être signé et ratifié qu’à condition que l’UE ait reconnu la Palestine comme un Etat indépendant.

Malgré le rappel constant des « positions inchangées » de l’UE –sur la solution à deux Etats dans les frontières de 1967, les implantations israéliennes ou le statut de Jérusalem–, les 28 ne peuvent masquer des « divergences de vue et des différences d’approche », reconnaît-on à Bruxelles.

Soutien financier

Mme Mogherini a néanmoins promis que l’UE, premier bailleur de l’AP, poursuivrait son aide financière après le gel partiel des fonds américains à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNWRA). Une sanction qui, selon M. Abbas, revient à « abandonner les réfugiés palestiniens ».

Une réunion du groupe international des donateurs pour la Palestine est programmée le 31 janvier à Bruxelles.

Si le conflit israélo-palestinien est le plat de résistance de la réunion ministérielle, les discussions ont porté aussi sur deux autres préoccupations: la Libye, où l’UE s’applique à soutenir les efforts de l’ONU pour aider des migrants retenus dans des centres de détention à retourner dans leur pays, et l’Iran, après la remise en cause par Donald Trump de l’accord nucléaire.

Les trois pays européens signataires de l’accord (France, Royaume-Uni et Allemagne) et Mme Mogherini n’ont pas révélé comment ils comptaient répondre à l’ultimatum du président américain, qui réclame d’ici le 12 mai un accord de suivi pour pérenniser certaines clauses du pacte nucléaire, mais veut aussi interdire à Téhéran de développer des missiles balistiques.

Les 28 ont également adopté lundi des sanctions contre sept hauts responsables du régime vénézuélien, en raison de la répression de l’opposition, et contre 17 Nord-Coréens impliqués dans les tests nucléaires et de missiles de Pyongyang.

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