Abdallah de Jordanie : Une annexion de la Cisjordanie aurait un « impact majeur »
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Abdallah de Jordanie : Une annexion de la Cisjordanie aurait un « impact majeur »

Disant que les liens entre les deux pays seraient fortement ébranlés, le roi a déclaré que la promesse d'annexion de la vallée du Jourdain par Netanyahu était "électorale"

Des habitations palestiniennes bédouines dans la vallée du Jourdain, le 11 septembre 2019 (Crédit :AP/Ariel Schalit)
Des habitations palestiniennes bédouines dans la vallée du Jourdain, le 11 septembre 2019 (Crédit :AP/Ariel Schalit)

Le roi Abdallah II de Jordanie a indiqué que toute annexion future par Israël de parties de la Cisjordanie aurait un « impact majeur » sur les liens entretenus par Jérusalem avec son pays et avec l’Egypte, les deux seuls Etats arabes avec lesquels l’Etat juif a signé un traité de paix, avertissant également qu’une solution à un Etat s’apparenterait à un « apartheid ».

Après la formation d’un nouveau gouvernement israélien, « chacun de nous, membres de notre région et de la communauté internationale, allons sauter sur l’occasion pour dire : ‘Pouvons-nous maintenant revenir à la solution à deux Etats ?’, » a déclaré le roi jordanien dans une interview diffusée lundi par MSNBC.

« Si c’est une solution à un Etat, comme vous [qui m’interrogez] y faites allusion, alors c’est que nous parlons d’un avenir d’apartheid en Israël. Ce qui, je le pense, serait une catastrophe pour chacun d’entre nous », a-t-il continué.

Interrogé sur l’annonce faite par le Premier ministre Benjamin Netanyahu avant les élections et portant sur l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie, Abdallah a déclaré que « je ne prends pas pour argent comptant les promesses électorales ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pointe une carte de la vallée du Jourdain dans une déclaration dans laquelle il promet d’étendre la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain et au nord de la mer Morte, à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

« Mais une déclaration telle que celle-là ne nous aide pas du tout parce que tout ce qu’elle contribue à faire, c’est encourager le narratif des pires personnalités de notre région », a-t-il dit, se référant à la promesse d’annexion de Netanyahu.

« Et ce qu’il se passe alors, c’est que nous, qui voulons la paix, nous trouvons encore davantage isolés. Si la politique est d’annexer la Cisjordanie, alors elle aura un impact majeur sur les relations entre Israël et la Jordanie ainsi que sur les relations entre l’Egypte et Israël parce que nous sommes les deux seuls pays arabes qui avons fait la paix avec Israël », a-t-il ajouté.

Abdallah a ensuite déclaré que si un « certain gouvernement » obtenait tout ce qu’il voulait sans rien offrir en échange, cela mettrait en péril la perspective d’un avenir où Israéliens et Palestiniens vivent en paix.

« Si nous parlons d’un Israël d’apartheid, avec des lois qui sont différentes pour les Juifs et différentes pour les chrétiens et les musulmans, cela continuera à remuer les braises au Moyen-Orient et à attiser les perturbations », a-t-il expliqué.

Les promesses faites par Netanyahu d’annexer certaines parties de la Cisjordanie avaient entraîné l’opprobre, les nombreuses critiques disant que de tels serments portaient un coup final à tout espoir d’une solution à deux Etats au conflit.

Le Premier ministre avait promis qu’il annexerait la vallée du Jourdain, « toutes les implantations » de Cisjordanie, les enclaves juives de Hébron et d’autres zones « vitales » non spécifiées.

Pour les critiques, les promesses de Netanyahu, si elles devaient être tenues, enflammeraient le Moyen-Orient et élimineraient tout espoir palestinien de créer un Etat séparé. Ses adversaires politiques ont clamé que ce discours sur l’annexion était un stratagème électoral, notant qu’il s’était abstenu d’annexer un territoire quel qu’il soit au cours de la décennie et plus qu’il a passé au pouvoir.

Des habitations palestiniennes bédouines dans la vallée du Jourdain, le 11 septembre 2019 (Crédit :AP/Ariel Schalit)

Au début du mois, le président français Emmanuel Macron et Abdallah avaient dit partager « la même inquiétude » sur le projet de Netanyahu, répétant qu’il « n’y a pas d’alternative à la solution à deux Etats ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a juré d’abroger tous les accords existants si Israël devait mener à bien son initiative et Amman a fait savoir qu’élargir la souveraineté porterait un coup fatal au processus de paix déjà moribond et pourrait affecter le traité de paix existant entre les pays.

La perspective de conserver le contrôle sur la vallée du Jourdain est largement soutenue en Israël. La région est considérée comme un atout sécuritaire déterminant dans la mesure où elle offre une zone-tampon face aux attaques potentielles depuis l’est.

Les Palestiniens affirment toutefois qu’il est impossible qu’un Etat indépendant n’ait pas le contrôle de sa frontière. Avec cette annexion, les Palestiniens perdraient une zone fertile qui accueille de nombreuses exploitations agricoles palestinienne et qui est l’une des seules zones restantes, en Cisjordanie, offrant des espaces ouverts favorables au développement.

L’AFP a contribué à cet article.

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