Affaire du mohel : “depuis la plainte, une vingtaine d’autres victimes se sont manifestées”
Rechercher
Interview

Affaire du mohel : “depuis la plainte, une vingtaine d’autres victimes se sont manifestées”

Maître Elie Korchia est l'avocat des victimes du circonciseur accusé d'attouchements sexuels et de viols. Il revient sur l'affaire pour le Times of Israël

L'avocat Elie Korchia (Crédit: droits réservés)
L'avocat Elie Korchia (Crédit: droits réservés)

Maître Elie Korchia, avocat spécialisé dans les affaires pénales et civiles, défendra les parties civiles victimes du circonciseur accusé d’attouchements sexuels et de viols sur des femmes lui ayant confié la circoncision de leur enfant. Me Korchia est également vice-président du Consistoire de Paris et secrétaire-rapporteur du Consistoire Central.

Le circonciseur, profitant de visites de contrôle, aurait argué d’examens médicaux pour abuser de ces femmes.

Times of Israël: A quand remontent les premiers faits dont est accusé ce circonciseur exerçant depuis de nombreuses années, sur Paris et sa région ?

Maître Elie Korchia : En fait, on est sur un dossier qui s’étale sur un certain nombre d’années : sur plus de trente ans. Certains faits sont donc prescrits.

On ne sait pas si sur cette période il a agi de la sorte de manière continue. C’est très diffus, et nous n’avons aucune certitude. D’autre part, le secret de l’instruction m’oblige à une certaine prudence.

Comment l’affaire a-t-elle débuté ?

Le dossier est sorti car six femmes, à partir de discussions sur les réseaux sociaux, se sont aperçues qu’elles avaient subi les mêmes faits. Elles m’ont ensuite contacté.

Dès que j’ai entendu ce qu’elles avaient vécu, je me suis mis à leur côté, et je les ai accompagnées dans leur démarche. Ces six femmes là ont eu le courage d’aller au bout. Ce sont six femmes vraiment formidables, qui ont maintenu un contact entre elles aujourd’hui encore.

J’ai décidé de prendre ce dossier pro bono [gratuitement, NDLR], je ne pouvais pas rester insensible a leur souffrance.

Depuis la médiatisation de l’affaire, d’autres victimes vous ont-elles contacté ?

Beaucoup d’autres femmes se sont manifestées, une vingtaine, mais en seule qualité de témoins, pas de parties civiles, car pour la grande majorité d’entre elles les faits sont prescrits. Les agressions sexuelles sont prescrites au bout de trois ans et les viols au bout de dix ans.

Mais je pense que le fait que le dossier soit en instruction va permettre à d’autres femmes de libérer leur parole.

Comment vont-elles ?

Les six femmes qui ont porté ce dossier devant la police sont soulagées de voir qu’on a réussi à faire sortir le dossier, que le mohel a été interpellé puis mis en examen et qu’un procès va avoir lieu.

Que risque le mohel ?

De la prison ferme. Il est actuellement sous contrôle judiciaire. A la fin de l’instruction, il passera au tribunal, l’instruction ne fait que démarrer. Mais c’est un procès où il y aura sans doute beaucoup de témoins.

Le Consistoire, dont vous êtes également le vice-président, avait-il eu vent de ces problèmes ?

Les mohels ne répondent de leurs actes devant personne. Les victimes étaient généralement des femmes qui se sentaient un peu seules, qui étaient un peu isolées, et peu enclines à déposer plainte.

Il y a eu à l’époque des responsables qui en ont entendu parler, il y a eu des rumeurs, c’est une évidence. outre le fait qu’aucune plainte pénale n’a jamais été déposée à l’époque, il n’a pas eu de suite à ces rumeurs, etc’est évidemment regrettable au regard de ce que l’on sait désormais. Il faut ajouter que cette personne se faisait toujours passer pour un dentiste. Ces femmes pensaient donc qu’elles avaient affaire à un médecin…

Existe-il selon vous, une solution pour éviter à l’avenir de telles pratiques ?

Les circonciseurs n’ont aucune autorité hiérarchique, je vous l’ai dit, c’est le problème. Mais le Consistoire, avait pris une initiative, déjà à l’époque du grand rabbinat de Gilles Bernheim, pour encadrer les pratiques de la circoncision.

Une association des mohalim français a été mise en place, elle pourra  réunir en son sein des mohalim dont la formation sera suivie, et que les opérations soient également vérifiées par des médecins.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...