Israël en guerre - Jour 199

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Avant l’opération à Rafah, le 82e bataillon poursuit les combats à Khan Younès

Le Times of Israël a suivi les artificiers tandis que les blindés prenaient de nouveaux quartiers ; Le commandant de l'unité contraint de retirer ses propos sur les implantations à Gaza

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des soldats du 603e bataillon du génie de combat se préparent à quitter leur véhicule de transport de troupes, le 21 mars 2024. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
Des soldats du 603e bataillon du génie de combat se préparent à quitter leur véhicule de transport de troupes, le 21 mars 2024. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Cinq mois et demi après le début de la guerre contre le Hamas, les ingénieurs de combat du 603e bataillon ont vu davantage de combats que la plupart des soldats de Tsahal.

Ces jeunes soldats, qui se battent sous les ordres de la 7e brigade blindée depuis le début de l’offensive terrestre contre le Hamas, ont commencé par la ville de Gaza avant de mettre le cap au sud jusqu’à Khan Younès. Pendant la première partie de la guerre, ils ont vécu dans leur véhicule blindé de transport de troupes Namer.

Aujourd’hui, le fait de pouvoir dormir dans les maisons dévastées de Gaza est pour eux un luxe.

Les sapeurs ne se souviennent pas du nombre exact – des centaines – de structures qu’ils ont mises à bas avec leurs explosifs, et ils ne comptent pas. Ils passent du temps à l’intérieur de leur Namer à fumer, écouter de la musique ou essayer de battre le record de temps au Rubik’s cube, auquel ils se sont tous entraînés au cours de cette guerre. Certains d’entre eux sont capables de le faire en moins d’une minute.

Ce jeudi, par une fraîche et agréable journée de printemps, les soldats ne savent pas encore qu’ils poseront de nouvelles mines à l’intérieur des maisons endommagées d’Al Qarara, ville située au nord de Khan Younès.

Lorsque leur officier leur demande de préparer des explosifs alors que la trappe arrière du TTB s’ouvre, les sapeurs se redressent, fouillent dans leur casque et éteignent leur cigarette. Après être sortis par la trappe arrière et avoir traversé un mur pulvérisé, ils lancent une douzaine de lourdes mines circulaires dans la cuisine de ce qui était la maison d’une famille avant le 7 octobre dernier. L’un d’entre eux commence à dévisser des bouchons, au centre des mines, que d’autres remplissent de mastic explosif.

Ils travaillent tranquillement et efficacement : leur commandant leur indique combien de mines sont nécessaires dans chaque pièce pour abattre la structure. Une fois celles-ci en place, ils connectent des fils en plastique afin que les explosifs explosent plus tard dans la nuit.

Les sapeurs sont très concentrés sur leur tâche, ignorant les mitrailleuses des chars qui crépitent et parfois même les canons qui passent sous leurs fenêtres.

Ils ne prêtent pas davantage attention aux articles ménagers qui racontent l’histoire de la famille qui vivait là – un Coran rouge sur une chaise, les vêtements d’une pré-adolescente dans l’une des chambres, de la nourriture laissée dans le réfrigérateur. Le logo de l’UNRWA – l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, à laquelle on reproche l’implication de certains de ses membres dans l’attaque du 7 octobre – figurait sur des cahiers et des bouteilles d’huile d’olive, signe de l’importance de l’organisation dans la vie quotidienne des Gazaouis.

Leur objectif – tout du moins celui des soldats de niveau tactique – est de faire le travail rapidement et correctement, avant de remonter à bord du Namer pour quelques minutes de sommeil ou une autre cigarette avant le prochain bâtiment à détruire.

« Ce n’est pas seulement ce que veut Tsahal »

Cette forte concentration sur la mission à accomplir est partagée par le lieutenant-colonel Ofir Caspi, commandant du 82e bataillon blindé sous l’autorité duquel les ingénieurs de combat travaillent.

« Je n’ai aucune idée de la situation dans son ensemble », confie Caspi depuis la maison de trois étages qui lui sert de poste de commandement. « Quant-à savoir quand nous irons à Rafah, je n’en sais rien. »

Le commandant du 82e bataillon de la 7e brigade blindée, le lieutenant-colonel Ofir Caspi, s’adresse aux journalistes à Khan Younès, dans le sud de Gaza, le 21 mars 2024. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israël)

Les quatre derniers bataillons du Hamas se trouvent à Rafah, ville située à la frontière entre Gaza et l’Egypte. Le président américain Joe Biden a mis en garde Israël contre la conduite d’une opération de grande envergure dans cette ville surpeuplée, mais le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres dirigeants israéliens affirment que l’armée israélienne entrera à Rafah pour parachever la destruction de la structure militaire du Hamas.

Caspi, qui n’a qu’une vague idée de la date et de la proximité de la fête de Pourim, ne réfléchit pas longtemps avant de répondre à la question de savoir pour quelle raison il n’a pas encore reçu l’ordre de se rendre à Rafah.

« J’imagine qu’il y a de bonnes raisons pour lesquelles nous ne sommes pas encore à Rafah », dit-il. « La population, les civils, Joe Biden. Il ne s’agit pas seulement de ce que l’armée israélienne veut. Mais aussi de ce que veut la communauté internationale. »

Pour autant, Caspi se dit prêt à faire ce qu’on lui dira de faire dans la ville, lorsque l’ordre en sera donné. « Si on me dit d’y aller, je serai à Rafah dans l’heure avec le bataillon. Partout à Gaza, du sud au nord, de l’est à l’ouest, il suffit de demander et la 7e brigade est là. »

« On nous dit Philadelphie ? Nous y serons », se vante-t-il en parlant de la route stratégique qui sépare Gaza de l’Égypte et sous laquelle le Hamas a fait passer en contrebande une partie au moins de son important arsenal ces vingt dernières années.

Il n’est pas surprenant que Caspi – qui a été blessé trois fois pendant la guerre et qui a encore des éclats d’obus dans le corps – soit impatient d’en découdre avec les hommes armés du Hamas à Rafah.

« Je serais ravi d’éliminer le Hamas, demain matin ou dès ce soir. »

Des gens passent devant les décombres de la mosquée Al-Faruq, détruite lors de bombardements israéliens, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 mars 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Il bat en brèche l’idée selon laquelle l’armée israélienne est contrainte de retourner dans des zones déjà couvertes pour en extirper à nouveau le Hamas.

« Au sein de la 7e brigade, il n’y a pas de place pour l’amateurisme », dit-il. « Notre mission est très claire. Et nous savons exactement ce que nous faisons. »

Son bataillon sécurise le couloir menant à Gaza depuis le kibboutz Ein Hashlosha, principal itinéraire logistique pour la division 98 entrée à Khan Younès depuis le mois de décembre. Il était à l’offensive au nord de ce corridor, jeudi, pour l’étirer en se rendant dans des banlieues que l’armée israélienne n’avait pas sécurisées jusqu’alors.

Des militaires interviennent dans le complexe résidentiel du quartier de Hamad à Khan Younès, à Gaza, sur une photo autorisée à publication le 10 mars 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Ses effectifs ont également fait en sorte d’arrêter les Gazaouis qui se déplaçaient vers le nord, depuis Rafah, pour piller les maisons vides de Khan Younès – afin de déterminer s’ils cherchaient des vivres ou s’ils étaient utilisés par le Hamas pour recueillir des renseignements.

Caspi assure avoir trouvé des armes et des uniformes dans toutes les maisons fouillées, sans parler de la propagande anti-Israël, omniprésente. Il aurait même trouvé des photos de lui et de sa femme dans les rapports des services de renseignement du Hamas.

« Je pensais que c’était une organisation de rien du tout, mais croyez-moi, c’est une organisation sérieuse », affirme-t-il.

Pour autant, il pense que le Hamas est à bout de souffle en tant qu’organe de combat.

« Si nous restons là deux mois de plus, l’organisation sera finie côté combativité », assure-t-il.

Des terroristes du Hamas se rendant aux troupes de l’armée israélienne, à l’hôpital Kamal Adwan au nord de Gaza, sur une image diffusée le 14 décembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

« Ils n’ont plus la tête à ça », dit Caspi à propos des hommes armés du Hamas qui se rendent aux points d’inspection civils improvisés de Tsahal.

« Nous avons vu des centaines de terroristes qui savaient qu’ils allaient se faire prendre. Quelque part, cela les arrangeait de quitter la guerre, d’avoir de la nourriture, de s’éloigner de la merde », analyse-t-il. « D’après nos interrogatoires, nous comprenons que l’organisation est finie. »

Pour autant, il n’est pas persuadé qu’il en sera toujours ainsi.

Son « opinion personnelle », explique-t-il, est que les terroristes qui se rendent « ont bien compris qu’après la guerre, personne d’autre ne voudra être là, et que le Hamas reviendra au pouvoir », de sorte qu’ils préfèrent déposer les armes et être emprisonnés par Israël plutôt que de risquer d’être tués par le Hamas pour s’être enfuis.

Susciter la controverse sur l’avenir de Gaza

Très concentré sur sa mission actuelle, Caspi, qui s’adresse au Times of Israël et à plusieurs autres journalistes israéliens, fait part de son opinion sur une question politique polémique, à savoir l’avenir de Gaza dans l’après-guerre : « Il faut tenir le territoire. La solution, à mon avis, est de construire des implantations, mais c’est une question politique. Comment gêner durablement le Hamas ? En construisant des implantations, il sera vaincu. Si nous tuons [le chef du Hamas Yahya] Sinwar, je ne pense pas que nous aurons gagné. »

« Il y a une idéologie qui a fait son chemin ces dernières décennies [parmi les Gazaouis], selon laquelle ils doivent tuer tout le monde », assure-t-il. « Je pense que si nous tuons Sinwar, nous ne vaincrons pas l’organisation. Cela lui porterait gravement atteinte, mais quelqu’un d’autre prendrait sa place et continuerait à porter cette idéologie. Tout comme il y a des implantations en Cisjordanie, il devrait aussi y avoir des implantations ici. Il n’y a pas d’autre solution. »

Les propos de Caspi, rapportés par le Times of Israël et d’autres journalistes israéliens vendredi, lui ont valu des ennuis. Plus tard dans la journée, il a été convoqué au téléphone par le commandant de la 36e division blindée, le général de brigade David Bar Khalifa, qui l’a réprimandé pour ses « propos inappropriés, non conformes aux protocoles de Tsahal et à ce que l’on attend d’un commandant de Tsahal ».

« L’officier est revenu sur ses propos et a exprimé ses regrets », a déclaré l’armée israélienne.

À l’instar de certains membres de son cabinet de guerre, Netanyahu a répété à plusieurs reprises qu’Israël n’était pas favorable à la création de nouvelles implantations israéliennes dans la bande de Gaza.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir en visite avec le maire adjoint de Jérusalem Aryeh King avant les prochaines élections municipales, au marché de Mahane Yehuda, à Jérusalem, le 23 février 2024. (Credit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Pour autant, onze ministres et quinze députés de la coalition ont participé à une conférence, en janvier, appelant au rétablissement des implantations, le ministre ultra-nationaliste de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, appelant même à l’émigration « volontaire » des Gazaouis, et celui des Communications, Shlomo Karhi, du Likud, se disant favorable au transfert forcé de Palestiniens de Gaza.

L’actuel commandant de Caspi à Khan Younès, le commandant de la division 98, Dan Goldfus, a lui-même déclenché une controverse il y a de cela deux semaines en critiquant les dirigeants politiques devant les caméras. Lui aussi a été convoqué par sa hiérarchie pour rendre des comptes.

Le commandant de la 98e division, le général de brigade Dan Goldfus, s’adresse à la presse depuis la frontière de Gaza, le 13 mars 2024. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Malgré le peu de crédit qu’il accorde aux chances de paix avec la population de Gaza, Caspi dit accorder une attention toute particulière aux questions humanitaires, notamment à l’acheminement de carburant à l’hôpital Nasser de la ville de Gaza et aux installations de l’ONU, et à la distribution de vivres et d’eau aux civils qui fuient les combats.

« Lorsque vous combattez en milieu urbain dense, il y a forcément des populations », confie-t-il. « Nous veillons à évacuer les civils. C’est très important pour moi. »

« Je ne les déteste pas », assure-t-il. « Et nos règles d’engagement sont très claires. »

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