Alors que les Israéliens vivent plus longtemps, une crise des retraites se profile-t-elle ?
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Alors que les Israéliens vivent plus longtemps, une crise des retraites se profile-t-elle ?

D’ici 2035, le nombre de personnes âgées aura doublé dans l’Etat juif. Le système de retraite sera-t-il suffisant ?

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Un aide domestique philippin pousse un Israélien âgé en chaise roulante, le 22 avril 2009. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)
Un aide domestique philippin pousse un Israélien âgé en chaise roulante, le 22 avril 2009. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Les Israéliens vieillissent, et l’Etat d’Israël n’est peut-être pas prêt pour cela.

D’ici 2035, la population âgée d’Israël, composée des personnes âgées de plus de 65 ans, aura doublé, selon les projections de 2014 du Bureau central des statistiques.

C’est le début d’un changement démographique pour l’Etat juif. Des appels pour que l’Etat se prépare financièrement aux modifications attendues dans les soins médicaux, les logements et les services sociaux israéliens, ont été lancés.

Le sujet a de nouveau été abordé il y a deux semaines, quand le contrôleur de l’Etat, Yossef Shapira, a accusé, dans un rapport relatif au système de retraite israélien, les préparations du gouvernement pour la population âgée d’être « insuffisantes », et a recommandé, en première mesure, que l’âge de la retraite des femmes soit augmenté pour faire reculer le taux de pauvreté des personnes âgées en Israël, déjà élevé selon les critères de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).

Suite au rapport, le débat politique sur le sujet s’est principalement concentré sur l’âge de la retraite et sur les pensions notoirement élevées de l’armée israélienne, dont le coût total a augmenté de centaines de millions de shekels ces dernières années, selon le rapporteur.

Un Hiérosolémytain retire de l'argent d'un distributeur automatique. Illustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Un Hiérosolémytain retire de l’argent d’un distributeur automatique. Illustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Mais l’Israélien moyen, qui va prendre sa retraite dans les prochaines décennies après des années de travail, a-t-il de quoi s’inquiéter ?

En 2013, Shaul Amsterdamski, alors journaliste pour le quotidien économique Calcalist a publié un article en 10 parties, récompensé par des prix, sur le système de retraite israélien. Il y sonnait l’alarme sur ce qu’il décrivait comme une crise imminente.

Dans la dernière partie de l’article, il soulignait le caractère vieillissant de la société israélienne. « Si le montant économisé est identique, et qu’il doit être divisé en un nombre de mois de plus en plus élevé, alors le montant reçu chaque mois sera simplement de plus en plus faible », avait-il écrit à l’époque.

« C’est précisément le moment pour que la population se réveille. Pour comprendre qu’il y a un problème ici qui nous explosera au visage dans une ou deux décennies, et que c’est le moment de commencer à réfléchir ensemble à comment nous allons le résoudre. Il n’y a pas de solutions simples », avait-il écrit en appelant à une plus grande implication politique sur le sujet.

Mais alors que certains experts soulignent que le gouvernement doit en faire plus pour assurer que les Israéliens s’en sortent, d’autres affirment que la situation n’est pas aussi grave qu’elle n’y paraît, et demandent une refonte du portefeuille d’investissements des retraites privées pour améliorer sa rentabilité.

Une aide domestique philippine aide une femme âgée, le 2 novembre 2010. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Une aide domestique philippine aide une femme âgée, le 2 novembre 2010. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

« Notre situation est bien meilleure que celles de la plupart des pays européens », a déclaré Liora Bowers, directrice du département d’analyse politique, financière et des opérations du Centre Taub pour les études des politiques sociales en Israël.

« Parce que même si nous avons une population vieillissante, même si nous avons des espérances de vie plus élevées, ce qui est une bonne chose, au final nous avons toujours une population plutôt jeune et des taux de fécondité très importants. »

Le taux de fécondité d’Israël, stable depuis 30 ans, est stable à environ trois enfants par femme, presque le double de celui des autres pays de l’OCDE, a-t-elle déclaré.

« Et cela signifie que dans d’autres pays, les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses comparées aux jeunes, et par conséquent, il y a moins de personnes présentes pour soutenir une population âgée. En Israël, nous avons toujours une population jeune, nous avons toujours beaucoup d’enfants qui naissent, et donc ce que nous appelons le ratio de dépendance démographique, le nombre de personnes âgées qui dépendent des jeunes, est bien plus faible en Israël que dans d’autres pays, même s’il augmente avec le temps », a déclaré Bowers.

Une aide domestique philippine et une Israélienne âgée à Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Une aide domestique philippine et une Israélienne âgée à Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

« Le gouvernement nous laisse nous débrouiller seuls »

Le système de retraite publique d’Israël est composé des allocations vieillesse de l’Institut national d’assurance (INA), qui s’établissent au montant modeste de 1 531 shekels (365 euros) pour un individu et 2 301 shekels (550 euros) pour un couple.

Les Israéliens qui n’ont pas d’autre source de revenu sont éligibles aux compléments de l’INA, et aux allocations de santé à long terme pour les personnes handicapées. Le système de retraite privée pour les travailleurs salariés comprend ce qui est familièrement appelé le « vieux » fonds de pension, le « nouveau » fonds de pension qui a été créé après les réformes de 1995, qui ont fermé l’ancien fonds aux nouveaux clients, et les plans de pensions à bénéfice défini, l’assurance vie, et les caisses de prévoyance.

En 2008, le gouvernement a mis en place une couverture obligatoire pour tous les travailleurs israéliens.

Selon le rapport 2016 de l’OCDE, le gouvernement a, en grande partie, réussi à se sevrer des fonds de pension privés, malgré un certain soutien pour le vieux fonds de pension et les paiements aux travailleurs du secteur public (y compris les fortes pensions de l’armée israélienne).

« Israël a une population jeune, mais entre dans une période de vieillissement démographique modéré. Il est relativement bien préparé pour cela, grâce aux réformes mises en place depuis le début des années 1990, qui ont mis fin au schéma financièrement intenable de retraites définies pour les employés du privé et du public, et mis un place un système de retraite à deux branches, avec un financement public limité », est-il écrit.

« La dépense publique totale sur les retraites, principalement les retraites du secteur public et celles de la première branche, est relativement faible et a été contenue pendant la dernière décennie », est-il écrit dans le rapport.

Des hommes âgés jouent au backgammon dans un country club du nord de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des hommes âgés jouent au backgammon dans un country club du nord de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Une simulation des changements démographiques jusqu’en 2059, conduite par l’économiste du ministère des Finances Assaf Geva en 2013, a montré une hausse des dépenses du système de retraite public.

Les dépenses de l’INA pour les allocations vieillesse ont été projetées en hausse de 2,6 % du PIB (produit intérieur brut) en 2009 à 3,4 % en 2059. Le total des allocations de santé à long terme devrait aussi être en hausse, de 0,5 % en 2009 à 1,1 % du PIB en 2059.

L’étude a montré que les dépenses publiques des retraites professionnelles pour les pensions dite « budgétisées », qui sont couvertes par l’employeur et ont été largement réduites depuis les réformes des années 1990, chuteront de 2 % du PIB en 2009 à 0,3 % en 2059.

Parallèlement, les dépenses publiques sur les plans de pensions à bénéfice défini devraient augmenter de 1 % du PIB en 2009 à 1,9 % en 2039, puis rester stables pendant les deux décennies suivantes.

Selon le professeur Avia Spivak, qui enseigne à l’université Ben Gurion et travaillait auparavant à la Banque d’Israël, les dépenses gouvernementales ne sont pas le sujet.

« Disons-le ainsi, le gros problème des retraites, avec la hausse de l’espérance de vie, n’est pas un problème pour le budget de l’Etat, c’est un problème pour les gens ; ils auront moins pour vivre », a-t-il déclaré.

Spivak recommandait un soutien gouvernemental plus important au nouveau fonds de pension, ce qui pourrait être fait selon lui avec une redistribution des obligations désignées dans tous les comptes de retraite. Dans un article publié en 2013, Spivak avait suggéré d’augmenter le pourcentage d’obligations dans les portefeuilles d’investissement des retraites pour réduire les risques.

« En d’autres termes, pour être moins technique, jusqu’en 2003, l’Etat était trop impliqué dans les retraites, et depuis 2003, l’Etat s’est retiré des retraites et nous a laissé nous débrouillé seuls. Nous débrouiller seuls ne s’est pas passé sans heurt », a-t-il déclaré.

Des habitants âgés d'une maison de retraite. Illustration. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)
Des habitants âgés d’une maison de retraite. Illustration. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Mais selon Bowers, l’attention portée aux obligations n’est qu’une partie du problème. Bien que les Israéliens doivent économiser « à un taux plutôt élevé » dans le cadre des retraites professionnelles, beaucoup des plans sont « bien plus en obligations et en liquide, et bien plus en investissements en Israël plutôt que sur les marchés internationaux, donc c’est à la fois plus risqué pour les Israéliens en raison de la part importante d’investissements en Israël et du manque de diversification, mais ce n’est pas non plus assez en actions… et par conséquent, cela ne va pas donner aux gens un retour sur investissement optimal », a-t-elle déclaré.

Les Israéliens paient également des frais plus élevés sur les plans privés qu’ils ne le feraient sur un genre de plan de retraite nationalisé, a-t-elle déclaré.

« La pauvreté est particulièrement importante parmi les personnes âgées »

Un rapport publié en janvier 2016 par l’OCDE a noté que la « pauvreté est particulièrement importante parmi les personnes âgées en Israël, en partie parce que les pensions de base sont basses (…). Pour réduire la pauvreté des personnes âgées, Israël devrait augmenter la générosité des pensions de base, sans créer d’obstacle au travail. »

Selon Bowers, les deux groupes qui souffrent le plus de la pauvreté des personnes âgées sont les immigrants de l’ancienne Union soviétique, qui sont venus en Israël sans les retraites de leur ancien emploi, et les Arabes israéliens, dont beaucoup exercent des métiers physiques et doivent donc prendre leur retraite plus jeunes.

Les deux groupes « ont souffert de ne pas avoir de retraites privées et dépendent vraiment du Bituach Leumi (INA) », a-t-elle déclaré. Selon l’accord de coalition signé entre Yisrael Beytenu et le Likud, le gouvernement doit allouer des ressources au paiement des retraites des habitants venus de l’ancienne Union soviétique.

Les femmes âgées « sont dans une situation beaucoup plus difficile et ont plus de risques d’être pauvres à un âge avancé que les hommes. Les encourager à rester sur le marché du travail plus longtemps est important. »

D’autres facteurs, comme la santé, détermineront combien de temps les Israéliens travailleront, et à quel point ils sont dépendant des aides publiques, a-t-elle dit.

Tout en soulignant le besoin de plans d’investissement amélioré, Bowers a néanmoins exprimé son optimisme.

« Si vous regardez le montant d’argent que nous devons placer dans nos retraites privées, nos retraites professionnelles, si vous regardez une génération plus loin, cela devrait bien se passer pour ces personnes en terme de revenus, grâce à l’obligation d’économiser », a-t-elle déclaré.

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