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Analyse

Ambition révélée, ambition bloquée, mais toujours pas de coalition israélienne

Netanyahu est confronté à un rival, Lapid met de côté ses espoirs de Premier ministre, mais beaucoup de choses dépendent encore d'un autre candidat : Avigdor Liberman

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) dirige une réunion des factions du Likud à l'ouverture de la 22e Knesset, le 3 octobre 2019. Le ministre de la Justice, Amir Ohana, et l'un de ses enfants sont à ses côtés. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) dirige une réunion des factions du Likud à l'ouverture de la 22e Knesset, le 3 octobre 2019. Le ministre de la Justice, Amir Ohana, et l'un de ses enfants sont à ses côtés. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La 22e Knesset a prêté serment jeudi, en cette journée qui devait être riche en cérémonies et peu spectaculaire.

Après tout, la 21e Knesset a prêté serment il y a à peine cinq mois, dans une impasse politique, et n’a rien fait d’autre que de voter pour sa propre dissolution et de nouvelles élections, qui ont entraîné une nouvelle impasse politique.

Aujourd’hui comme il y a cinq mois, le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas de piste claire vers une majorité. Aujourd’hui comme il y a cinq mois, Benny Gantz, le leader de Kakhol lavan, n’en a pas non plus.

Néanmoins, le rendez-vous de jeudi de ce groupe largement familier de politiciens qui se chamaillent s’est avéré être une série de surprises. L’un des plus grands hommes politiques a clairement fait part de son ambition en matière de leadership. Un deuxième a mis de côté son ambition de leadership. Ces changements et autres revirements constituent-ils une refonte de la politique israélienne ? et une voie qui nous éloigne de la descente vers un troisième tour d’élections ? Nous ne le savons pas encore, mais ça ne saurait tarder.

Voici un explicatif sur la façon dont la journée s’est déroulée jusqu’à présent :

1. Netanyahu rencontre Liberman : La journée a commencé par des pourparlers entre Netanyahu et Avigdor Liberman, le dirigeant de Yisrael Beytenu qui est largement responsable de la paralysie du gouvernement israélien. Il a refusé de rejoindre un gouvernement Netanyahu qui comprend des partis ultra-orthodoxes après les élections d’avril. Il refuse de le faire depuis les élections de septembre. Et après des pourparlers qui n’ont duré qu’une heure à peine jeudi, il refuse toujours de le faire, et ses huit sièges, nécessaires pour une majorité de Netanyahu, ne sont donc plus disponibles.

Leur rencontre était apparemment leur premier tête-à-tête depuis que Netanyahu furieux a fustigé Liberman comme « un gauchiste » qui avait trompé la droite en contrecarrant son gouvernement dans les négociations d’avril-mai. Les pourparlers de jeudi n’ont débouché sur aucune avancée, mais aucun des deux partis n’a déclaré que leur relation étaient désormais terminée.

2. Netanyahu songe à des primaires pour la direction du Likud : Au ministère de la Justice de Jérusalem-Est, les avocats de Netanyahu présentaient leur deuxième journée d’arguments aux procureurs de l’État, tentant de persuader le procureur général Avichai Mandelblit de repenser son projet de procès-verbal, publié en février, qui présente une proposition de mise en accusation du Premier ministre pour fraude et abus de confiance dans trois affaires et corruption dans une d’elles.

Peut-être pour détourner l’attention de ces sessions, au cours desquelles son avenir personnel et politique est en jeu, Netanyahu a fait savoir qu’il envisageait la tenue d’une élection surprise pour le Likud, le parti dont il est le président. Il n’y a pas d’impératif politique pour lui, mais le Premier ministre aurait dit plus tard à sa faction du Likud de la Knesset que ce serait le meilleur moyen de faire comprendre au parti d’opposition Kakhol lavan de Benny Gantz, que le Likud ne peut être disloqué. Gantz espère avoir la chance d’essayer de former un gouvernement si Netanyahu échoue dans les jours à venir, et pourrait forger une majorité seulement si une section du Likud abandonnait son chef.

3. Un challenger se lève : A peine le Likud avait-il annoncé l’élection d’un chef de file possible que le député Likud Gideon Saar a publié un tweet concis : « Je suis prêt ».

Netanyahu a accusé Saar plus tôt cette année d’avoir comploté un coup d’Etat contre lui – une allégation que Saar a tournée en dérision et qualifiée d’infondée et de « fake news ». Netanyahu s’attendait-il à ce que Saar prenne des risques jeudi ? Qui sait. Netanyahu a-t-il vraiment l’intention de mettre sa couronne de leader du Likud en jeu ? Apparemment. Quand ? Au moment nous écrivons ces lignes, ce point n’est toujours pas réglé.

Saar pourrait-il vraiment le battre ? Cela semble improbable. Mais Saar pourrait-il mener une sorte de rébellion au Likud, se distancier de Netanyahu dans les semaines à venir, et s’associer à Kakhol lavan dans une coalition ne serait-ce que pour empêcher la troisième élection israélienne en un an ? Cela semble également improbable à l’heure actuelle. Cela pourrait-il changer à l’approche de la perspective d’une troisième élection ? C’est possible.

Tout peut dépendre aussi des prises de position d’autres anciens combattants du Likud aspirants présumés à la succession de Netanyahu, comme le Président de la Knesset, Yuli Edelstein, et le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serre la main de Gideon Saar (à droite) à son arrivée au centre du patrimoine Menachem Begin à Jérusalem, le 11 mars 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Edelstein, dans son discours à la prestation de serment de la Knesset jeudi, a insisté sur le fait qu’“il est encore possible” de parvenir à un gouvernement d’unité Likud-Kakhol lavan. En fait, le simple fait de parler d’une contestation de la direction de Netanyahu, motivée par sa propre réflexion sur une course à la direction, pourrait mettre plus de pression sur Netanyahu pour accepter les conditions d’un accord avec Gantz, selon lequel le dirigeant de Kakhol lavan serait Premier ministre pendant les deux premières années et Netanyahu pourrait prendre le pouvoir… à condition qu’il se soit débarrassé de ses déboires judiciaires d’ici là.

4. Lapid renonce à la rotation : Alors même que la bataille à la direction du Likud sortait de nulle part, un autre scénario politique se développait. Lors de la réunion de la faction de la Knesset de son parti, Yair Lapid, le numéro 2 de Gantz, a annoncé qu’il mettait fin à son accord avec Gantz en vertu de laquelle ils partageraient le poste de Premier ministre – une entente qui fut faite lorsque Lapid a fusionné son puissant parti Yesh Atid avec le parti naissant de Gantz, Hossen LeYisrael, pour créer Kakhol lavan, avant les élections d’avril. Trois Premiers ministres en un mandat, ce n’est « pas sérieux », a déclaré M. Lapid.

La perspective d’un Premier ministre Lapid a été une sorte de complication dans la formation de la coalition, dans la mesure où les deux partis ultra-orthodoxes, qui éprouvent pour Lapid une hostilité particulière en raison de ses efforts visant à augmenter le quota de jeunes hommes ultra-orthodoxes enrôlés dans Tsahal, ont déclaré ne pas vouloir faire équipe avec lui pour former un gouvernement. Dans le même temps, cependant, Gantz et Lapid n’ont manifesté aucun enthousiasme pour s’associer dans une coalition avec les ultra-orthodoxes.

Avidgor Liberman (G), le leader de Yisrael Beytenu, s’entretient avec Yair Lapid, le numéro 2 de Kakhol lavan, à la cafétéria de la Knesset, le 3 octobre 2019. (Raoul Wootliff/Times of Israel)

5. Ce qui nous ramène à Liberman : l’autre leader laïc vilipendé par les ultraorthodoxes, Liberman, qui avait déjà été vu en train de parler sérieusement avec Lapid à la Knesset, s’est précipité pour le féliciter pour son geste « noble » et « important » en abandonnant sa chance d’atteindre la première place.

Cela signifie-t-il que Liberman, qui lui-même n’a jamais nié avoir une certaine ambition de Premier ministre, penche maintenant pour soutenir Gantz pour le poste du Premier ministre aux dépens de Netanyahu ? Cela présage-t-il que Liberman va exhorter Netanyahu à modérer sa position sur les termes d’une coalition Likud-Kakhol lavan-Yisrael Beytenu ?

Comme avec tant de choses qui se jouaient encore jeudi, peut-être. Malgré tout le suspense de la journée, aucun candidat au poste de Premier ministre n’a encore une voie claire vers une majorité. Mais le champ de bataille politique s’anime très certainement.

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