Rechercher

Amir Yaron : financement des étudiants de yeshivot et exemptions menacent la croissance

Le fardeau qui pèse sur les travailleurs et les réservistes est insoutenable, dit le gouverneur de la Banque centrale d'Israël, qui critique le projet de réaffecter des fonds destinés au secteur arabe

Le gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Amir Yaron, s'exprimant lors d'une conférence de presse, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Amir Yaron, s'exprimant lors d'une conférence de presse, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jeudi, le gouverneur de la Banque centrale d’Israël, Amir Yaron, a mis en garde les ministres du gouvernement contre le fait que les dépenses publiques envisagées pour la communauté ultra-orthodoxe, qui échouent à faire s’enrôler des membres de cette communauté – alourdissant encore davantage le fardeau pesant sur les réservistes -, auraient des conséquences considérables pour l’économie israélienne, et compromettraient la croissance à long terme.

Yaron s’est exprimé en amont d’une réunion du cabinet visant à approuver la proposition de budget du ministre des Finances Bezalel Smotrich pour 2026. Les discussions ont débuté jeudi et le vote se déroulera vendredi.

Lors de l’examen du projet, Amir a notamment tiré la sonnette d’alarme au sujet des subventions allouées à la communauté ultra-orthodoxe, notamment les fonds destinés aux yeshivot et aux étudiants de yeshivot, dont beaucoup ne font pas partie de la population active et ne servent pas dans l’armée, au contraire des autres Israéliens juifs.

Pour Yaron, ces financements « inciteraient à ne pas participer au marché du travail et à ne pas acquérir une éducation permettant d’augmenter le potentiel de revenus ».

« De tels budgets nuisent à la croissance à long terme et au niveau de vie. Leur impact, en outre, s’accentuera avec le temps », a-t-il poursuivi.

Amir a par ailleurs salué plusieurs aspects du projet de budget qui visent à réduire le coût de la vie, qui est extrêmement élevé en Israël, et a exhorté le gouvernement à « adopter les mesures nécessaires » pour y parvenir.

Il a notamment souligné la proposition de Smotrich de relever l’exonération de TVA sur les importations privées de 75 à 150 dollars ; sa « réforme du secteur laitier » visant à supprimer les droits de douane élevés sur les importations de lait afin d’encourager la concurrence, d’augmenter l’offre et de réduire le coût de ce produit de base, le plus acheté parmi les consommateurs ; et sa proposition d’assouplir les restrictions imposées aux petits établissement bancaires pour entrer sur le marché, afin d’accroître la concurrence dans ce secteur.

Selon Amir, ces mesures, dont la Banque d’Israël « se félicite », pourraient contribuer à « réduire le coût de la vie ».

Amir a en outre souligné la dissonance entre, d’une part, l’appel du gouvernement à augmenter massivement les dépenses de défense de plusieurs centaines de milliards de shekels dans les années à venir et, d’autre part, les projets de Smotrich visant à réduire les impôts.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre des Finances Bezalel Smotrich s’entretiennent lors d’une réunion visant à approuver le budget de l’État, le 4 décembre 2025. (Crédit : Haim Zach/GPO)

« Un tel niveau de dépenses militaires, associé aux structures des dépenses civiles existantes et aux taux d’imposition en cours, ne permet pas de réduire le ratio dette/PIB », a déclaré le gouverneur. Pour y parvenir, a-t-il ajouté, le gouvernement doit approuver « les mesures d’ajustement nécessaires ».

Amir s’est montré particulièrement critique sur le recours aux réservistes de l’armée pratiqué par le gouvernement pour pallier le problème de main-d’œuvre de Tsahal au lieu de recruter des membres de la communauté ultra-orthodoxe.

L’appel répété des réservistes, dont certains sont dans l’incapacité d’exercer leur emploi durant des centaines de jours par an, a été utilisé comme « un substitut à l’extension du service obligatoire ».

« Cela coûte cher, à double titre, du point de vue budgétaire et en raison de la perturbation que cela crée au sein du marché du travail », a-t-il affirmé.

Pour Amir, ces coûts sont encore aggravés par le fait que les exemptions de service militaire sont accordées à une population « dont la participation au marché du travail est très faible », un élément qui entraîne à son tour une charge économique plus importante pour la population active.

Les échanges sur le budget se déroulent dans le contexte du débat houleux sur le récent projet de loi d’exemption du service militaire pour les étudiants des yeshivot. Un projet proposé par le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, qui a été vivement condamné, y compris au sein du Likud, son propre parti.

Selon les critiques, ce projet de loi maintient les exemptions de conscription pour la plupart des hommes haredim et prévoit des sanctions peu sévères, alors que l’armée est confrontée à une grave pénurie de main-d’œuvre et que les réservistes ont accompli des centaines de jours de service dans le cadre de la guerre menée par Israël à Gaza, alimentant encore la frustration nationale face à la charge disproportionnée qui pèse sur ceux qui servent.

Les dirigeants haredim ont fait pression pour faire adopter une loi qui garantirait à leur électorat de rester hors de l’armée israélienne, après que la Cour suprême a jugé illégales les exemptions généralisées de service militaire accordées de manière informelle depuis des décennies aux étudiants haredim à plein temps des yeshivot.

La police arrêtant un homme ultra-orthodoxe lors d’une manifestation contre l’enrôlement des Haredim dans l’armée israélienne, devant un centre de recrutement militaire, à Jérusalem, le 12 novembre 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Selon les estimations, quelque 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont éligibles au service militaire, mais ne se sont pas enrôlés. L’armée israélienne a indiqué avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve par la guerre contre le Hamas à Gaza et autres défis militaires.

Vladimir Beliak, député du parti Yesh Atid et membre de la commission des Finances de la Knesset, a écrit dans un tweet que les réformes positives que Smotrich prétend mettre en œuvre pour réduire le coût de la vie sont insignifiantes par rapport à l’argent dépensé pour une « politique mesquine et corrompue » qui « exploite la classe moyenne israélienne ».

« Il existe encore quinze ministères inutiles, et 5 à 7 milliards de shekels sont alloués aux fonds de la coalition », a-t-il déploré, faisant référence à l’augmentation des fonds accordés à des ministères tels que le ministère des Implantations et des Missions nationales, le ministère de Jérusalem et de la Tradition juive et le ministère du Patrimoine, entre autres – que le ministère des Finances de Smotrich, qui les jugeait superflus, avait jadis recommandé de fermer -, ainsi qu’à la communauté ultra-orthodoxe dans le cadre des accords de coalition.

Ces fonds procurent également un « soutien important aux réfractaires à la conscription » par le biais du financement des yeshivot et du système éducatif ultra-orthodoxe, qui n’est pratiquement pas supervisé par le ministère de l’Éducation.

Beliak a en outre confié au Times of Israel qu’il ne s’attendait pas à ce que le budget soit adopté. Le budget, en effet, est inextricablement lié à l’adoption du projet de loi sur l’exemption du service militaire pour les étudiants des yeshivot.

« Si les haredim ont le sentiment que les choses avancent au sein de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, alors ils soutiendront probablement la première lecture », a-t-il estimé. « Mais si, en fin de compte, ils ne sont pas satisfaits de la loi sur les exemptions militaires, alors il n’y aura pas non plus de budget. »

Le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah a quitté le gouvernement et la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu en juillet, et le parti Shas a quitté le gouvernement, en raison de l’incapacité à faire adopter un projet de loi. Depuis, en signe de protestation, ils boycottent une grande partie des lois du gouvernement – qui, pour sa part, tente désespérément de faire adopter un projet de loi sur les exemptions militaires -.

Si les partis ultra-orthodoxes refusent de voter en faveur du budget et que le gouvernement n’est pas en mesure de l’adopter, alors cela pourrait entraîner sa chute et conduire à des élections anticipées. Le scrutin est actuellement prévu pour octobre.

« Le budget et le projet de loi sur l’exemption sont étroitement liés », a souligné Beliak. « Si le projet de loi n’est pas adopté, le budget ne le sera pas non plus et nous nous dirigerons vers des élections, très probablement en mai ou juin. »

Les coupes dans le développement économique arabe au cœur des critiques

Amir Yaron a également critiqué la proposition de la ministre de l’Égalité sociale, May Golan, de réaffecter 3,1 milliards de shekels destinés à des programmes visant à stimuler le développement économique arabe au ministère de la Sécurité intérieure, à la police israélienne, aux services de renseignement du Shin Bet et à son propre ministère.

Sa proposition stipule que les fonds serviront à « lutter contre la criminalité et la violence dans la société arabe », mais que l’argent sera déduit d’un programme quinquennal visant à mettre les communautés arabes sur un pied d’égalité avec leurs concitoyens juifs dans des domaines tels que le logement, la police et le développement économique, après des décennies de négligence.

Le ministre de la Justice Yariv Levin et la ministre de l’Égalité sociale May Golan à la Knesset, le 10 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un tel transfert, a indiqué Yaron, entraînerait des coupes généralisées dans les domaines de l’éducation, de l’emploi, des transports, de la construction, de l’urbanisme et des autorités locales, et « mettrait un terme à l’activité gouvernementale dans ces domaines ».

« La Banque d’Israël s’oppose à cette proposition qui porterait atteinte [au plan économique quinquennal] en raison de l’impact positif avéré de celui-ci sur l’éducation et l’emploi dans le secteur arabe, ainsi que de sa potentielle contribution significative à la croissance économique globale, en réduisant les écarts en matière d’emploi et en améliorant la productivité entre le secteur arabe et le reste de la population », a-t-il ajouté.

La semaine dernière, les représentants des ministères ont unanimement condamné les coupes prévues au cours d’une session convoquée en urgence la semaine dernière par la commission sur le Statut des femmes de la Knesset.

Ce programme novateur de 30 milliards shekels a été créé en 2021 sous le gouvernement éphémère dirigé par Naftali Bennett et Yair Lapid. C’est le ministère de l’Égalité sociale qui est responsable de la majeure partie de sa mise en œuvre.

Le transfert prévu intervient alors que Golan fait l’objet d’une enquête policière pour fraude et détournement de fonds publics.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.