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Amsterdam : un concert de Hanoukka annulé à cause de la présence d’un chantre de Tsahal

La célèbre salle de concert royale a affirmé que Shai Abramson était un "représentant visible" de l'armée israélienne, elle-même impliquée dans une "guerre controversée" ; les organisateurs juifs envisagent une action en justice

Shaï Abramson assistant à une cérémonie commémorative de l'opération militaire de Suez (Kadesh) de 1956, au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, le 28 novembre 2024. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)
Shaï Abramson assistant à une cérémonie commémorative de l'opération militaire de Suez (Kadesh) de 1956, au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, le 28 novembre 2024. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

JTA — L’année dernière, le Royal Concertgebouw d’Amsterdam avait célébré le 10e anniversaire d’une série de concerts de Hanoukka qui avait été relancée sept décennies après avoir été interrompue par les nazis – ce que certains Juifs néerlandais avaient considéré comme un rejet de l’antisémitisme qui s’était amplifié pendant la guerre à Gaza.

Cette année, le concert a été annulé, la prestigieuse salle de concert invoquant les liens entretenus par le chanteur choisi pour l’événement avec l’armée israélienne.

La Fondation du concert de Hanoukka, qui organise la soirée, avait engagé Shai Abramson pour monter sur scène. Abramson est lieutenant-colonel à la retraite de l’armée israélienne et il est chantre en chef de Tsahal.

La salle de concert royale a fait savoir, dans un communiqué qui a été diffusé dimanche, qu’elle avait insisté pendant des mois pour que le programme soit modifié et qu’elle avait finalement annulé le concert, prévu le 14 décembre, en constatant qu’aucune modification n’avait été apportée.

« Cette décision a été prise parce qu’il n’a pas été possible de parvenir à un accord sur une alternative à la prestation du chantre en chef de l’armée israélienne », a ajouté le communiqué.

Le communiqué a noté que « pour le Concertgebouw, le fait que l’armée israélienne soit activement impliquée dans une guerre controversée et qu’Abramson en soit un représentant visible sont des sources de préoccupation de premier plan ».

La tradition du concert de Hanoukka avait été relancée en 2015, sept décennies après que les nazis ont mis un terme à cette coutume de longue date dans la ville et qu’ils ont assassiné les trois quarts de la population juive néerlandaise.

Une relance qui avait été présentée comme une occasion de rassembler et de célébrer les habitants juifs de la ville – une communauté qui n’a jamais retrouvé sa taille d’avant la Shoah.

Aujourd’hui, la Fondation du concert de Hanoukka a indiqué que le Concertgebouw contribuait à « l’isolement dans lequel la communauté juive se sent poussée à l’époque actuelle » – et ce même si la salle de concert a déclaré qu’elle « restera toujours un lieu où la communauté juive est la bienvenue. »

Des cantors et des musiciens se produisent lors de l’événement annuel de Hanoukka au Royal Concert Hall d’Amsterdam, le 22 décembre 2019. (Eduardus Lee/ via JTA)

« La communauté juive se heurte à l’exclusion dans le secteur culturel depuis plus de deux ans », a déploré dimanche la Fondation organisatrice dans un communiqué. « Il est ironique que le Concertgebouw, où les célébrations de Hanoukka ont lieu depuis le 14 décembre 1921, une tradition qui avait été uniquement interrompue par la Seconde Guerre mondiale, confronte aujourd’hui la communauté juive à l’exclusion et à l’isolement ».

Elle a ajouté qu’elle engagerait des poursuites judiciaires contre le Concertgebouw, disant qu’elle s’opposait à l’idée qu’Abramson était un simple représentant de l’armée israélienne.

« C’est un artiste indépendant, qui est invité par l’État d’Israël à chanter lors de cérémonies nationales de commémoration », a écrit la fondation dans un communiqué. « Le qualifier de représentant de l’armée israélienne favorise un sentiment négatif injustifié à l’égard d’Israël, à l’égard de la communauté juive des Pays-Bas et des spectateurs du concert, transformant délibérément cette grande expérience musicale en un événement politique ».

Le site internet du chantre précise que ses performances à travers le monde sont données « dans le but de développer et de renforcer les liens avec les communautés juives du monde entier, et d’intensifier les relations avec Israël et l’armée israélienne ».

Avec cette annulation du concert de Hanoukka, ce n’est pas la première fois que la guerre à Gaza interfère avec les projets du Concertgebouw. Au mois de novembre 2023, un concert de bienfaisance prévu au profit de l’organisation humanitaire israélienne à but non lucratif ZAKA avait été annulé après que le Concertgebouw a exigé que la moitié des recettes soient reversées à un groupe d’aide palestinien néerlandais qui était alors accusé de partialité anti-israélienne. L’année suivante, la salle avait annulé les représentations d’un quatuor originaire de Jérusalem, invoquant des raisons de « sécurité » liées à des manifestations pro-palestiniennes prévues.

Amsterdam a été le théâtre de nombreuses manifestations de ce type. L’année dernière, la ville avait été secouée par des manifestations pro-palestiniennes, et un match de football entre l’équipe locale et le Maccabi Tel Aviv avait été à l’origine de violences antisémites contre les supporters israéliens.

Au mois de mars, l’université d’Amsterdam avait suspendu un programme d’échange étudiant avec l’Université hébraïque de Jérusalem, accusant cette dernière de ne pas avoir pris ses distances par rapport à la guerre à Gaza.

Concernant le concert de Hanoukka, la fondation organisatrice du concert a fait savoir qu’elle « partirait du principe que les concerts du 14 décembre auraient lieu, y compris la prestation du chantre Abramson » et ce malgré le litige prévu.

Le Concertgebouw, quant à lui, a retiré le concert du programme de son site internet, où figurent parmi les autres représentations à venir plusieurs concerts du Quatuor de Jérusalem, le groupe dont le concert avait été annulé l’année dernière pour des raisons de sécurité.

« Cette décision a été extrêmement difficile à prendre », explique Simon Reinink, le directeur du Concertgebouw, dans un communiqué consacré à l’annulation du concert de Hanoukka. « Ce n’est que dans des cas très exceptionnels que nous faisons une exception à notre principe fondamental de liberté artistique. À notre grand regret, une telle exception se produit aujourd’hui. La prestation prévue du chantre en chef de l’armée israélienne est en contradiction avec notre mission qui est de rapprocher les gens grâce à la musique ».

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