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Après 29 ans en poste, Pinchas Goldschmidt n’est plus grand-rabbin de Moscou

Le rabbin a quitté la Russie après l'invasion de l'Ukraine où il a subi des pressions pour soutenir la guerre. Son contrat n'aurait pas été renouvelé pour des raisons de sécurité

Le rabbin Pinchas Goldschmidt prononce un discours à Paris, en France, le 10 octobre 2018. (Crédit : Conférence des rabbins européens par l’intermédiaire de la JTA)
Le rabbin Pinchas Goldschmidt prononce un discours à Paris, en France, le 10 octobre 2018. (Crédit : Conférence des rabbins européens par l’intermédiaire de la JTA)

JTA – Le rabbin Pinchas Goldschmidt, qui a quitté la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine, n’est plus le grand rabbin de Moscou, poste qu’il a tenu pendant près de 30 ans.

Le conseil d’administration de la Société religieuse juive de Moscou avait voté le mois dernier en faveur d’une prolongation de contrat pour Goldschmidt, bien qu’il se trouve en Israël depuis un certain temps. Mais la RBC, un organe de presse russe, a rapporté mercredi que le groupe, qui représente la congrégation et le bureau de Goldschmidt, a déclaré qu’il n’y avait plus de rôle pour lui.

« Le contrat a pris fin. Il n’est pour le moment pas question de successeurs, peut-être n’y en aura-t-il pas », a déclaré à la RBC Olga Yessaulova, porte-parole du groupe, en précisant que Goldschmidt n’avait pas été licencié.

Goldschmidt a quitté la Russie en mars, deux semaines après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Sa belle-fille, la journaliste Avital Chizhik-Goldschmidt, a récemment déclaré que Goldschmidt avait subi des pressions pour soutenir publiquement la guerre, mais qu’il avait refusé de le faire.

La communauté a décidé de ne pas renouveler le contrat de Goldschmidt malgré le vote du conseil d’administration, a déclaré une source anonyme proche de la communauté à la Jewish Telegraphic Agency, citant des inquiétudes pour la sécurité de la communauté. La décision de ne pas prolonger le contrat de Goldschmidt était également due à des préoccupations de sécurité, a précisé la source.

Contacté par l’Agence télégraphique juive, M. Goldschmidt a refusé de discuter des événements qui l’ont poussé à quitter le poste qu’il occupait depuis 1989.

« Au moment où je dis au revoir à Moscou et à la Russie, je pense surtout à un homme : Albert Reichmann, qui m’avait offert le poste de grand rabbin et qui avait confiance en moi pour assumer cette grande responsabilité », a déclaré Goldschmidt à JTA.

Reichman, 93 ans, est un philanthrope canadien qui s’est beaucoup investi dans la renaissance du judaïsme russe. Il est actuellement hospitalisé dans un état critique.

« Je quitte une communauté en détresse. Mais de l’extérieur, je ferai tout mon possible pour aider ma communauté bien-aimée », a déclaré M. Goldschmidt.

Le rabbin Pinchas Goldschmidt, vu en train d’écrire un nouveau rouleau de Torah lors d’un événement auquel participent des rabbins israéliens et européens, marquant la date hébraïque des 69 ans de la libération des Juifs d’Europe, des tunnels du Mur occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 21 mai 2014. (Crédit : Flash90)

Dans une déclaration à ses fidèles de la Synagogue chorale de Moscou, Goldschmidt a « souhaité à tous le meilleur, je reste en contact et j’apporterai aide et soutien à chacun d’entre vous », selon la RBC.

D’autres rabbins de Russie, dont le grand rabbin du pays, Berel Lazar, et son principal porte-parole, Boruch Gorin, sont restés dans le pays après avoir exprimé leurs préoccupations concernant la guerre.

Berel Lazar et Boruch Gorin appartiennent à un groupe affilié au mouvement Habad et à la Fédération des communautés juives de Russie, qui entretient depuis longtemps des liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine. Le groupe a pris l’ascendant sur toutes les autres organisations juives de Russie au début des années 2000, facilité par les terrains et les financements qu’il a reçus du gouvernement russe.

Goldschmidt a, quant à lui, eu des relations plus difficiles avec les autorités russes.

Né en Suisse et non affilié au mouvement Habad, le rabbin orthodoxe s’est vu un jour refuser l’entrée en Russie en 2005, avant d’y être ré-autorisé quelques semaines plus tard. Aucune explication n’a jamais été fournie par les autorités sur l’épisode, mais certains responsables ont déclaré qu’il s’agissait d’un « problème de sécurité nationale ».

La trajectoire de la carrière de Goldschmidt s’est progressivement recentrée sur l’Europe occidentale. Il est à la tête de la Conférence des rabbins européens depuis 2011.

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