Après 3 165 demandes, un Soudanais reçoit pour la première fois le statut de réfugié en Israël
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Après 3 165 demandes, un Soudanais reçoit pour la première fois le statut de réfugié en Israël

Mutasim Ali, 29 ans, militant du Darfour arrive en 2009, espère que la décision marquera un tournant, mais un responsable affirme que non

Des réfugiés soudanais manifestent devant la Knesset contre le nouveau camp de détention de "Holot" pour les migrants en situation illégale, le 17 décembre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des réfugiés soudanais manifestent devant la Knesset contre le nouveau camp de détention de "Holot" pour les migrants en situation illégale, le 17 décembre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une décision historique, le ministère de l’Intérieur a accordé pour la première fois le statut de réfugié à un réfugié soudanais du Darfour, un militant de 29 ans nommé Mutasim Ali.

« J’espère vraiment que ce sera un tournant pour les demandeurs d’asile africains, je pense vraiment qu’Israël peut faire en sorte que les demandeurs d’asile apportent une contribution à ce pays », a déclaré Ali.

« Je suis vraiment heureux et excité, mais mon bonheur ne sera pas complet tant que je ne verrai pas tout le monde dans ma communauté obtenir ce statut », a-t-il déclaré.

Entre 2009 et le début de 2015, les demandeurs d’asile soudanais, dont Ali, ont déposé 3 165 demandes d’asile, selon les document fournis à la Haute cour de justice pendant une audience de février 2015 sur l’amendement à la loi de prévention de l’infiltration, avait annoncé Haaretz.

L’Etat a répondu à 1,42 % de ces demandes, soit 45 personnes, en rejetant immédiatement 40 et accordant une protection temporaire à cinq personnes. Ali est le premier citoyen soudanais à obtenir la résidence accordée par la Convention sur les réfugiés des Nations unies de 1951.

Mutasim Ali, à gauche, et son avocat Asaf Weitzen, avec l'annonce du gouvernement lui accordant le statut de réfugié par le ministère de l'Intérieur, le 23 juin 2016. (Crédit : Hotline pur les réfugiés et les migrants)
Mutasim Ali, à gauche, et son avocat Asaf Weitzen, avec l’annonce du gouvernement lui accordant le statut de réfugié par le ministère de l’Intérieur, le 23 juin 2016. (Crédit : Hotline pur les réfugiés et les migrants)

Ali a déclaré que le régime militaire avait détruit son village en 2005, forçant ses parents à fuir vers un camp de personnes déplacées.

Alors qu’il étudiait la géologie à l’université, Ali s’est engagé dans l’Armée de libération soudanaise, un groupe rebelle opposé au régime militaire. Son implication, selon lui non-violente, a mené à de nombreuses arrestations et à un isolement pendant sa détention.

Ali est arrivé en Israël en 2009. Une fois en Israël, Ali a essayé à plusieurs reprises mais n’a pas pu demander le statut de réfugié avant 2012. Il a passé au total 14 mois en détention à Holot.

Dans le cadre de l’accord du 23 juin, Ali pourra travailler légalement, être couvert par l’assurance nationale, et aura un document de voyage qui pourra être utilisé comme un passeport, selon son avocat, Asaf Weitzen, directeur du département juridique de la Hotline pour les réfugiés et les migrants.

Ali a déclaré qu’il s’habituait toujours à l’information de la semaine dernière, et n’avait même pas eu le temps de la fêter avec ses amis, bien qu’il ait reçu une vague de soutien de sympathisants sur les réseaux sociaux. Il ne sait pas encore où il va travailler, bien qu’il prévoit de rester en Israël, puisque déménager dans un autre pays signifierait repasser par le processus de demande de statut de réfugié.

Ali sera un résident et pas un citoyen d’Israël, un statut similaire à celui des habitants arabes de Jérusalem Est. Contrairement aux résidents arabes, Ali devra renouveler son statut tous les ans au ministère de l’Intérieur. Weitzen a déclaré qu’il était très peu probable que le ministère révoque le statut de réfugié d’Ali, puisque cela nécessite un processus légal international complexe.

« J’espère vraiment que cela aidera les autres réfugiés », a déclaré Weitzen, notant que plus de 1 000 réfugiés africains en sont aux étapes avancées du processus de demande. « Cela montre qu’en travaillant dur, quelqu’un qui est réfugié peut obtenir ce statut. »

Des réfugiés africains devant le centre de rétention de Holot dans le sud d'Israël, le 13 juin 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des réfugiés africains devant le centre de rétention de Holot dans le sud d’Israël, le 13 juin 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Cependant, la porte-parole du ministère de l’Intérieur pour l’autorité des frontières et de l’immigration de population, Sabine Hadad, a déclaré que l’approbation de la demande d’Ali était une situation unique.

« Sa demande répondait aux critères internationaux pour les demandeurs d’asile, a-t-elle déclaré. Cette approbation n’a été accordée qu’en raison de ses informations personnelles, et ne signifie rien à propos de quelqu’un d’autre. »

« Cela ne s’inscrit pas dans un effort de masse, c’est un individu isolé », a déclaré Hadad. Elle a ajouté que l’approbation de la demande d’Ali ne changeait rien pour les autres demandeurs d’asile, même ceux qui se trouvent dans des situations similaires. « Deux personnes n’ont jamais exactement les mêmes raisons, il y aura toujours une petite différence. »

Selon le centre de développement des réfugiés africains, il y aurait 46 437 Africains en Israël qui se considèrent comme des demandeurs d’asile. La majorité d’entre eux (73 %) est arrivée d’Erythrée, et environ 19 % viennent du Soudan.

Entre 2009 et 2015, 2 408 Erythréens ont demandé le statut de réfugiés en Israël. Le ministère de l’Intérieur a accordé ce statut à quatre d’entre eux.

Le taux d’approbation des demandes de statut de réfugié d’Israël est drastiquement inférieur aux niveaux internationaux. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU, dans le monde, 84 % des demandeurs d’asiles érythréens et 56 % des soudanais ont reçu le statut de réfugié ou une protection étendue en 2014.

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